jeudi 31 octobre 2013

Explication de texte : Cosmogenèse

La Voie lactée (source de l'image)

Bonjour, lecteurs et lectrices !

Comme nous avons parcouru ensemble l'intégralité des Astres fictionnels, notre chemin nous conduit vers la Galaxie poétique. Cette partie enveloppe l'ensemble du recueil avec des textes plus centrés sur le travail sur les mots, les sons et les évocations. Si le sensible reste une constante du recueil, c'est très clairement sur ce point que l'on se focalise ici.

En parlant de point, c'est par ceci que débute cette partie avec "Cosmogenèse".

Et pourquoi ne pas écouter une chanson ?
Même s'il n'a pas inspiré le texte, Riding the cosmic winds de Armory est le titre qui m'a fait écrire mon premier texte en prose poétique sur le thème galactique. Par rapport au thème spatial, on peut évoquer aussi les groupes Star One et Ayreon, formations de Space Metal mêlent la thématique galactique au genre du Progressive Metal (pour Ayreon, ils jouent sur d'autres thématiques).


"Cosmogenèse" ouvre sur du vide, puis un point. Ce n'est pas forcément visible, mais il y a trois lignes qui ne contiennent rien, puis vient cet élément condensé, dans lequel tout est contenu. Le thème du texte est une écriture poétique de la création de l'univers. A partir de ce simple point, une lumière se forme dans le vide. La vue perçoit quelque chose. De fait, par un rapprochement métaphorique, le point est un œil, puisque par son apparition il est possible de voir. J'ai donc souhaité jouer avec cette image de l’œil au sein du cosmos qui s'ouvre jusqu'à exploser "silencieusement". J'insiste sur le silence : nous sommes dans l'espace, il n'y a pas d'air, donc pas de son. Cela fait partie de la poésie de ce texte : aussi impressionnantes et énormes que soient les actions qui vont se dérouler, tout est muet.
 Par l'explosion de l’œil, donc l'explosion du point, il y a dans l'univers un ensemble de particules projetées ainsi que la "pupille", un objet plus massif et plus gros, qui parcourt le néant comme un astéroïde. Je ne précise pas qu'il est gigantesque, simplement parce que, au sein de l'infini, même l'objet le plus immense semblera minuscule. Par conséquent, l'univers réduit toute vitesse et toute grandeur. Cela correspond avec l'absence de son : cette cosmogenèse est puissante comme jamais, mais tout est réduit par la superbe seigneurie du temps et de l'espace.

Autour de l'astéroïde se réunissent les diverses particules :avec l'opposition entre "cristal" formé qui rattrape la "pupille" originelle, deux objets supermassifs vont entrer en collision. Il y a de nouveaux débris qui vont plus loin encore. Se crée ainsi un mouvement de va-et-vient, entre explosions multiples et condensations extrêmes. La pupille, par la chaleur intense qu'elle produit, devient un astre qui suit ce va-et-vient. Minuscule alors qu'elle était géante, elle explose à nouveau en plusieurs parties, en divisions d'elle-même. Ces divisions suivent le même mouvement, imitent la pupille "méga-globe". Et cela se poursuit, de façon incroyable. Les astres réunissent divers éléments autour d'eux. Ces éléments sont des "particules", mais sans point de comparaison, elles peuvent être des planètes, des petits corps, peu importe. Il n'y a aucune distinction dans ce tout : la création se fait sans analyse, il n'y a que le spectacle de cette cosmogenèse. "Dans cette parcelle aphone et chaotique d'étoiles et de satellites" - car les planètes sont des satellites des étoiles -, il n'y a que l'harmonie, que la beauté.


Cette formation laisse place à plus de couleurs, à une danse des corps célestes. Des oiseaux galactiques naissent, des systèmes se forment - l'idée de l'oiseau sera à nouveau présent dans "Symphonie". Et de cette prose poétique émerge cette phrase : "dans l'infini, tout est immensément grand ou petit, de l'atome à la galaxie". Ce texte est largement sous l'influence de Lucrèce et de la philosophie atomiste et matérialiste (dans le sens de "vérité de la matière physique"), et se réfère aussi à la poésie de Supervielle.
On note au passage un jeu de mots avec les "voiles lactées" : je fais référence ici à ces photos de l'espace que l'on peut avoir sur Internet et qui montrent des sortes de voiles de couleurs. Je relie ces voiles à la Voie lactée. Je mélange deux choses différentes pour peindre quelque chose de particulier dans les couleurs et les textures.
L'esthétique se développe enfin autour de la structuration des atmosphères : après le chaos survient la folie des corps emportés dans leur mouvement qui durera. L’œil, lui, est toujours présent, qu'il soit le point originel ou l’œil du lecteur et de l'auteur. Alors que s'achève le texte, cet œil s'autodétruit. De tous les endroits où il se trouvait, des trous noirs naissent et aspirent la matière. Et si la création meurt en partie par cet œil disparu, ce trou noir mourra à son tour : "Dans le néant, la vie demeure. Car le trou noir mourra un jour à son tour."


Ce texte, au-delà de la volonté de proposer une poésie galactique, pose un regard sur le travail créatif : l'oeil qui s'immisce dans le vide de l'objet inconnu vient donner vie à cet univers artistique. Et ce regard va modifier cet espace, le dénaturer. Mais rien ne meurt totalement, et rien n'apparaît en plus que ce que contient le point originel.
Pour être franc, cet aspect du texte n'était pas prévu initialement : j'ai ressenti cela après relecture.

samedi 26 octobre 2013

Explication de texte : Death Met All

Un album d'exception qui soutient le texte et qui accompagne certaines pensées

Bonjour à vous, metalheads ou non !

Dans ce texte, il est question de Metal et de musique en général. Oui, cela risque d'en rebuter certains, vu ce que le Metal traîne des préjugés. Mais, si on a du mal à entrer dans cette musique par le son qu'il dégage, au moins je vous invite à y entrer par le lien qu'il crée entre les personnes, par la sensibilité qu'il contient, par tout ce que la musique implique, tout simplement.
Avant de commencer, il y a dans ce texte des écritures de chansons. Ceci est un défi d'écriture que je me suis fixé : j'ai toujours eu envie de jouer de la musique, mais je n'ai pas la patience nécessaire pour apprendre à jouer. Ce texte était l'occasion de faire une poésie musicale, de préférence en prenant le genre qui m'a fait aimer la musique. Aussi, sans doute que certains lecteurs ne verront pas à quoi je fais allusion. J'ai voulu que ce texte puisse toucher les amateurs de Metal autant que ceux qui n'ont que très peu, voire pas du tout, côtoyé ce genre. Cet article sera l'occasion de présenter les groupes auxquels je fais allusion et les musicalités que je réinvestis. Surtout, il sera un moyen pour s'ouvrir à une autre image du Metal qui est un genre extrêmement multiple (et pleins de lieux communs aussi).


Le point de départ de l'écriture du texte était l'écoute de Skinny love chantée dans un télé-crochet. L'interprétation était particulière. Par ailleurs, j'avais découvert le Doom Death Metal avec Saturnus et Novembers Doom, et je me disais que Skinny love, qui est assez soutenue et émouvante, irait bien avec le style lent et pesant du Doom Death, avec un chant grogné caverneux. Aussi, j'avais en note dans mon carnet l'esquisse en mots d'un personnage père de famille divorcé qui reste avec sa fille. Il ne m'en fallait pas plus pour débuter un texte.

Novembers Doom - Dawn Breaks (Doom Death Metal)

J'ai d'abord réfléchi à ce que le père a vécu et aux liens entre lui et sa fille. Puis j'ai commencé par une scène assez générale dans laquelle on voit le personnage principal, Mathieu, travailler sur son projet d'album. Ce passage introduit l'ensemble du texte : il sera question de musique par des mots. Même si l'exercice n'est pas aisé, j'ai souhaité le faire, pour mettre en avant une esthétique mélodique. Aussi, ce moment montre de quelle manière j'investis le Metal : ici, on a affaire à un style lourd et carré, qui permet quelques souplesses. J'ai voulu mettre en avant le son Djent, musique particulièrement technique, progressive et instrumentale, avec des rythmiques saisissantes, que l'on peut représenter, par exemple, avec Meshuggah, Keith Merrow ou Animals as Leaders.

Dans les premières pages, il n'y a rien de vraiment particulier : je brosse le portrait des personnages, je situe Mathieu dans son caractère et ses émotions. Je mets aussi en avant la difficulté d'un travail artistique. C'est une question que je me suis souvent posé : où se trouve la frontière entre l'obligation du travail et la sincérité que requiert l'art ? Cette balance à retrouver ronge Mathieu. De manière générale, il souffre à chercher l'équilibre. Non que cette quête soit vaine, bien au contraire ! Il doit endurer ce passage pour parvenir à se reconstruire. A l'inverse du personnage du "Monologue", il prend le temps de se recentrer pour parvenir à dépasser la souffrance.
J'ai souhaité peindre la relation père-fille, et faire quelque chose de sensible et crédible. Je souhaitais, avec ces personnages, faire une peinture, encore une fois, mais une peinture terre à terre. On comprend que Pauline est un des points d'accroche de Mathieu. Du coup, la promesse à sa fille devient un enjeu du texte. Comme expliqué ensuite, la fille de Mathieu tente de le guider.

Initialement, la migraine devait avoir un but dans le texte, et conduire dans un malaise. J'ai changé cela au cours du texte. Cependant, je n'ai pas enlevé ce détail : il permet de faire une progression dans les émotions de Mathieu.


Mathieu a des projets, aussi il doit se retrouver. Ces deux aspects sont liés : son groupe doit achever cet album pour tout concilier. Aussi, il planifie sa journée, se donne un coup de pied au cul. On pourrait me dire : "Il se réveille et, par hasard, il se dit "là je me bouge". C'est un peu rapide." En fait, j'ai voulu faire comprendre que, non, cela fait des jours, des mois qu'il tente d'avancer. La journée décrite ici est le dénouement étape par étape, le déclenchement d'un ensemble d'éléments conçus minutieusement. Il a une prise de conscience le matin car il a ruminé, réfléchi. D'ailleurs, tous les aspects de son cheminement sont décrits ensuite. En tout cas, sachez que rien n'est laissé au hasard, tout a un sens.
Son programme de la journée vise à se focaliser sur ce qu'il y a à produire : le contrat qu'il doit honorer, les dernières musiques à enregistrer pour l'album. Par ailleurs, monter un groupe et avancer avec lui, qu'on soit dans le Metal ou dans un autre genre, c'est loin d'être évident, ceci est mis en avant lorsque Mathieu conduit et que j'explique son rapport à la musique. Mathieu est un homme sensible, "il a ce blues en lui". Mais, face aux autres, Il faut savoir se mettre d'accord. Mais le Blues, quant à lui, contient l'éventail des sentiments.
De fait, il refuse la tristesse, se donne les moyens d'être satisfait. Et cela s'accompagne d'une musique énergique, vive, athlétique : Raven, groupe de Heavy Metal des années 80, avec les titres Hung, Drawn and Quartered et Atlhetic Rock. Les trois premiers albums de ce groupe sont de la testostérone en barre, et ça "booste bien comme il faut".

Raven - Live At The Inferno (Nouvelle vague du Heavy Metal)

Pour concevoir les personnages du groupe, j'ai mêlé plusieurs personnes que j'ai rencontrées en concerts. Le coup du bassiste qui raconte comment il a gagné une tête d'ampli est un clin d’œil à un ami guitariste à qui ceci lui est effectivement arrivé. En dehors d'Evan et de Florent, on retrouve Christian. Entre le texte "Christian" et celui-ci, il y a un bond dans le temps de plusieurs années. J'ai choisi d'insérer ce personnage dans le texte pour plusieurs raisons : dans son texte, il est question que Christian apprécie la musique et, à l'issue du texte, le garagiste est dans une situation qui ne clôt rien. Que va-t-il vivre ensuite ? Je ne voulais pas l'abandonner. Le groupe était l'occasion rêvée de le mettre à nouveau en avant, et de montrer sa progression. Ensuite, il permet de justifier la suite : Christian n'est dans le groupe que depuis environ un an. Il ne connaît pas tout du groupe, il n'a jamais été chez Mathieu. De fait, lorsqu'on entrera chez le guitariste, le lecteur découvrira la maison en même temps que le garagiste.
Dès lors que les amis se séparent selon le plan établi par Mathieu, la narration se focalise sur Evan, Florent et Christian. J'ai avancé comme cela afin de mettre en avant le processus créatif. Aussi, je n'ai que peu d'expérience dans les studios. Donc, entre le point de vue strictement technique d'un studio d'enregistrement et la conception en groupe, mon choix a été vite fait. D'autant que, par un nouveau trajet en voiture, il m'est permis de mettre à profit l'autoradio encore une fois, et de citer un groupe qui fait partie de mes favoris : Control Denied. Dirigé par Chuck Schuldiner, leader du groupe Death que j'aime énormément, ce groupe a produit un album unique, teinté de différentes influences. Ce musicien décédé a largement inspiré ce texte : c'était un féru de travail, toujours en quête d'un son particulier. Il a produit de très grands titres, et sa musique au sein de Death ou Control Denied a marqué l'écriture des chansons de ce texte, et mon écriture en général.

Death - Voice Of The Soul (ballade)

On arrive chez Mathieu. Comme précisé au-dessus, la découverte du lecteur se fait en même temps que celle de Christian. Aussi, si on avait déjà eu un aperçu de la maison de Mathieu, on avait pas plus d'informations que ça : en dehors de l'émotion lorsqu'il dévoile les instruments, Mathieu ne voit pas son domicile de la même manière que Christian. Même dans ces deux visions et dans ces descriptions, il y a un enjeu, une progression et du sens. Mathieu puise dans les souvenirs de cette maison, Christian, quant à lui, puise dans les émotions qu'il reçoit durant cette découverte. Tous deux ont quelque chose à rattraper avec le passé, une affaire à régler, un deuil à achever - aussi bien au premier degré qu'à un sens figuré.

Un tel ressenti pousse Christian à jouer une musique sur laquelle il s'entraîne : The Flight of the Bumblebee. Le fait que des guitaristes Metal jouent ce morceau n'est pas si impromptu que ça : il sert à valider les records de vitesse de jeu (sur la vidéo, regardez après la minute 4). J'aime beaucoup cette musique, et je voulais la réinvestir dans un texte, d'autant qu'elle correspondait bien à Christian. Il s'agit d'une interprétation, de fait il faut s'imaginer le début de façon différente : après la chute qu'il y a en début de chanson, il joue bien trop lentement. Puis il s'arrête et reprend le thème de façon brutale, comme si on passait d'un tempo lent à très rapide. Vient alors l'ouverture, la joie d'avoir joué ce morceau et d'observer le chemin parcouru : ce plaisir se manifeste par le groupe. Sans transition, ils jouent un morceau de Pestilence, The Process of Suffocation.

Pestilence - Subordinate To The Domination (Thrash Metal)

Ce que j'aime en particulier dans ce titre, outre la puissance instrumentale et ce rythme poignant, c'est le contraste qu'il peut y avoir entre le chant et les paroles. A la première écoute, on peut se dire : "Ouah mais c'est violent, je veux même pas imaginer ce qu'il chante !". Eh bien, si vous prenez les paroles, c'est comme si vous colliez à cette musique Thrash Metal des paroles de hippies engagés. Parce que le processus de suffocation définit ici la pollution et l'étouffement progressif des hommes et du monde. Du coup, on peut se dire : "Ouah, ils font des paroles engagées, c'est énorme !". Mais, dans le Thrash Metal, c'est monnaie courante ! Ce style né dans les années 80 baigne dans la peur du nucléaire. Et la violence instrumentale accompagne la hargne du propos. Pour certains, ce propos est purement commercial. Pour d'autres, cela témoigne d'une réelle pensée. Après, la musique peut avoir des paroles faibles, il y a l'appui du jeu instrumental pour signifier des choses bien plus fortes.
Par contre, pour ce qui est de mon texte, je n'ai que les mots. Et pour mieux écrire la musique dans le texte, il a fallu que je travaille plus par rapport à l'émotion.

Avant d'en venir à la première composition, j'ai écrit une conversation, déjà par souci de réalisme et de cohérence, mais aussi pour fixer l'émotion justement. Le vécu de Christian y est expliqué, avec une petite réflexion sur l'existence. Puis quelques considérations sur le jeu en groupe, sur la musique et la force unique du Metal. En parlant de ça, ils en viennent à vouloir concevoir quelque chose autour de ce sentiment que provoque cette musique, aussi bien pour les musiciens que le public. Ils avaient quelques bribes de paroles, ils les réagencent et les retravaillent pour correspondre à ce projet. Du coup, rien que dans ce dialogue, nous avons l'explication du refrain de la musique Steroïds. Cela fixe bien le propos de cette chanson mais a un sens en même temps au sein du texte.
Au passage, ils parlent de Metal Anthem : s'il y avait le Athletic Rock de Raven, il y a aussi le Kings of Metal de Manowar (ce groupe a d'ailleurs interprété le Flight of the Bumblebee) ou le Metal on Metal de Anvil.


Leur matinée avance. Après une session intensive ils ont finalisé le morceau. On me dirait que c'est un peu rapide : sachez qu'ils ont des bribes de paroles, aussi ils ont déjà réfléchi avant à l'album. Comme dit par la suite, cela fait des mois qu'ils bossent sur l'album.
Une fois ce travail terminé, Mathieu revient du studio. Avant qu'il arrive, cependant, il est question du groupe Ark et de son album Burn the sun. J'ai voulu placer ce groupe qui a été une révélation pour moi. Le coup du bruit de la pièce vient de la musique Heal the waters. Cet album est riche : il propose des musiques progressives comme Waking Hour et une inspiration Flamenco sur Just a Little. C'est un groupe qui m'a marqué, au même titre que Conception, Dali's Dilemma et Disillusion.
Avec la venue de Mathieu, on a une période de franche camaraderie. Pas de temps à perdre, il faut enregistrer. Seulement, j'ai fait le choix de placer en premier le titre Fall of the Mountain. L'idée des paroles m'est venue avec la lecture d'ouvrages qui discutent des croyances, tels que le De Rerum Natura de Lucrèce.

Circus Maximus - The Prophecy (Progressive Metal)

Encore une fois, s'il est question de religion et d'interrogations dans cette musique, ce n'est pas dans un côté satanique ou anti-religieux. Je ne dénonce absolument pas les croyances, mais souligne quelques travers des instances élitistes qui commandent. Ces paroles sont une invitation à la compassion et à l'ouverture aux autres. Ainsi, au lieu d'amener à haïr cette élite, il y a plutôt, in fine, une main tendue vers elle pour qu'elle accepte enfin l'homme tel qu'il est. Je ne veux pas tomber dans le cliché, souvenez-vous. Le message est de faire tomber les colonnes des superstitions pour apprendre à apprécier, à vivre sans projections illusoires.
Pour l'instrumentation de cette musique, je me suis basé sur Grand Magus et Decrepit Birth, j'ai cherché un juste milieu entre ces styles. J'ai aussi réinvesti les chœurs inspirés de Dark Lunacy déjà utilisés pour "Moine".


Ce message de "réapprendre à vivre sans illusion" est l'origine de Steroïds. Disons qu'après Fall of the Mountain, il me semblait logique de poursuivre sur la conclusion. Steroïds sera dans cette esthétique de prendre les choses simplement, de vivre dans l'union avec le temps, de saisir et ressentir pleinement, comme la musique le permet.
Toutefois, avant d'en venir au jeu de ce titre, il faut bien que Mathieu raconte, non seulement à ses amis mais aussi aux lecteurs, ce qu'il lui est arrivé. Il a fait l'enregistrement et, alors qu'il allait prendre un café au distributeur, il a rencontré une femme. Voilà qui pourrait le recentrer. Mathieu prend conscience des bienfaits de cette journée. Il reprend peu à peu prise sur son existence. Comme dit, les éléments qu'il a pu percevoir durant des années s'emboîtent enfin : le projet arrive à terme, tout se dénoue. "C'est ce genre de balbutiements qui font qu'aujourd'hui tout s'enchaîne", affirme Mathieu. Il a erré, dans cette journée tout se replace.
Ils planchent ainsi sur Steroïds. Du coup, il faut comprendre que cette chanson ne se monte pas comme par magie. Il y a eu du travail en amont et, entre le matin et l'après-midi, le groupe bosse plusieurs heures ! Seulement, je ne voulais pas que le texte souffre de ce moment. J'évoque les difficultés, je montre les procédures et les compromis possibles, mais je ne vais pas dans le détail. En parlant de "détails", on pourrait rétorquer que ce texte reste en surface concernant la musique et le jeu. Je vais être franc : si le texte était strict dans les définitions des techniques musicales, on se perdrait rien qu'en voulant définir chaque genre du Metal. Je passe par le ressenti plus que par la rigueur des termes, pour le plaisir de la lecture et une approche plus organique.
Encore une fois : j'ai voulu faire une prose qui évoque la musicalité, une forme de poésie que j'aurais voulu donner par le son.

Steroïds est une invitation à reprendre prise sur soi-même, à s'injecter soi-même cette puissance de vie. Car cette prise de conscience de notre être donne de l'énergie. Au sein des paroles, il est dit :

"Life and death, follow 
The curved line of existence ! 
Feel the constant flow of time 
The cadence... And the cascade !"

La ligne courbe de l'existence est une référence à ce proverbe : "Dieu écrit droit sur des lignes courbes". Je comprends cette phrase dans le sens où la puissance de l'univers, par tous ces réseaux solides, nous permet d'avancer dans nos montées et descentes, dans nos gloires et nos chutes. La puissance de l'univers, c'est la vie et la mort. En elles, on suit l'existence, entre naissances et décès, dans le flux constant du temps. A côté de ça, "la cadence et la cascade" renvoient au titre de King Crimson, Cadence and cascade, que je trouve magnifique et dont le titre m'évoque la cadence du temps. Pour la cascade, cette image est présente dans le texte "Foyer" de la Galaxie poétique. Par ailleurs, les paroles suivantes "The world... Is my sacred temple / And I'm a disciple... Of change" est une traduction de la fin de la note de mai 2011 "Notes après promenade, texte mort-né". Enfin, l'idée des éléments, déjà utilisées pour le texte "Recherche", signifie qu'il faut aussi bien se connaître soi qu'accepter les autres. En somme, saisir le monde.
Ce titre propose une instrumentation carrée, solide. Elle s'inspire une nouvelle fois de Grand Magus (notamment la musique Ulvaskall (Vargr)), mais aussi de Heavy Load, de l'OST de F-Zero X réarrangée, de Vektor (par les cris aigus et le titre Steroïds directement inspirés de leur Asteroid), Conception (notamment le titre Flow qui me fait beaucoup utiliser l'idée de "flot" ou de "flux"), Virt (qui est un artiste composant du 8 bit mais dont l'instrumentation est clairement Metal), Deicide (que j'écoute pour l'instru), John Petrucci, Iced Earth, Obliveon, Savatage, Possessed, Watchtower, Solstice, Down, Vital Remains, God Dethroned. Il y a beaucoup de groupes car je les ai écoutés tout en écrivant et en pensant à ce morceau. Sachez enfin que, très sincèrement, les paroles des groupes cités sont pour moi une valeur ajoutée, je ne m'y attache pas plus que ça, sauf exceptions dans le cadre de paroles qui sont reprises dans un texte.


Voilà, l'album est fini d'être enregistré. J'insiste, mais l'aspect technique, et tout ce qui reste à faire après le premier enregistrement, je le mets volontairement sous silence. Et, justement, une fois l'aspect poésie musicale terminée, on en revient aux personnages. Christian est ravi, Mathieu sent les bienfaits de cette journée rondement menée. Lorsqu'il va chercher sa fille, il prend de la distance, et de fait prend conscience des choses. Il se permet d'écouter du Symphony X, dont le titre A lesson before dying est pour moi un exemple en terme de Progressive Metal.
Cette fin de journée est l'occasion d'expliquer les enjeux : la promesse était un guide, un "coup de pied au cul" pour parler franchement. Ce qui suit est poétique, et lorsque j'ai écrit cette partie j'étais conscient que ça pourrait faire trop. J'ai donc inséré une réflexion sur ce qui est poétique ou non : tout dépend de chacun. Un évènement peut ne rien inspirer, tout dépend du regard que l'on porte. Quelque chose de commun peut devenir beau si on le retire de sa quotidienneté. Mais si on voit dans l'existence quelque chose de beau, si on prend de la distance et que l'on conçoit le quotidien comme fuyant, cette poésie peut transparaître au sein de la ligne courbe. La poésie est affaire d'esthétique : en gros, l'instant ne veut peut-être rien dire. Mais on va lui donner sens selon notre regard, moi c'est selon la suite des moments, dans ce lien entre la vie et une portée mélodique, de moments en moments. J'en viens alors à ces phrases de prose poétique : "L'instant est nu, / l'être le pare. / Comme les notes, / comme les mots ; / l'être leur donne / une portée".
Les instants, comme les notes, n'ont pas de sens en soi. Mais leur agencement, leur suite va signifier quelque chose au plus profond de nous. Prendre de la distance avec son existence, par la méditation entre autre, c'est saisir cette suite, et leur donner une portée. Cette phrase est composée de six périodes de quatre syllabes. J'ai beaucoup travaillé dessus pour concevoir quelque chose de fort à ce moment du texte, que ce soit aussi bien dans le propos que dans les mots.

King Crimson - I Talk To The Wind (Progressive Rock)

Vient la nuit, arrive Caelie. Le nom de cette femme est simple : ciel en latin, francisé et mis au féminin avec le "e" muet. Je le trouvais joli, alors je l'ai choisi. Cette nouvelle rencontre, en dehors de la naissance de l'amour, permettra de donner un autre regard sur le Metal, et des explications, des justifications. Le Metal n'est pas gratuit, le chant guttural peut avoir du sens. Outre la poésie et le lien sensible entre les personnages, il y a cette démonstration de l'amour du Metal, de la musique issue du Blues. Mon idée comme quoi cette musique n'a pas de soutien académique peut être critiquée, j'en conviens. Mais il faut garder à l'esprit que le Jazz, aujourd'hui perçu comme sommet de culture et territoire d'élitisme intellectuel, était avant tout marginal. Initialement, le mot "jazz" signifie "merde" en américain.
Le Metal propose une émotion particulière, c'est une lecture différente. Certains me diraient : "Mais certains groupes, ils s'en foutent de ça, ils gueulent, c'est tout." Je répondrais alors que, dans tout art, il y a aussi bien de la sincérité que de l'imposture. Comme signifié en début du texte : il y a cette tension entre nécessité et honnêteté, entre l'argent et le partage. Faire carrière dans l'artistique, c'est extrêmement difficile. Si bien que certains groupes de Metal pourtant talentueux se trouvent parfois réduits à suivre des lignes éditoriales dirigistes pour correspondre aux exigences des labels.
Et, souvent, ce qui est retenu du Metal, c'est ce que les labels veulent bien vendre comme image, et celle-ci répond à la demande. Si la demande est centrée sur la brutalité, la communication sera centrée sur la brutalité. Mais, là, j'évoque l'époque du Thrash et du Death metal, sommets de rapidité et de force instrumentales. Aujourd'hui, ces genres ont largement été mis au regard d'autres styles, ils ont pu connaître des métamorphoses. Le Metal est extrêmement vaste : pas moins d'une quinzaine de genres majeurs (Heavy 70's, Heavy 80's, Doom, Power européen, Power US, Thrash, Death, Black, Brutal Death, Melodic Death, Progressive, Neo, Indus, Folk, Avant-Garde pour brasser large) et plusieurs sous-catégories selon les époques, les inspirations et les pays. Aussi, si vous voulez en savoir plus sur le Metal, je vous invite à visiter le Map of Metal qui résume de façon intelligente l'ensemble de ce genre.

A partir d'où le texte a commencé...

La poésie du moment amène à la musique et, surtout, au titre initiateur du texte : Skinny Love de Bon Iver. Dans cette interprétation, le ton est calme. Même s'il fait du chant guttural, c'est fait en douceur et en profondeur, à la façon du Doom Death que j'ai déjà cité. Cette chanson est l'occasion de montrer l'analyse que l'on peut faire de certains choix musicaux. C'est aussi un instant suspendu, comme l'a vécu Gaëtan dans la "Boîte de Jazz" sur l'air de Shine on you Crazy Diamond. Un instant durant lequel le projet du groupe est expliqué jusqu'à son nom : Death Met All, jeu de mot entre le genre et le fait que la mort - au sens de fin, comme la fin de chaque moment -  est diffuse dans le temps. La mort correspond aux passages, elle n'a rien de morbide ici. Encore une fois, il faut aller au-delà des idées pré-conçues. Avoir conscience de la vie, c'est voir le fait que rien ne demeure, comme on peut le lire dans le Que ma joie demeure de Giono. L'auteur montre que la vie est dans la succession, que la beauté est dans l'observation de ces moments fuyants. Tout comme la beauté de l'album de Control Denied est dans ces compositions travaillées mais fugaces, dans cette technique dont on ne saisit que des détails, mais qui jamais ne se fixe.
Oui, je fais volontiers la passerelle entre Giono et la musique en général, que ce soit du Metal ou autre (car je n'écoute pas que ça), et entre la littérature et la musique, et entre tous les arts et la vie. Car rien n'a de sens en soi. Ce sens, nous le donnons nous-même, selon les réseaux, selon les moments, selon les sentiments. Giono ne s'est pas trompé en choisissant ce titre pour son livre : il fait référence à l’œuvre de Bach, Jésus que ma joie demeure (oui oui, c'est cette composition de Bach qui est utilisée dans le pont instrumental du Poésie joué par le groupe fictif Dousseur de vivre dans le sketch des Inconnus sur le Hard Rock).


Ce texte était ambitieux : il se voulait être la somme des idées que j'ai eues au fur et à mesure ainsi qu'une manifestation de mon amour de la musique. "Death Met All" a été écrit en mars 2013, mais l'esthétique et les pensées que j'ai insérées proviennent de textes écrits tout le long du projet des Contes urbains. Ce texte est vaste, l'article qui lui correspond l'est tout autant, et j'en suis sincèrement désolé. Mais, à l'issue de ces Astres fictionnels, "Death Met All" est une somme : pour la poésie dans la fiction, pour les dialogues, la musique, les références. C'est un texte que j'apprécie particulièrement, car il soulève plusieurs éléments et, au-delà de la trame narrative, dévoile quelques instants sensibles.
Il représente ce que je souhaitais atteindre dans l'écriture de nouvelles.

mercredi 23 octobre 2013

Explication de texte : L'écrit vain

Une promenade dans les collines
 Bonne journée à chacun !

La dernière fois, j'ai évoqué dans l'explication de "Sophie" le coiffeur Grégory, notamment que je refusais qu'il réponde à des stéréotypes. Pourquoi ne pas imaginer un coiffeur écrivain ? 

Dans ce cas, la transposition entre ce personnage et moi-même est évidente. Seulement, je n'ai pioché dans mon expérience d'écriture que le processus, c'est à dire dans quelles dispositions je me mets pour écrire : un peu de musique, laisser la fenêtre ouverte un moment, avec une boisson à côté. La musique urbaine dont il est question évoque Nujabes, notamment le titre Peaceland. Du reste, ça ne me ressemble que très peu puisque l'on se centre sur le personnage et son vécu.

Grégory est donc installé à son bureau et semble préoccupé par ce texte sur lequel il travaille. Par cette musique et la situation, on est en plein dans une poésie de la ville que je voulais composer, avec cet appui de la musique et cette présence du paysage qui rentre dans la définition de ce moment. Très vite, on comprend qu'il est agacé par la fin de ce texte qui clôt, alors qu'il souhaiterait une ouverture. 
Quand vient Julie, sa femme, le discussion se lance autour de ce projet. Visiblement, cela agace l'épouse qui y voit une jalousie. On a quelques explications : Grégory écrit pour une amie défunte qu'il connaît depuis longtemps, et avec qui il était proche.
Il y a alors cette phrase qui défait le suspense : "La collision de la voiture de l'animatrice au niveau de la gare a fait un choc au coiffeur."


Ce que vous lisez, c'est un twist. Ce procédé, fréquent au cinéma, définit un revirement de situation soudain et brutal. En somme, tout ce que vous avez lu dans "Sophie" n'est pas un texte que je vous propose, mais un texte dans un texte, ou un texte intradiégétique (un texte inclus dans une narration). Je vous l'avoue franchement, quand j'ai commencé "Sophie" ce n'était pas prévu. Lorsque j'ai commencé à écrire par rapport au train, je m'étais dit qu'il y avait un véritable changement dans le ton, ça faisait un grand écart. Comme à côté je réfléchissais au personnage de Grégory, j'ai mêlé les deux : si tout change, c'est qu'avant d'arriver à la gare, il y a eu un accident. De fait, tout ce qui, dans "Sophie", touche à l'arrivée en gare et ce qui suit est purement fictionnel au sein du récit. C'est le passage à la mort. Le voyage en train n'a jamais eu lieu et a été imaginé par Grégory. 
Son but était de mettre des mots sur des vérités qu'il aurait pu dire à son amie. Elle se laissait aller sans penser à son existence. Grégory invite à prendre en compte la vie et la mort, l'existence et ses changements. Sophie était malheureuse. Penser à la mort ne rend pas plus malheureux, mais permet de se préparer à ce moment, de l'intérioriser. Si Grégory est désespéré de ce deuil, c'est qu'il doit encore travailler sur cela : ce texte est un moyen de réfléchir sur la mort, et de l'intégrer en lui-même. Le but étant de se libérer, chose qu'il arrive à faire à la fin.

L'autre enjeu du texte, plus direct, est la jalousie entre Julie et Sophie. Bien entendu, l'épouse du coiffeur n'est pas heureuse de cette perte, mais elle cherche à comprendre. Grégory saisit aussi cette tension. La fin du texte, en plus de le libérer concernant le deuil, détend sa relation. 
On pourrait me dire que mon personnage de Grégory fait très bipolaire : il a une manière d'être dans ce texte qui ne va pas avec ce qu'il était dans "Sophie". Parce que les personnes sont unilatérales peut-être ? Je l'ai justifié dans ce texte, Grégory jouait une sorte de rôle : il sentait qu'en étant naturel et posé tel qu'il est vraiment, Sophie ne l'aurait pas accepté aussi bien qu'elle le faisait. A côté de ça, ce qu'il affirme de ses pensées durant l'instant vécu avec Sophie fait écho à ce qu'il écrit après coup. Aussi, quand on écrit, on a plus de pouvoir sur ses mots. Il n'y a pas de bipolarité, mais deux moments de la vie du coiffeur selon un changement justifié par ce qu'il vit.


Les derniers paragraphes du texte sont une évocation de la puissance de vie, de cette fougue que l'on entretient à ressentir, à apprécier. Au même titre que d'autres textes, c'est un appel à la vie, une invitation à saisir simplement ce que nous avons, à comprendre ce que l'on fait, ce que l'on suit.
Quoi qu'il en soit, vivons en paix.

lundi 21 octobre 2013

Billet : Le recueil version 1.1

 
Petite photo d'agrément
 Bonjour ou bonsoir, lecteurs ou lectrices !

Cela fait quelques semaines que je me suis lancé dans l'auto-édition numérique. Cette aventure s'est accompagnée d'articles qui s'ajoutent peu à peu : avec 12 articles et 5 pages à l'heure de la rédaction de cet article, vous pouvez voir que je passe du temps à nourrir ce site, à proposer du contenu. Cela ne va pas sûrement pas s'arrêter là : j'ai quelques articles en brouillon, les choses vont bon train.

Je suis à l'écoute de chacun, et il m'a été rapporté qu'il était dommage que le PDF du recueil n'avait pas de sommaire. Aussi, j'ai pu constater que le recueil présentait quelques coquilles et que, dans l'epub, le sommaire n'était pas propre. J'ai donc souhaité corriger cela. J'ai ainsi réalisé trois mises à jour majeures pour le recueil version 1.1 :
- ajout dans l'avant-propos de l'adresse du blog
- mise en place dans le format PDF d'une table des matières
- correction de la table des matières du format epub pour un sommaire parfait.
Pour l'epub, tout est corrigé, si ce n'est que quelques tabulations capricieuses pourtant présentes sur le fichier original ne passent pas la conversion... Le PDF, quant à lui, me convient bien.

Je vous propose aussi un sommaire par ordre chronologique : ceci permet d'avoir une autre vision d'ensemble du recueil, ainsi que de lire un bref historique de la conception du projet. Je n'oublie pas de mettre à jour si jamais d'autres fautes se trouvent dans le recueil.
Du coup, je me permets de rappeler que le recueil reste disponible intégralement et gratuitement. Aussi, n'hésitez pas à commenter, par mail ou sur le blog, à donner votre avis et, surtout, à partager.
 
D'ailleurs, le recueil a été téléchargé en tout 35 fois : je suis grandement satisfait de ce nombre, c'est vraiment super. Merci à vous, vous êtes les meilleurs !
 
Bonne semaine à tous, et à la prochaine =D

samedi 19 octobre 2013

Explication de texte : Sophie

 
Un panorama d'un ciel particulier.

Bonjour à tous et à toutes !

En ce début d'année 2013, après le "Monologue" m'est venue une idée : vous savez que je n'aime pas forcément ce qui se veut supérieur, je n'apprécie pas l'élitisme. Je voulais une nouvelle fois me centrer sur cela, mais sous un autre angle. Très souvent, nous voyons des personnes à qui il ne leur manque rien, mais qui ne saisissent pas la chance qu'ils ont (une nouvelle fois, pour l'originalité, on repassera). Le texte "Sophie" est né autour de cette observation et autour du fait que je n'avais pas encore mis de femme en avant dans un texte.


Pour fixer mon personnage de quelqu'un qui veut toujours plus sans jamais prendre conscience de ce qu'il vit, j'ai sélectionné une animatrice TV. Pourquoi ça ? Très franchement, je ne pourrais pas vous le dire, j'ai un peu choisi par défaut. Sans doute que, au moment où je réfléchissais à cela, je regardais le journal de M6, parce que je ne capte bien que cette chaîne.
Le texte commence donc sur le métier de cette femme, à la fin de l'émission. Le revirement de son comportement une fois la coupure du direct est jugé "stéréotypé" par le narrateur omniscient. J'ai parfaitement conscience que mon thème n'est pas original. Aussi, le coup des gens sur le plateau, qui agissent de différentes manières s'il y a tournage ou non, ce n'est pas nouveau, c'est un lieu commun. Mon but n'était pas de faire du neuf, mais de se centrer sur Sophie. Si le public, une fois la caméra coupée, n'est plus retenu comme "quelqu'un de la télé", l'animatrice, quant à elle, conserve son statut : elle est connue pour ça, d'autant plus qu'elle travaille dans une chaîne nationale. Donc, oui, elle redevient la femme qu'elle est, mais ce qu'elle est dépend de ce statut.
Du coup, il y a un décalage : à l'écran, elle passe bien, elle semble ouverte. Hors studio, elle est supérieure et égocentrique, alors que tous s'imaginent que l'image qu'elle donne à voir correspond à ce qu'elle est. Comme je l'ai mis, elle n'est pas centrée sur elle-même parce que c'est une femme. Il ne faut pas voir dans mon choix de mettre une femme en protagoniste une critique de la féminité avec un ensemble de clichés. J'aurais très bien pu prendre un homme, il aurait eu le même caractère.
Si elle est aussi sûre d'elle, c'est parce qu'elle sait ce qu'elle fait et qu'elle a conscience de ce qu'elle dégage. Elle a conscience de son prestige, comme j'ai voulu le présenter lorsqu'elle se regarde devant le miroir. Elle est capable de décider par rapport à ce qui lui fera avantage. Elle rejette donc ce qui la dérange - que ce soient des personnes ou des paroles -, parce qu'elle estime avoir le droit de le faire.

Le moment dans le taxi dévoile cet aspect : elle ne veut rien entendre des critiques du chauffeur. Je mets ici en avant l'idée qu'elle demande plus alors que, d'autres, se contentent de moins en ayant conscience de ce qu'ils ont. Le chauffeur gagne cinq fois moins qu'elle et arrive très bien à vivre. De fait, il ne comprend pas pourquoi elle réclame plus d'argent. Par ailleurs, si elle exige une augmentation, après tout pourquoi il n'y aurait pas droit ? Il y a un paradoxe qui se joue : Sophie donne des ordres à son chauffeur comme s'ils étaient directement liés mais, au niveau du salaire, elle coupe ce lien. Elle peut le faire virer, mais elle dit que l'argent les oppose. Sophie aime avoir le contrôle, son rang le lui permet.


Pourtant, à ainsi courir dans tous les sens, a-t-elle la possibilité d'avoir le contrôle de sa propre existence ? Arrivée chez elle, elle affronte l'absence. En effet, cet appartement est luxueux, magnifique en terme d'esthétique. Mais cette beauté est vide, car elle n'a été faite que pour coller à la clientèle qui exige le meilleur, sinon rien (oui, je reprends le slogan utilisé par Mercedes, car il me débecte : qui peut exiger le meilleur ? Certains y ont droit, d'autres non ?). Seulement, épuisée et énervée, elle ne  prend pas en compte ni ce vide épuré ni cette absence : elle est encore portée par l'action.
Malgré mon aversion pour le caprice du meilleur et du maximum, je ne critique pas le fait que certains aient beaucoup de richesse. Cependant, le regret que je partage est celui qu'avec tout cet argent ils pourraient faire quelque chose d'esthétique. Je veux dire donner de l'esthétisme à l'existence, habiller l'instant nu. Ils pourraient donner du relief selon leur propre ressenti. Dans le cas de Sophie, elle suit la norme. Car, en se plaçant selon les canons normatifs, cela appuie son sentiment de supériorité, cela confirme qu'elle possède le meilleur. Par conséquent, s'il y a de la beauté dans ce grand salon, ce n'est que pour impressionner, et non par rapport à une construction personnelle. C'est de l'apparence, la vanité.

Dans ce moment, j'ai souhaité faire une peinture. J'ai agencé les éléments, et j'ai donné de la profondeur à ce personnage qui connaît sa force, mais ignore la "poésie" qu'elle contient. Elle a des habitudes qui, sorties de leur continuité, peuvent avoir du sens esthétique et artistique. Mais, parce qu'elle fait cela sans y prêter une réelle attention, le fait de se déshabiller est purement dans l'observation superficielle - non parce que c'est une femme, mais parce que c'est le caractère du personnage. Aussi, si elle se trouve bien devant la glace selon ses critères, elle va éteindre le feu pour aller se coucher. Or, c'est réellement dans ce moment suspendu que la beauté se dévoile. Ici, on peut extraire, donner du sens, saisir la sensibilité. Seulement, le feu n'était pas là pour qu'elle médite, seulement pour donner une ambiance. 
L'idée d'esthétisme provient des notes de décembre 2012 "Dans le train, notes fulgurantes". Au passage, le thème de la vanité et cette personne d'élite qui se détourne de son essence évoquent la pensée de Blaise Pascal, mais il n'était pas dans mon intention de faire une référence.


Comme je prends souvent le train, j'aime ces trajets. Je voulais écrire à propos d'un voyage. J'ai alors décidé, puisque Sophie était fatiguée, qu'elle allait prendre un petit week-end pour se reposer. Seulement, avant toute chose, elle demande à son coiffeur de venir, afin d'être prête pour la semaine prochaine selon la nouvelle coupe qu'elle souhaitait avoir. A partir de là, j'ai appuyé sur les moments : j'apprécie le personnage de Sophie, je veux lui donner du relief.

L'idée du coiffeur était assez vieille. En 2011, je suis allé me couper les cheveux après quatre ans sans jamais voir une tondeuse. J'avais pris l'habitude des cheveux longs, je n'étais pas forcément rassuré. Toutefois, le coiffeur que j'ai eu a été cool. Je voulais donc mettre un coiffeur dans un de mes textes. L'occasion s'est présentée ici.
Le nom de Grégory vient de ce coiffeur que j'ai rencontré. Mais la description physique ne correspond pas. On pourrait ici aussi dénoncer que j'avance des stéréotypes, bien au contraire. J'aime aussi beaucoup mon personnage de Grégory, et ce n'est pas le cliché du coiffeur tel qu'on en voit partout. On y reviendra dans la prochaine explication.
Ce moment entre les deux personnages est une discussion dont le but est d'amener Sophie à prendre conscience d'elle-même et de sa vie. Enfin, lorsque Grégory parle de liaison amoureuse, et que Sophie, perdue, l'enlace comme d'habitude, quelque chose se dénoue en elle. Le coiffeur part, elle se rend compte du vide. Elle est prise de panique, cherche à se rattraper au confort de son quotidien qu'elle a toujours suivi sans y prêter attention. Seulement, elle voit que, chez elle, il n'y a rien. Elle s'empresse de partir - ou plutôt, de s'enfuir.


L'arrivée à la gare est une libération. Malgré le monde présent, elle parvient à respirer, à prendre du recul. La visite du mystérieux homme au café lui fait plaisir, même si, lorsqu'il évoque des questions sur l'existence, elle se lasse. Soudain, elle court pour prendre son train.
Ce que j'ai voulu présenter ici, c'est la plongée progressive, déjà amorcée précédemment, vers quelque chose de moins terre à terre, vers un moment un peu éthéré. Il y a encore l'alcool, mais l'alcool qui fait fuir, qui n'accroche rien - l'alcool n'est jamais une solution. Cette progression s'accompagne d'une prise de conscience par étapes : Sophie saisit des choses, prend le temps d'observer les éléments autour d'elle sans pour autant les assimiler totalement. Elle voit que rien ne demeure, mais ce vide lui donne soif à nouveau.
Elle vient à la rencontre de la serveuse du wagon-bar, dans lequel ils vendent des boissons alcoolisées. La discussion tourne rapidement autour de Sophie et de sa vie. Cet échange peut sembler lourd, très riche, car il apporte un ensemble d'idées compactes. Du coup, on peut se dire que ce n'est pas tangible, ça ne tient pas debout, jamais on ne parlerait comme ça, c'est pas naturel. En fait, dès le moment où j'ai commençais à écrire le passage du train, j'ai eu une idée qui sera dévoilée dans l'explication du texte suivant.
Comme j'aime le faire, cette dernière partie du texte est volontairement aérienne et poétique. L'ambiance est particulière, les paroles échangées servent à expliquer des choses, à illustrer des idées. Cela peut être abrupt. seulement, on sent que, peu à peu, Sophie comprend ce qu'est "se sentir soi", "être uni à l'instant", saisir le relief. Le dialogue sert aussi à présenter au lecteur ces idées qui me portent et qui sont présentes dans les parties suivantes du recueil.


Finalement, quand revient l'homme mystérieux, elle comprend, elle saisit son existence sans artifice. Elle s'abandonne à la simplicité de l'être, juste être. Cette définition de se laisser porter en toute lucidité sert de base à l'ensemble des textes. C'est cela même qui, après mon doute de "Absence", m'a fait voir le lien logique entre ce que j'avais déjà fait, les lectures que j'avais rencontrées et tous les arts que j'ai croisés. Ce lien qui confie à cet être fuyant une borne, un objet sur lequel s'appuyer pour voir la course des jours. "Sophie" n'est pas un texte qui dénonce, mais une invitation à ressentir.

jeudi 17 octobre 2013

Explication de texte : Monologue

 
Sur cette photo, je jouais un monologue.

 Bonjour, amis lecteurs !

Je le rappelle : le recueil est toujours disponible. Aussi, n'hésitez pas à le partager.

Début 2013, j'avais achevé l'écriture de quelques textes. Un soir, j'ai eu l'idée d'un monologue, de paroles que partagent un personnage. En fait, après la conception de plusieurs éléments, je me suis penché sur quelque chose à la première personne pour une réception immédiate. Aussi, il fallait que je m'exerce au style du discours pour qu'il soit proche du naturel - je dis "proche" car, à mon sens, tout discours écrit est artificiel.


Ce texte s'inscrit dans le projet initial du recueil : on prend un personnage qui n'a rien de particulier en soi et celui-ci interroge son existence par rapport à ce qu'a vécu son meilleur ami tombé dans le coma. Comme la "Boîte de Jazz", on reste dans le domaine Blues Rock, avec cette ambiance de motards. L'alcool est aussi présent. Du coup, on pourrait penser que ma vision de "quelque chose de direct et d'urbain" se cantonne à ces aspects d'alcoolisme autour d'un style musical. Absolument pas. C'est simplement que, durant les phases d'écriture, je vis certains évènements et, parfois, mon esprit est focalisé sur un élément. Ici, c'était le Blues d'un homme errant.

Voilà comment nous pourrions qualifier ce texte : c'est un Blues en toute sincérité. Le personnage fait le point, questionne et analyse. Il avait tout pour réussir, il a eu de la chance, cependant il s'est perdu. A l'inverse, son ami qui semblait avoir tout perdu a eu la chance de revenir à la vie et il l'a saisie. Il y a une dualité entre ces amis : tous deux ont eu une seconde chance qui n'a pas donné les mêmes conséquences. On pourrait avancer l'idée que le destin rattrape le personnage principal : son ami est tombé dans le coma suite à l'accident tandis que lui s'en est sorti et, de fait, le protagoniste doit payer en allant "de comas en comas". Ce n'était pas dans mon projet, parce que je ne suis aucunement la pensée d'une force justicière. Je préfère rester sur la dualité.

Si l'alcool est présent, ici il répond à une poursuite du passé. En somme, ce n'est pas l'alcool le moteur, comme pour Christian - l'alcool n'est jamais un moteur dans mes textes ! L'alcool n'est qu'une passerelle, qu'un moyen. Dans ce cas-là, le personnage qui a perdu son pote de fête refuse cet accident, et part à la recherche d'une continuité. Par conséquent, vous comprenez pour quelle raison je me suis attelé à ce texte : il présente cette pensée naturelle qu'ont certaines personnes à refuser qu'une chose cesse. Et la dualité des personnages prend du relief : celui qui s'en est sorti indemne n'a rien retenu, il s'est perdu dans la volonté de préserver, tandis que celui gravement blessé a lâché prise, et est passé à autre chose.
Viennent alors les regrets, marquées par le répétitions de : "T'es vraiment un pote". L'objectif était de lancer quelque de plaintif, de lancinant dans la reprise de cette formule qui, en allant de plus en plus profondément dans la peine, le conduit aux larmes. Jusqu'à la conclusion. Dans un renversement, celui donné pour mort revient à la vie, celui qui avait toutes les armes abdique. Le personnage qui a la parole était mort depuis le début, ceci était le monologue du défunt.


On a l'impression, pour le coup, d'être face à un texte qui ne correspond pas à ce qu'il est. Il se donne pour un monologue standard, il lorgne en fait du côté de l'imaginaire : un mort, ça ne parle pas. Ce que je dis là, je n'y avais absolument pas pensé. Mais, en y réfléchissant lors de la rédaction de cet article, j'y vois un lien : comme ce texte, la vie et la mort ne sont pas comme elles nous apparaissent. La vie semble complexe, la mort, insurmontable. Ce qu'enseigne Sogyal Rinpoché - je le cite encore, parce que son livre a vraiment appuyé mes idées - c'est qu'elles ont un apparat complexe. Notre but, c'est de mettre ces réalités à nus, de nous les approprier. D'ôter les superstitions.
En somme, ce lien non-prévu dévoilé ici-même, il répond à un autre texte, "Cadavre sonique", dont l'explication viendra bien plus tard.

samedi 12 octobre 2013

Explication de textes : Interruption - Absence et Christian

L'exemple de tenue ayant inspiré le personnage de Christian

Bonjour !

Encore un article différent aujourd'hui, parce que nous arrivons à une particularité du recueil : la césure au sein des Astres fictionnels par un texte personnel des Sphères lyriques.
Pourquoi un tel choix ? Parce qu'il est question dans "Absence" d'un passage à vide après l'écriture de la "Boîte de Jazz" : plusieurs mois après sa rédaction, je n'avais plus aucune idée. Le peu que je créais ne me plaisait absolument pas. Et comme il est question de Gaëtan, il me paraissait inapproprié de laisser ce texte dans la première partie : le lecteur n'aurait pas saisi la référence interne au recueil. Il y a aussi la référence à "Symphonie", qui est un texte écrit fin 2011 et sur lequel je reviendrai plus tard parce qu'il est dans la Galaxie poétique.
Même si j'avais écrit "Vague glaciale" avant "Absence", je n'étais pas satisfait de ce que je produisais. Je me sentais perdu. C'est un billet, quelques pensées. Il en survient une phrase : "J'ai touché à la vie et à la mort, encore faut-il y réfléchir en liant les idées entre elles."
Je vais être sincère : cette dernière phrase ne figurait pas dans le texte original, elle a été ajoutée après relecture. Parce que, finalement, après avoir écrit ce texte, j'ai réfléchi à ce que j'avais déjà fait, et cela m'a montré la suite : j'avais déjà écrit sur la vie et la mort, mais je devais approfondir cela...


A partir d'octobre 2012, mes textes sont sous l'influence du rapport entre la vie et la mort.

"Christian" est un de ces textes. Il m'est venu de façon fulgurante. Un vendredi, j'étais rentré des cours avec ma copine. Elle était partie pour rentrer chez ses parents tandis que j'allais passer le week-end seul. Fatigué, j'avais fait quelques exercices pour me réveiller les muscles. Ensuite j'avais fait un peu de ménage, pris ma douche. Comme j'avais faim, je m'étais fait des raviolis. Avant de m'installer devant mon PC pour regarder une vidéo tout en mangeant, j'avais fermé la fenêtre, et entendu la porte métallique d'un garage se fermer. Quand je me suis installé, j'ai eu une idée : ces raviolis, cette fatigue, les exercices, le garage, le retour dans l'appartement alors que j'étais vêtu d'un t-shirt blanc rentré dans mon jeans... J'ai immédiatement imaginé un personnage de garagiste qui rentre après une journée épuisante et qui déguste des raviolis, les pieds sur la table, tout en buvant une bière. C'est Christian.
J'ai pensé à la manière de donner de l'épaisseur à Christian : dès que j'ai commencé à écrire, je me suis dit qu'il y aurait un lien entre la voiture sur laquelle il travaille et son existence. Plus que la journée, c'est ce rapport qui l'éreinte. L'introduction sert à appuyer cette émotion par les détails.

Puis il quitte le garage, et se retrouve dans la ville. Plus que dans les autres textes, elle a son importance : il y est question des personnes, du contact que l'on a avec chacun. Quand il arrive au super-marché, nous comprenons que la fatigue s'apparente à un désespoir. Il est perdu, ne sait pas ce qu'il veut. Il est désappointé. Par ailleurs, la référence à Diogène est gratuite : j'adore cette anecdote.


Lorsqu'il arrive chez lui, le garagiste croise un vendeur au porte-à-porte prénommé Jacques. Ce personnage, inspiré de plusieurs de mes rencontres hasardeuses en attendant le bus, est un de ceux qui devait nourrir les Contes urbains avec un texte. J'ai abandonné l'idée, simplement parce que je n'avais aucun objectif pour ce personnage. Seulement, au lieu de l'oublier, je l'ai intégré à ce texte-ci.
Cette rencontre interroge à nouveau la ville et les hommes. Il est vrai que je parle ici de solitude urbaine : je n'invente rien. Mais je la traite selon mon ressenti et y ajoute un élément via Christian : même si on connaît des gens, on est seul, "parce qu'après ils se cassent, qu'ils le veuillent ou non." Cette réponse directe, au-delà de la question de l'impermanence, donne des informations sur Christian : il a perdu quelqu'un. 
Cette échange entre les deux personnages était aussi l'occasion de faire une peinture de vie dans ce contexte urbain. Un dialogue naturel, au hasard, comme ça.

Rentré à son appartement, Christian peut enfin se reposer et manger. On comprend qu'il attend les informations. Avant de clore le texte, j'ai souhaité restitué ce que j'avais vécu pour conserver le ressenti. J'avais perçu ce personnage dans une situation précise que je devais réinvestir dans cette production. Il y a, à ce moment, une passerelle entre l'auteur et son personnage. J'ai voulu laisser dans ce texte la marque, l'empreinte qui m'a conduit. 
Dans cette explication, je veux préciser le rapport à l'alcool : je ne suis pas alcoolique, mais ne refuse pas une boisson de temps en temps. Je ne prône absolument pas la consommation d'alcool ! Je décris simplement un ressenti. Comme vous l'avez remarqué, j'avance beaucoup selon l'aspect sentimental. Ici, l'alcool vient aider à dénouer, mais ce n'est pas le seul agent. Il y a un autre élément beaucoup plus important : le journal télévisé.
Dans celui-ci est dévoilé que Christian a perdu sa fiancée, fauchée dans un accident de la route. C'est cela même qui ramènera la chaleur auprès de l'homme endeuillé. Du coup, l'alcool "tiendra au corps cette chaleur qu'il attendait".


Le but d'un tel texte était de montrer que des tragédies surviennent. Les choses vont, viennent et changent et, nous, nous sommes emportés par cette tempête diffuse, par cet orage continu. Préserver les émotions négatives en soi-même n'est pas une solution : aussi difficile que cela puisse paraître, il faut apprendre à lâcher prise. Comme l'enseigne Sogyal Rinpoché dans Le Livre tibétain de la vie et le mort, il faut le plus tôt possible emprunter une voie de sagesse et comprendre sa nature, pour anticiper au mieux la mort. Si nous travaillons au mieux dans cette contemplation, et si nous poursuivons cet effort sur l'éveil de la conscience sur la vie et la mort, le flot du temps sera plus supportable.
En somme, "Christian" est le départ de cette esthétique qui parcourra les textes écrits après octobre 2012. C'est d'ailleurs après l'écriture de "Christian" que j'ai eu les idées nécessaires pour terminer "Enfant", qui contient aussi ce rapport avec la ville, la vie et la mort. Parallèlement à cela, le texte "Christian" montre aussi que la poésie et l'esthétisme peuvent être dans des choses simples, et que cette beauté ne dépend pas d'une certaine noblesse. Je voulais quelque chose de plus direct.

mercredi 9 octobre 2013

Explication de texte : La Boîte de Jazz

Photo prise durant une représentation théâtrale aux côtés de mon frère.

 Bonjour à tous, bloggers ! 

Encore une fois, on plonge ici dans un très gros morceau : non seulement c'est un texte théâtral (ce qui était un défi pour moi parce que j'en ai lu et parce que j'ai fait du théâtre), mais, en plus, il est plutôt long.
Autant vous le dire tout de suite : j'ai commencé avec une première scène pour concevoir les personnages, et je me suis ensuite laissé porter. C'est pour quoi on peut avoir cette impression d'inégalité entre les scènes. Je le dis sincèrement : j'ai écrit comme ça me venait, puis j'ai construit.


Si j'ai pu lire, durant mon cursus scolaire, plusieurs pièces françaises, étrangères ou antiques, c'est véritablement le théâtre russe qui m'a amené à écrire ce texte. En fait, l'Ivanov de Tchékov mettant en scène des personnages désabusés et alcooliques, ça m'a plutôt plu, et la référence à ce type d'ouvrages est directement insérée dans le texte. De plus, depuis des années, je traînais cette idée de "boîte de Jazz" : un lieu mal fréquenté, sale, où l'on peut y écouter cette musique initialement marginale.
Cependant, je souhaitais placer une situation sommaire et banale. Il n'y a ici rien d'exceptionnel, "l'objet est l'homme". Je le conçois, les hommes présentés ici avec Arnaud et Gaëtan sont particuliers : ce sont des personnes qui vont de boulots en boulots, ils n'ont plus rien, ils sont criblés de dettes, et ils parlent de tout et de rien. La première scène ne transgresse pas les règles du théâtre, c'est l'exposition : on y découvre les protagonistes (l'un relativement posé, l'autre fougueux et crade), et, surtout, le ton que je voulais direct mais pas dénué de poésie. Ils parlent, mais Gaëtan semble vouloir couper court : l'existentialisme le gonfle, il est dans l'instant, et l'instant est dans l'instinct. En même temps, j'ai rendu Arnaud difficilement supportable : il cherche beaucoup trop l'esthétisme, il en devient risible.
Je voulais un tableau d'êtres en frontière, c'est à dire à la fois particuliers et insignifiants. Par cela se crée une curiosité : pourquoi sont-ils comme cela ?

La deuxième scène permet de creuser plus en profondeur le caractères des deux amis. La seule avancée de l'intrigue est dans la vente de la maison d'Arnaud. Celui-ci compte alors emménager chez Gaëtan. On plonge aussi dans la thématique de la vacuité qui sera reprise ensuite, et qui semble coller à Gaëtan : il fuit, tandis qu'Arnaud cherche.


Influencé par les élections présidentielles de 2012, j'ai réfléchi à la troisième scène tout en pensant à l'évolution de l'action. Si Arnaud rencontre finalement quelqu'un, ceci permet de mieux définir le personnage de Gaëtan qui ne semble absolument pas supporter les niaiseries de l'amour qu'il ne connait que trop. Il ridiculise la posture d'Arnaud, et ceci est aussi un regard amusé vers mes propres textes sentimentaux : trop d'esthétique de la muse tue la poésie. Même si j'apprécie ce style d'écriture, je suis conscient de ses limites.
Je parlais de présidentielles. En fait, j'ai eu l'envie de souligner les travers des débats par rapport à cette photographie du président qui regarde sa montre à l'envers. La question posée dans le texte ne se veut pas extrêmement profonde : "Un homme politique doit être avant tout homme ou politicien ?" Cela montre que nous sommes prêts à débattre pour n'importe quoi : si on répondait à cette question, quel en serait l'intérêt ? Si on échange nos avis, qu'est-ce que cela va changer ? Si quelques débats sont essentiels et font avancer les choses, nombreux sont ceux qui demeurent stériles.

Face à la quatrième scène, j'avais eu un fameux blocage. Du coup, j'ai repris l'écriture en forçant : cette partie ouvre sur une remarque de Gaëtan sans aucun enrobage, sans entrée ni didascalie. Du point de vue de l'action, on apprend qu'Arnaud s'installe peu à peu avec Noémie et que Gaëtan souhaite chercher du travail.
On remarque que, souvent, les personnages hèlent au bar : jamais ils ne se lèveront pour y aller. Le bar est un lieu qu'on atteint pas. C'est l'extérieur du manoir de "Blanche obscure" : si on y parvient, c'est pour une raison précise. Aussi, c'est auprès de ce bar que l'on pose les questions : les personnes là-bas sont omniscientes et extérieures à l'instance des protagonistes.
Cette scène plonge une nouvelle fois dans des considérations sur l'existence. Si celles-ci semblent superflues, ce n'est qu'en apparence parce que les éléments du texte seront réinvestis ensuite.
J'ai aussi joué avec les éléments du théâtre : des jeux sur les mots, une envie de créer du comique, mais aussi de donner à Gaëtan le relief d'un personnage qui ébrèche le quatrième mur sans le briser totalement. C'est un fanfaron qui prend tout avec distance... Mais aussi avec intelligence. Et la manière dont il a de reprendre les idées sur le souhait réalisé d'un coup vient déstabiliser Arnaud qui propose un job par piston.
Comme le signale le court monologue d'Arnaud : Gaëtan n'est pas si superficiel que cela...


Avant de me lancer dans la cinquième scène, j'avais relu tout ce que j'avais écrit. Je trouvais que Gaëtan perdait en puissance, qu'il avait réellement basculé vers quelque chose de plus complexe et torturé. Ce n'est qu'à ce moment que j'ai imaginé son passé, son vécu, jusque là je n'avais qu'une ébauche très succincte. Aussi, puisqu'il s'était changé peu à peu durant l'écriture, j'ai pris le parti d'amorcer encore plus sa métamorphose : il vient avec Arnaud en plein milieu d'un dialogue, il semble très contrarié.
D'ailleurs, malgré son refus des réflexions, sa première prise de parole est existentialiste : "je vis de rien, je me défais de tout."
La tournure empruntée est celle d'un être destitué et désespéré. S'il refuse les débats, c'est qu'il n'en voit pas l'utilité. S'il tourne le dos à l'existence, s'il ne vit que d'instants en instants sans emprise sur le temps, c'est qu'en lui-même il s'en est défait : "Avant est mort, demain n'est rien, qu'ils diraient." La pique contre ce "ils" qui représente les savants est présente, mais bien moins assassine. Pour quelles raisons vit-il sans attache ? C'est ce qui est expliqué dans cette scène, et qui peut se résumer dans cette phrase qu'il énonce : "Je ne suis pas un clown, juste un homme qui ne veut ni regret, ni peine." Dans le mot "clown" se retrouve, d'ailleurs, l'aspect du jeu de scène et l'ambiguïté du personnage qui seront soulignés lorsqu'il affirme : "On joue."
Tous deux savent que rien ne demeure. Alors qu'Arnaud souhaite le calme simple de la tranquillité, de la construction et de la jouissance, Gaëtan ne veut que fuir, et jamais s'attacher.


La sixième scène est un des moments cruciaux : l'émergence de Gaëtan. Celle-ci n'était pas forcément prévue dans cette forme-ci. Baser l'ensemble de cet instant sur le Shine on you Crazy Diamond et le Have a cigar des Pink Floyd s'est fait par hasard. Je cherchais à découvrir ce groupe, j'ai été scié par Shine on you. Dès la première écoute, j'ai voulu écrire sous son emprise. 
Pour l'anecdote, j'avais passé ma soirée à travailler sur cette scène la veille d'un partiel de littérature comparée sur la nostalgie. C'était le cours qui m'avait fait lire la pièce de Tchékov, base de ce texte. J'étais convaincu que l'examen avait lieu l'après-midi, alors j'ai écrit. J'ai été réveillé à 8h30 par un sms : j'avais raté le départ du partiel.

Dans cette scène, il est question du rapport que Gaëtan a eu avec la vie et, surtout, la mort. Le titre des Pink Floyd a été conçu après la mort d'un des leaders du groupe. Il en est aussi question ici. Gaëtan s'est attaché, il a vécu quelque chose de fort, il était dans la lumière. Une fois étouffé, le plaisir pur et simple, ou l'instant qui semblait suspendu, est mort ; l'ombre s'est abattue. Le diamant fou, comme toute beauté, se ternit à un moment avant de disparaître.
Et si l'on tente de convoquer à nouveau les éléments de l'instant chéri, on a là qu'une substitution, qu'une illusion. Le vin n'aura jamais le même goût. Après le cigare, on a plus la même odeur dans le nez. Suite à l'évanouissement, il y a un nouvel instant, différent.
Alors que cette conclusion pourrait sembler terrible, elle amène à un optimisme limpide. Gaëtan exulte, crie de joie face à Arnaud qui reste compréhensif. 
S'il a toujours fui, Gaëtan s'est retrouvé : il voit l'accès au bar.


Scène sept, grand finale. Si nous avions eu du Blues, du Rythm'n Blues et du Rythm'n Poetry de l'ancienne école, nous plongeons dans le passé d'Arnaud teinté de Blues Rock et d'Heavy Metal. C'est à son tour de peser les choses, de considérer sa vie. Face à la fulgurance qu'a eue Gaëtan, il prend peur et se demande s'il n'est pas passé à côté de son existence, s'il n'a pas raté son moment de grâce. Arnaud a un rapport intime avec la musique, c'est ce qui le relie à ce qu'il a vécu. 
Il en vient à penser que Gaëtan a connu cette union que l'on ressent en soi, cette communion de l'être et du temps. De fait, il lui semble avoir goûté à cela par la musique.
Cela vient d'une idée qui m'est chère : l'art apporte à l'être une marque sur les souvenirs. Une note, des mots, une peinture et bien d'autres choses nous relient aux moments où nous étions à contempler cette œuvre. Lorsque l'on observe attentivement un objet artistique se joue une méditation : l'être s'inscrit dans le présent, dans la sensibilité instantanée, et se situe dans la course des jours.
Comme cette pensée m'est chère, je l'ai illustrée par de la musique qui me touche particulièrement : le Blues Rock, avec le Mississipi Queen de Mountain, le Heavy Metal des années 80, le Doom Metal, lent et saisissant, le Stoner qui emprunte au Doom et au Rock psychédélique, le Thrash Metal, vif et puissant. En somme, un Blues varié - car tous ces styles sont des petits enfants de cette musique. Sachez que les liens proposés ne sont pas représentatifs du genre qu'ils évoquent. Il y a une véritable variété, et je serai ravi de partager d'autres groupes, ou de vous conseiller le site lastfm afin de découvrir d'autres musiques.


Arnaud, comme Gaëtan, a connu un moment qui l'a profondément marqué, qui a joué dans la constitution de son être. Ils se situent dans la veine d'Olivier Molinier dans Les Faux-Monnayeurs de Gide : après le plaisir connu par une tendre liaison, il tente de se suicider, convaincu qu'il n'y aurait rien de plus beau. Seulement, je souhaitais montrer que, dans la vie, même si on pense avoir trouvé, il faut chercher encore. En somme, ce texte est optimiste et dépeint un rapport particulier à la vie qui sera développé ensuite dans la "Constellation de la Vie et de la Mort".
"L'art nous donne cet instant de vie / Sous toutes ses formes / Jusqu'à la mort."
Et l'art est dans la vie même.