lundi 30 décembre 2013

Une nouvelle année !

 
A défaut d'avoir une photo de nouvel an, voici un monastère que j'ai visité il y a peu

Bonjour  tout le monde !

Nous y sommes, la conclusion de cette année, le finale de 2013. Je souhaite que vous passiez, toutes et tous, un bon réveillon.

Aussi, puisque les articles d'explications ont tous été publiés, je vous propose deux liens qui, peut-être, ont pu échapper à votre vigilance.

http://contes-urbains.blogspot.fr/p/chronologie-du-recueil.html : pour revenir sur le recueil, en voir toute la chronologie au fur et à mesure de sa conception.

http://contes-urbains.blogspot.fr/2013/09/les-contes-urbains-explication-dun.html : pour revoir l'explication du projet global à la lumière de l'ensemble des explications.


Quelle sera la suite pour ce blog ? Je ne l'ai pas encore définie. Tout d'abord, je tâcherai de proposer au plus vite une nouvelle version du recueil avec quelques corrections. Elle devrait arriver la semaine prochaine, sans aucun doute. Je pense aussi que, au fil des jours, je vais proposer des articles selon l'humeur du moment.

Aussi, sachez que j'avais un projet de roman sous le coude que j'avais laissé un peu en suspens. Je compte bien le reprendre, d'autant que je suis revenu dessus dernièrement et que j'ai trouvé quelques moyens pour que ça progresse bien. Je ne vais pas m'avancer sur une date, mais je ferai tout mon possible pour que ce roman, que je prépare depuis cinq ans, aboutisse rapidement à un manuscrit.

Dans tous les cas, je ne vais pas arrêter l'écriture. Mais, si je planche sur un autre projet, gardez à l'esprit que je m'occuperai toujours des Contes urbains. Je reste ouvert à vos remarques, et j'espère que vous continuerez à le partager pour qu'il puisse vivre le plus longtemps possible. 

Mais, surtout, j'espère que 2014 sera, pour vous, une année faste (et furieuse, merci le 3615 Usul).

A bientôt, et fêtez bien !

vendredi 27 décembre 2013

Explication de texte : Des hommes et un monde

 Aube d'un nouveau jour...

Bonjour à vous !

On en vient au Finale, l'issue de trois ans d'écriture, le bilan des pensées énoncées qui ont été construites et amenées ça et là. Ce texte est l'occasion de faire le point, de mettre en regard, de prendre du recul. C'est à la fois une mort – la fin du projet – et une naissance – du livre, et d'un nouveau départ.

Le texte présent a été conçu de façon sporadique : j'ai écrit plusieurs fragments peu à peu, à la façon des notes de la Nuée. Ces textes brefs auraient pu passer à la trappe, seulement j'ai trouvé un lien entre chacun : ils résument l'ensemble de ce qui a été avancé dans le recueil. De fait, une fois que j'avais un groupe assez homogène, j'ai décidé de l'organiser, de l'augmenter aussi. La genèse est assez empirique, je ne vais pas m'y attarder, car elle a été soumise au gré des tentatives et des réflexions.


Cette ultime composition, qui lorgne dans le style de l'essai à la manière de "Danse-Mort", ouvre sur le sujet des divinités et des illusions qu'elles apportent par la séduction de l'éternité. Les dieux ne sont pas de notre ressort. Parce qu'il se trouve un fossé entre dieux et hommes : l'éternité.
Je ne discute pas de l'existence des dieux, mais je reste sur une position agnostique – sans toutefois me dire agnostique au sens strict. Je pioche des idées par-ci par-là, car la vérité est partout, dans la multitude (idée qui m'est d'ailleurs inspirée de l'album In Your Multitude de Conception, notamment sur le titre A Million Gods). Une infinité de dieux éternels par les mythes et rituels, une infinité d'hommes dans la succession de leurs vies et morts, de leurs changements, des actions du temps qui n'atteignent pas les dieux.
Par l'éternité qui n'est offerte qu'aux dieux, l'homme s'égare, s'emprunte à lui-même des caractéristiques qui diffèrent de son essence de corps au sens physique d'agrégat d'atomes. Comme chacun avance des vérités diverses, des dogmes variés, des pensées multiples, c'est que le monde n'a pas de définition unique : chacun porte son interprétation. C'est en cela que je dis que chacun est un artiste : tous voient le monde selon un vécu particulier. Comme le disent les bouddhistes, la vérité n'a pas qu'un seul nom.
Tout est paradoxe : le monde semble nous imposer une seule vision, ce qui n'est pas le cas. Car, comme tous, nous sommes différents. Notre essence est dans l'action du temps qui façonne par la course des jours, par la suite des notes. Dans ce cas, nous sommes présents et diffus à la fois. L'homme est ambigu : de corps et d'esprit, demeurant et mouvant, palpable et absent. Il est « nulle-part et partout à la fois ».
Comme les instants se succèdent dans le temps et sont interdépendants, les hommes, soumis au temps, sont interdépendants avec tous les éléments de l'univers. Le temps nous emporte. L'homme semble absurde lorsqu'il s'affirme indépendant. Il l'est tout autant quand il affirme sa force indomptable : tout agrégat s'épuise, puis se désolidarise, à l'instar du trou noir que je reprends directement de "Quête". Avec lui, rien ne se perd – son corps inerte sera décomposé en éléments plus simples – rien ne se crée – les éléments plus simples déjà présents s'agencent pour le concevoir. Mais, en tant qu'agent au sein de l'univers, il transforme. Tout est organisation de ce qui était là avant nous et qui nous survivra. La langue est agencement de sons que notre matière nous permet de réaliser. Nous transformons ce qui nous est permis par nos potentialités. Et, aussi, plus les choses se transforment, plus elles deviennent complexes, et parfois se parent des illusions tenaces des « brumes de rêves ».

Je l'ai déjà dit, mais sous l'image des dieux se trouve l'éternel, et l'éternel correspond au temps qui agit, invisible et constant. Ce qui nous régit, impériaux et aveugles, ce sont le temps et ses changements. Ainsi, à chaque seconde, une action d'un maillon mortel et impermanent aura des conséquences sur la chaîne des éléments interdépendants – ceci est l'idée du karma : chaque action a une puissance, une résonance qui apportera une conséquence sans idée de justice (l'idée qu'une mauvaise action donne de mauvaises conséquences répond à la justice divine occidentale). Pour illustrer cette idée d'action et de conséquence, la musique est un exemple pertinent : une note, élément présent dans le monde, est transformée et, seule, n'évoque rien. C'est l'utilisation qui en sera faite selon les réseaux de dépendance avec d'autres éléments (musicaux ou non) qui donneront une vie dans cette succession sans adhérence, selon une « empreinte délayée », une marque fugace.

Nous sommes dans les mouvements sans cesse, pourtant nous prenons parfois le temps. En cela, l'homme vit, et il doit avoir pleinement conscience de cela, se lier à ce qu'il est. Je fais une précision : si l'homme fou est dans une action, il n'a aucun contrôle sur lui-même. L'homme conscient, par le fait qu'il se situe et tend à se connaître, comprend la portée de son action et des actions du monde. Il se sait mouvant, aussi bien donneur que receveur.
Par contre, le dieu, éternel, demeure sans jamais bouger. L'homme expérimente, tend à avoir conscience de ce qu'il fait. Le dieu, s'il est éternel, est immuable – comme le temps a une action immuable, la course du temps reste la même, elle n'est modifiée que dans notre perception du temps. S'il est immuable, comme le temps, il est aveugle, ne ressent rien. S'il se met à ressentir, il est soumis aux fluctuations, aux mouvements, son immuabilité n'est plus : ce n'est plus un dieu, mais un homme.
J'en reviens ainsi à définir le dieu et son action selon les religions, qui correspondent au temps et ses changements que sa course apporte.
Les dieux répondent ainsi à la chaîne que je présente : ce sont des symboles du temps.


J'en viens à parler des symboles, deuxième partie du texte. Les symboles font écho au fait d'esthétiser, de poser des bornes, tel que je l'ai défini dans la note fulgurante de décembre 2012 ou dans "Quête". Avant tout, un symbole est un produit quotidien que l'on a justement extrait de sa temporalité pour le fixer. Tout peut, dès lors, être symbole. De fait, les dieux répondent à un symbole de l'action du temps : phénomènes naturels, processus de vie et de mort etc. Les symboles ont un aspect commun, lié à la civilisation – et il y a de nombreuses civilisations. Le risque est que, puisque les symboles sont une interprétation, et que l'interprétation répond à une intersubjectivité, il y a des différences. Défendre un symbole peut amener à tout et n'importe quoi. Le symbole permet de poser des bornes, de s'appuyer dessus, mais il ne faut pas s'y reposer au risque de plonger dans l'illusion.
Si les symboles fascinent, c'est qu'il y a une part d'inconnu. Je prends pour exemple le Rubik's cube qui m'avait toujours interrogé, jusqu'au jour où j'ai appris à le résoudre. Sans cette part de mystère et d'inconnu, il n'y avait plus ce même rapport à l'objet. Avec un symbole, les actions que l'on peut concevoir sont multiples, comme je l'avance dans "Cadavre sonique" : le symbole de la mort peut invoquer la peur. Le symbole du dieu, tel son courroux, impose l'effroi.
La fascination va avec l'inconnu, et se trouve liée à une forme de doute et de peur. L'éternité des dieux fascine, et interroge. Mais, quelle est la place du messie ?

Cette idée du messie, je la pose selon une fantaisie de dialogue avec la mort – qui est personnifiée du coup. Cela permet de revenir sur le symbole : il survit aux hommes, mais il peut se trouver altéré par les transformations qu'imposent les hommes sur les idées et les interprétations. Les symboles sont bien souvent éloignés de leur point d'origine, comme avancé dans "Danse-Mort" avec l'idée que les dieux peuvent être utilisés pour défendre plusieurs idées. Le symbole qui demeure, et survit sans cesse, est un messie. C'est le symbole des symboles, il les dépasse.


J'ai conscience que cette somme d'idées peut paraître abrupte – et j'en avais conscience durant l'écriture. J'ai donc voulu prendre un autre exemple plus direct pour montrer la différence entre dieux et hommes avec les dieux du stade : ils sont soumis à une paralysie, comme les dieux ne sont pas soumis au temps. A la différence des dieux du stade qui sont un symbole de beauté, les dieux sont des symboles du temps – ils représentent le temps. Mais ces symboles diffèrent selon les civilisations, nous l'avons déjà observé auparavant.
Un dieu est immuable : ce symbole invincible du temps relie les hommes, par l'art notamment. Mais les dieux imposent des illusions aussi, car ils sont des symboles soumis à interprétation.
Le dieu, en soi, est une image d'illusions. S'il est éternel, il est donc immuable, figé dans le temps, car n'est pas éternel ce qui est soumis au temps et à la mort. De fait, s'il est immuable, il ne peut pas ressentir d'émotions : l'émotion répond aux mouvements du temps, on bascule entre naissances et morts, entre les changements des sentiments. Si l'on présente un dieu de colère ou un dieu d'amour, puisqu'il ressent, il répond du temps : le temps est au dessus du dieu. Le dieu qui punit est un seigneur, en effet, mais n'est pas éternel car il ressent. Le dieu éternel est silencieux, il ne passe pas d'états à d'autres : il demeure, au contraire des hommes qui passent. Cette idée d'homme qui ne demeure pas, difficile à supporter, fait naître l'envie d'éternité, d'atteindre un niveau divin. Mais il n'y a pas que cela qui fait désirer la stase de la permanence, car l'art aussi contient cette illusion. En effet, l'art repose sur un instant figé, sur des pensées préservées en un objet – ceci sera d'ailleurs observé plus tard. De fait, l'art, comme le dieu, propose un rêve.

Cependant, l'art se distingue car il est conçu selon l'existence : l'être fuyant s'impose un moment où il va figer l'instant donné pour mort. Dans ce cas, l'objet artistique apparaît comme une relique qui contient une émotion, un moment, un souvenir. Et le souvenir, quant à lui, devient un symbole par cette conception de la relique. Il n'est pas mauvais de vouloir garder en mémoire les instants agréables, les souvenirs particuliers. Mais il faut se rappeler que rien ne pourra ramener ce souvenir à la vie. C'est pour cela que j'ai choisi le mot « relique » : c'est un objet funéraire, il souligne que ce qu'il évoque est disparu et peut revenir par des impressions, telles que les couleurs, les formes, les odeurs etc.
Grâce à cette collection de reliques que nous préparons par le fait de prendre du recul avec ce que nous vivons, par le fait d'esthétiser, un enseignement peut être tiré : « tout coule et nous passons », alors jouissons, ayons conscience de notre puissance de vie. Sentons cette union au temps : embrassons sa course, pour s'ôter toute peur du vide. Ayons confiance en la vie et, par conséquent, en la mort.
Le souvenir, qui sous-entend prendre du recul, observer et intérioriser, apparaît comme un art que l'on contient, et qui nous porte.


Venons-en à l'art, justement. Je reviens sur ce que j'ai dit dans "Danse-Mort" : l'art, bien qu'il reste permanent un minimum (il peut être oublié, désagrégé, détruit), correspond à l'existence. Par la multitude de ses présences, l'art correspond à autant de conséquences de l'action du temps, à autant d'agencement de matières. Ainsi, il y a un monde et, surtout, des hommes, qui sont des vecteurs.
Après, comme l'existence, l'art est, sans rien d'autre. Il y a une inutilité ou, plutôt, aucune fin en soi si ce n'est la vie. Le sens, s'il ne peut pas être figé, peut être défini en partie et proposera une multitude – car la vérité est multiple. L'art propose de prendre une distance avec soi, de voir du relief avec l'existence propre. De fait, entre nos expériences et le guide de l'art, nous nous situons, nous nous comprenons.
L'art répond à une expérience : on s'approprie ce qu'il nous apporte. C'est un ensemble de média, il y a une transmission. Mais, comme pour toute transmission, il peut y avoir des interférences, des pertes ou des ajouts par le destinataire que l'émetteur n'avait pas envisagés. J'en viens à parler du jeu vidéo : comme tout médium, il porte en lui la possibilité d'apporter quelque chose de sensible au destinataire, surtout par sa correspondance avec la musique, l'action, l'exploration et l'activité du joueur. Des symboles se conçoivent, des bornes sont fixées. Il y a intériorisation. Le jeu, comme tout médium artistique, atteint ses limites lorsqu'il devient aliénant : le destinataire n'intériorise pas, ne met pas en regard, il est plutôt manipulé, il perd contrôle de lui-même. Jeu ou livre, tout médium contient ce risque, mais ils contiennent aussi la richesse des intériorisations, des nœuds sensibles que l'on peut faire.

Le jeu vidéo et l'art intériorisés apportent un ensemble de souvenirs qui sont égrainés dans l'ensemble de l'existence. Par le rapport complet que propose l'activité vidéo-ludique, les souvenirs peuvent être puissants, tenaces. Car l'instant s'en trouve suspendu durant le jeu : suspendu par la musique, les images, les moments de jeu intenses. J'ai préservé des marques profondes, celles-ci me font comprendre qu'il faut préserver sa puissance de vie, poursuivre dans une légèreté pour avoir conscience de cette vie, pour se sentir bien, uni à soi et au temps, sans regretter.
J'en viens à l'écriture, car il faut bien interroger cette pratique. J'écris pour justement laisser des bornes, prendre de la distance, observer. Aussi pour donner, partager. Pour l'envie du beau, de créer. Pour penser, poser, aligner les réflexions, se retrouver. Toujours se situer.
Car la vie est dans les hommes, ce qu'ils vivent, et le monde, sa multitude. Cette multitude que j'ai voulu embrasser par mes émotions, par les fictions diverses, par ce recueil qui touche à plusieurs thèmes, plusieurs styles.


Ainsi se termine l'explication de l'ensemble du recueil. Comme vous pouvez le constater, il débouche sur une ouverture sur les hommes et le monde, car la vérité réside partout, il n'y a pas de direction unique. Le message final est ainsi la vie, dans le respect des autres, de soi, de la nature.
En somme, ce recueil est une célébration de l'existence dans tout ce qu'elle contient : le temps, les changements, la vie et la mort, l'art, la spiritualité, la multitude et la beauté de l'univers que cette multitude apporte. C'est un parcours que je voulais le plus agréable possible, et j'espère que, comme moi en écrivant et en imaginant ses textes, vous avez ressenti des émotions, aussi diverses soient-elles.

J'espère aussi que ces explications vous ont plu, et que vous n'hésiterez pas à partager ce livre et le blog. Parce que, bien entendu, après les explications, je proposerai d'autres choses...

Suspense ! En attendant, j'espère que vous avez passé une bonne année 2013, je vous souhaite à tous une excellente entrée dans 2014, en espérant que vos projets aboutissent, que vous parviendrez à atteindre vos objectifs. Et, surtout, je vous remercie encore !

Fin d'un recueil... Ou le début, selon votre lecture.

mardi 24 décembre 2013

Let it snow !

Let it snow... Même s'il ne neige pas vraiment ! =)

Bonjour tout le monde...
Et joyeuses fêtes !

Je vous souhaite à tous et à toutes de passer d'excellentes fêtes : profitez bien de cette occasion pour jouir d'un repos bien mérité. Passez du bon temps, saisissez cette occasion !

Aussi, n'hésitez pas à prendre un moment pour lire quelques pages des Contes urbains, pour vous poser et prendre un peu de distance. N'hésitez pas non plus à partager, à donner ce livre. Par ailleurs, si vous ressentez quelques réticences à passer par la plate-forme de téléchargement qui permet d'obtenir le recueil, ne soyez pas gênés : envoyez-moi un commentaire, ou un mail (les formulaires de contact se trouvent dans la banderole à droite). Je me ferai un plaisir de vous faire parvenir les fichiers directement.
Ne vous gênez pas non plus à venir commenter, à donner votre avis sur le blog : je serai enchanté de recevoir vos retours, d'avoir vos ressentis afin de parfaire le recueil.

Une nouvelle fois, je vous remercie grandement de votre soutien : vous rendez cette aventure possible. Cette quarantaine de téléchargements en trois mois signifie beaucoup pour moi : merci encore ! =)



Nouveau !
Le recueil est désormais disponible aussi en format MOBI pour qu'il soit compatible Kindle : c'est mon cadeau pour répondre de cet oubli =D

En cette période hivernale, et en lien avec le sortie du film Frozen, je vous partage cette musique : The Queen of the City of Ice du groupe Shadow Gallery : ce titre est une histoire agrémentée d'une instrumentation sensible qui fait bien ressentir le froid. Il est très stimulant, un peu convenu mais tout de même très efficace.

samedi 21 décembre 2013

Explication de textes : Nuée de notes


Bonjour tout le monde !

Une émotion s'empare de moi alors que je m'apprête à parcourir à nouveau cette dernière partie du recueil avant le Finale : j'arrive mine de rien à la fin d'une aventure. Lorsque j'étais arrivé à la fin de la relecture du recueil cet été, j'avais ressenti ce plaisir immense d'avoir achevé un projet. Là, je me sens comme soulagé. Car mon recueil se diffuse, je produits quelque chose qui me plaît et, surtout, j'ai effectué un travail qui me trottait dans la tête aux côtés du projet : donner à chaque lecteur un livre complet et tout l'à-côté qui situe la création et ses multiples contextes.

Alors, avant d'entrer dans le vif du sujet, je vous remercie pour votre lecture, pour vos visites. J'ai eu plus de 40 téléchargements, et cela me touche particulièrement. Je souhaite que le recueil continue à se diffuser. De toute façon, il restera disponible gratuitement et intégralement, et toutes les explications seront accessibles via ce blog.
Aussi, n'hésitez pas me contacter pour toute remarque sur le recueil et le blog, que ce soit par un commentaire ou un message. 


Cette partie du recueil qu'est la Nuée de notes est particulière : elle contient des fragments inachevés, des tentatives que je ne pouvais pas isoler du reste. S'ils ont été souvent initiateurs d'idées développées ensuite dans d'autres textes - tel qu'on peut le voir dans la chronologie qui signale la progression d'écriture -, ils permettent de donner du volume, d'apporter des éclaircissements sur l'intégralité du livre.

J'ai débuté ces notes alors que je bloquais sur le "Conte de la femme barbue" : il fallait que j'écrive malgré les difficultés à avancer. Face à un paysage particulier, j'ai esquissé une description d'un paysage printanier étrange, où le ciel se déchire entre orage et pureté dorée. En face, je voyais ces nuages lourds qui semblaient violenter les collines, et le soleil puissant derrière imposait des teintes chaudes sur ce relief. Je voulais capter ça, comme on prend une photographie : est venu le "Coup d'oeil à la fenêtre".

Le deuxième texte ne nécessite que peu d'informations supplémentaires : il correspond à une créature que j'avais imaginée en rêve quand j'étais plus jeune. Elle devait ouvrir à un projet de roman qui n'a jamais donné suite. A défaut de faire quelque chose de cette idée, je lui ai laissée une place.


Concernant les "Notes après promenade" je dois revenir à avant ce mois de mai 2011, lorsque j'avais visité Porquerolles, une île méditerranéenne, et que je m'étais retrouvé ici.
Par les arbres qui viennent structurer le chemin comme dans un lieu fermé, j'avais eu l'idée de nature temple. Cette idée me restait en tête sans que cela ne donne quoi que ce soit. Il a fallu attendre une promenade dans les collines en mai 2011 pour trouver les mots. J'avais senti au fond de moi ce lien entre les choses. Et quand je parle de cohabitation entre l'homme et la nature, de "rendre à la nature son don généreux", j'évoque ce qui se trouve dans mes derniers textes lorsque je dis que l'homme renvoie la beauté du monde par sa conscience de lui-même : il se sait inscrit dans ce monde, dans cette nature soumise, comme lui, aux lois du temps et des changements (ce qui m'a été évoqué par la musique Time and its changes d'Exivious).
Vous noterez aussi la dernière phrase de cette note. Je l'ai réutilisée dans une partie des paroles de la musique Steroids écrite pour le texte "Death met all" : "The world is my sacred temple / And I'm a disciple of change..."

Toujours en quête de choses à écrire, j'ai voulu laisser une trace d'un moment agréable que j'avais passé un soir de juin, alors qu'était annoncée un phénomène durant lequel la lune devait apparaître rousse. Je discutais avec un ami rencontré sur Internet et que j'apprécie beaucoup : je l'ai soutenu autant qu'il a cru en moi. Il y avait eu, ce soir-là, une sorte de fougue : nous parlions ensemble avec vigueur et, d'un coup, j'étais parti pour voir cette lune. Elle n'est pas apparue ! C'est ce qui transparaît dans cette note : je souhaitais découvrir cette lune rousse, elle m'a fait faux bond. J'ai voulu, par ces mots, proposer quelque chose de poétique et sensible, aux portes de la rêverie, avec une danse de la lune. Ce mélange entre rêve et réalité, qui servira de base pour "Nuit" deux mois plus tard, est contenu dans ces phrases : "Dans la nuit, il n'y a pas cette précision, cette acuité parfaite. Tout est forme, suggestions, bruissements, mystère. Tout est à deviner." Dans la particularité de cette soirée, j'ai désiré laisser une marque de l'émotion qui m'avait envahi.
Par ailleurs, il y a une faute, j'ai oublié un accord : "Voluptueuse flamme que mon désir a invoquée". Je la corrigerai à la prochaine version du recueil.


Les promenades sont sources de réflexion, de prise de distance. Alors que j'étais seul, j'ai lié, au sein de l' "Escapade pour prendre du recul", les marches que je faisais avec ce que l'on peut vivre. Il arrive que l'on souhaite quelque chose et que, une fois que le désir peut être satisfait, on en vienne à considérer ce qu'il y a autour de nous, et à l'envisager. C'est le propre désir : finalement, ce n'est pas la satisfaction en elle-même qui motive, mais plutôt le chemin à parcourir. La satisfaction est grande car le chemin a été long. Face à cette émotion naturelle, il faut s'arrêter un moment, observer ce qu'on a fait, se comprendre et se connaître. Il faut se souvenir du chemin parcouru. Alors la beauté revient à nous : ce n'était pas acquis, j'ai atteint le but que je m'étais fixé. Il est possible de poursuivre un autre objectif, mais il doit être de nature différente, et respecter à la fois les autres et ce que nous avons déjà - il vaut mieux vivre dans la simplicité, dans ses moyens et dans le respect de chacun.

La note suivante, "Hanté par les doutes", répond à une forme de colère contre moi-même : je n'étais pas satisfait de ce que je faisais, j'en venais à me dire que j'étais moins que rien. C'est ce qui est contenu dans le fait de "composer sans poser" : finalement, parfois, on reste con. Cette note est le rendu brut d'un sentiment d'insatisfaction.


Alors que je poursuivais l'écriture de textes tels que "Symphonie" ou "Exaltation", je continuais mes études de lettres en 3ème année de licence. Et, durant ces cours, j'avais le sentiment désagréable que beaucoup de personnes placent la langue latine comme un sommet de l'art. De plus, comme nous étudions l’À rebours de Huysmans qui met en avant un personnage qui souhaite la décadence, le retour à un âge passé jugé meilleur, je me retrouvais dans cette position inconfortable, en me disant : "Pourquoi regretter ?" 
Parce que l'on idéalise le temps passé, cela ne fait aucun doute. J'ai voulu aligner des arguments contre un retour au passé : le latin est parfait parce qu'il est figé, mort, c'est une relique. Je fais une passerelle - qui vaut ce qu'elle vaut - entre la langue et l'artiste : la mort donne du crédit, une certains postérité. La mort fixe la chose, du coup on peut l'analyser. Et si le mouvement ne permettait pas de saisir les subtilités au sein des défauts, au moins cette stase permet de tout analyser. 
D'autant que la mort d'une chose - un être ou une époque - permet d'enfouir des vérités...
J'ai poursuivi avec la violence : les média aiment insister sur le fait que "pouah le monde aujourd'hui, il est pas beau il est méchant !". Oui, il y a des guerres - mais l'histoire va de conflits en conflits, seulement, dans le passé, c'était dans une moindre mesure. Aussi, les êtres n'étaient pas assailli de "breaking news", de flashes info' chocs. De fait, tout ne nous était pas systématiquement envoyés à la figure. Ça me fait penser que j'ai vu, dernièrement, un socialiste déplorer les journaux télévisés qui entretiennent ce sentiment de mal-être : ils insistent bien plus sur les nouvelles désastreuses que sur les belles choses qui se passent. Un journal, peu importe sa volonté, sera une interprétation du réel, une sélection d'éléments pour créer de l'effet. On se trouve dans le même travestissement que propose l'art.

Au fond, il n'y a que la loi du changement. Tout se trouve modifié - sauf cette règle immuable. La fin de cette note précise la peur de la mort par cette envie farouche de préserver le passé, de vouloir y revenir absolument : c'est une illusion, et les illusions conduisent à bien des folies.

La note suivante pose un état de peur - parce que, même avec la vérité en face, elle peut revenir, sous forme de doutes et de questions. Seulement il ne faut pas se laisser morfondre, et toujours avancer. Cette note a servi de bases à d'autres textes sur la mort et la peur du vide au sein des Astres fictionnels et des Constellations de la Vie et de la Mort.


Mais la peur se laisse dépasser par d'autres choses. Et dans la course des jours, alors que j'avançais dans l'écriture de "Blanche obscure" et que je poursuivais mes études de lettres modernes, je m'étais remis à lire le livre de Jean Giono Que ma joie demeure. Un après-midi, j'avais lâché mon ordinateur pour lire et, soudain, j'ai jeté un regard à la fenêtre. L'ambiance qu'il y avait à ce moment-là m'a frappé : l'hiver était passé, ma fenêtre était ouverte, le printemps apportait quelques rayons dorés sur les murs de ma chambre et étendait des parfums de douceur, malgré un fond qui rappelait que, en avril, le climat peut basculer. J'ai voulu rendre l'invitation de cet instant au sein de la chambre, ce qui est signalé par le fait que le ciel éclaire les murs.
J'ai, surtout, souhaité insister sur le fait que, dans l'année, certaines périodes sont parsemées d'émotions particulières qui balisent les saisons. C'est le propos de ce deuxième paragraphe : le temps passe, mais l'on retrouve avec joie certaines sensations agréables qui font comme des rituels tout au long de l'année, que cela passe par une odeur, une image, un goût dans la bouche ou une impression. Si bien que tout est à la fois neuf - car chaque jour est différent - et familier, par le tissage qui se fait d'émotions en émotions. On en revient alors à la musique, qui elle aussi joue de motifs récurrents et de modifications. D'autant qu'une musique peut se réécouter encore et encore. Elle reste la même, seulement nous ne la recevons pas de la même façon selon notre disposition du moment d'écoute.
Le temps file, autant le saisir pleinement, le chevaucher dans ce voyage au travers des multiples changements.
J'en reviens ainsi à l'inutile, déjà évoqué dans "Danse-Mort". L'inutile ne s'explique pas, il en est ainsi de l'existence. Bien sûr, nous pouvons expliquer la vie de façon précise avec les sciences - et c'est le propos de l'avant-dernier paragraphe. Mais l'existence, le "pourquoi je suis ici, en ce corps et pourquoi cet esprit ?" cela ne s'explique pas, parce qu'il n'y a pas de réponse à apporter. Le message ici est d'être. Pourquoi tu es ici ? Pour être, justement. Au delà de toutes conceptions, rien n'est uniforme, si ce n'est que tout change. Nous pouvons rationaliser autant que possible, il demeurera cette existence. Alors vis, comme la musique se joue.


Les deux notes suivantes correspondent à des bilans : fin du théâtre, fin de ma licence. Ces deux conséquences m'ont ému, j'ai voulu laisser une trace, l'une à destination de mes camarades, l'autre pour déposer un fragment d'intimité qui devait être extériorisé.

Le note suivante rédigée avant une réunion pour travailler en centre aéré s'est imposée parce que j'étais trop en avance. J'ai eu un élan de nostalgie, en me rappelant des moments durant lesquels, au lycée, j'avais des heures de creux. Comme je n'avais rien à faire, je partais et me promenais, marchais encore et encore. J'ai voulu vivre cet instant gratuit à nouveau, en ayant l'impression que cette occasion m'était offerte. Je suis monté sur le flanc d'une colline, il se mettait à pleuvoir, et j'ai écris pour peindre ce paysage.


Je parle souvent de changement et d'impermanence, pourtant, et comme il est présenté dans la note à propos de Giono, nous avons une conscience d'éléments qui restent ancrés en nous, que ce soient des souvenirs ou des sentiments. Durant un trajet en train, en décembre 2012, j'ai voulu poser des mots sur cet état de fait : nous passons, l'art demeure. Ne serait-ce pas là une de nos caractéristiques ? Nous esthétisons. Esthétiser, c'est mettre en regard ce que nous avons vécu et ce que nous vivons, c'est donner du sens, prendre du recul, rendre palpable en une idée ce qui est diffus. Alors ces esthétismes que nous nous construisons - par des rituels, par des habitudes agréables entre autres - nous permettent de poser des bornes, de nous retrouver au sein de cette existence qui se poursuit sans cesse.
Ces pensées ont été la base du texte "Quête". Mais il faut garder à l'esprit que tout objet artistique est lui aussi soumis au changement, seulement ils nous donnent un aperçu de la stase. Seuls demeurent les morts. Encore une fois est soulignée l'importance de la puissance de vie.

Enfin, nous arrivons à la dernière note qui, à l'origine, était dans le brouillon de "Death met all". Seulement, au fur et à mesure de l'écriture, je ne voyais pas comment placer cette tirade de façon cohérente. Je l'ai isolée, sans m'en séparer, car elle décrit un effacement de l'ego qui me semble primordial. Il est impossible de progresser et de s'alléger de ses peurs si on est convaincu de la puissance de l'ego. C'est cette pensée d'être quelqu'un de singulier et d'autonome qui va empêcher de lâcher prise. Car l'être est dans le diffus et dans l'interdépendance.


Comme vous pouvez le voir, il m'était impossible d'ôter à l'ensemble du recueil ces fragments de textes qui sont des morceaux de pensées, des brisures de miroirs qui reflètent les textes présents dans les autres parties. Aussi, placer la Nuée de notes juste avant le Finale se justifie du fait qu'elle permet de brasser à nouveau l'ensemble du livre avant l'ultime texte, si le lecteur a souhaité suivre le recueil du début à la fin. C'est en somme un résumé, un regard en arrière avant la fin de l'excursion au sein des Contes urbains.

samedi 14 décembre 2013

Explication de textes : Vecteur et Orage


C'est en voyant plusieurs fois les mêmes paysages que j'en viens à vouloir les écrire à ma façon...

Bonjour à tous !

Petit à petit nous approchons de la fin du recueil, et les derniers textes des Constellations de la Vie et de la Mort marquent l'arrivée progressive au Finale. Un finale que je n'avais pas encore envisagé en juin 2013, au coeur d'une période de pleines révisions pour un concours. Alors que s'achevait une première année de Master, alors que je pensais avoir atteint un nouveau point, alors que j'estimais avoir donné vie à ce que je voulais absolument écrire, je me suis assis à l'ordinateur, et j'ai relu quelques textes. J'ai eu soudainement l'envie de reprendre un personnage féminin, de retourner auprès du thème de la mort, de le plier à la poésie, au lyrisme et à l'émotion. Et comme j'étais encore sous l'impulsion du groupe Vektor qui m'avait cloué sur place quand je l'avais découvert, j'ai décidé de mettre en avant l'idée de "vecteur", déjà présent dans "Quête".

"Vecteur" a plusieurs idées matricielles : la mort - et la puissance de vie qui lui correspond -, la beauté, les sentiments et, aussi, la transmission, le passage. Les vecteurs sont partout. L'art transmet, et tout médium emprunte un chemin vers celui qui le reçoit. L'homme est encerclé par ce que le monde lui envoie de paysages, par ce que son esprit lui renvoie de souvenirs et de ressentis. Le vecteur sensible prime dans ce texte, car le personnage se centre sur ces détails. Forcément, il y a un lien avec ce que j'ai pu proposer dans "Le Rire de l'acacia". Le lecteur avisé anticipera une vie sur le fil, et il aura raison : le personnage offre, par ce texte, un ultime témoignage. Seulement, à la différence du deuxième texte du Triptyque, "Vecteur" prend de la distance avec le monde, et saisit une pensée in extremis alors que la vie se dérobe : une pensée de l'intégralité de l'univers, perçue avec une tendresse aérienne.


L'aérien et le céleste sont deux éléments qui ont servi à écrire "Orage". Si j'ai pris le temps de préciser la situation d'écriture de "Vecteur", c'est parce que le dernier texte de cette partie a été écrit plus ou moins dans la même période. Entre deux révisions, fin mai, tandis que j'étais seul, j'avais pris le temps de lire un texte de l'Aleph de Borges. Et, après avoir bu un café pour me détendre, j'ai observé le paysage. Face à ça, je n'ai pas perdu un instant : je me suis rué sur mon ordinateur, et ai écrit d'une traite les deux premiers paragraphes, pour peindre l'instant et le conserver, parce que je sentais qu'une idée me viendrait. L'idée m'est venue au fur et à mesure, jusqu'en aout. De fait, "Orage" vient après "Vecteur" : il a été achevé après ce dernier.
La seule idée que proposait "Orage" dans ce premier jet était alors la subjectivité de la vie, comme pour l'art, si ce n'est par rapport à une seule vérité objective : celle de vivre, mais de ne pas gêner les autres vies.

Plus tard, je suis revenu avec les thématiques de la peinture ainsi que des hommes et des vies. La comparaison entre êtres et orages signale les rencontrent fortuites, l'idée d'interdépendance entre chaque élément aussi, sous la puissance de l'espace et du temps. La dernière phrase du paragraphe signifie que toute vie est voisine de l'autre et, de fait, chaque être observe l'autre.
L'homme qui rejoint le ciel est une image du mort : il laissera forcément derrière lui une trace, un mouvement qui aura des conséquences au sein de la chaîne du temps. Cette action, portée au ciel, doit apporter la beauté - et ne pas détruire. 
Le lien entre homme et ciel va plus loin : l'homme n'est pas univoque comme un ciel bleu d'été, qui d'ailleurs est en dégradés, et il se rapproche du ciel nocturne aux multiples étoiles. Il est un composé particulier. Et, comme le ciel, il est là pour être, simplement. L'exclamative souligne cette idée : il y a des phénomènes incompréhensibles, des mystères qu'on ne s'explique pas, mais ce n'est pas par ceux-là que passent la vie ! La vie est dans les vecteurs de la simplicité, par l'existence même. Ce texte conclut le message de cette partie sur la vie et la mort : se connaître mourant pour percevoir la beauté, recevoir pour donner, s'alléger des craintes

mardi 10 décembre 2013

Annonce du 10/12/2013


 Bonjour à tout le monde !

Vous êtes habitués à avoir deux articles d'explication par semaine : le but de cette pratique était de permettre rapidement à tous les lecteurs d'avoir le maximum d'informations sur les textes du recueil. Sachez qu'on approche de la fin de ces articles : il en reste trois, qui sont rédigés depuis plusieurs semaines. Si j'ai pu fournir le blog d'articles deux fois par semaine, c'est parce que j'ai écrit, rapidement (mais de manière efficace tout de même) et longtemps. J'ai passé plusieurs heures à mettre en place ces publications, à prendre de l'avance, pour ne jamais tomber à court. En gros, malgré les obligations des études et du travail, j'ai pris du temps afin de rendre l'expérience des Contes urbains plus riche, plus agréable et plus ouverte.

Si je dis cela, c'est parce que, cette semaine, il n'y aura qu'un seul article d'explication. Vous comprenez que ce n'est pas à cause d'un manque de temps, puisqu'il est prêt, mais simplement parce que je souhaite espacer les publications des ultimes explications. Une cette semaine, l'avant-dernière la semaine prochaine et le Finale pour la dernière semaine de l'année, histoire de marquer le coup. ;-)

En tout cas, le recueil s'est plutôt bien téléchargé. Il a été acquis plus de 40 fois, ce qui est un score honorable pour un début sur la jungle d'Internet. Pour cela, je comptais vous remercier, très sincèrement. Aussi, n'hésitez pas à commenter, à donner votre avis, à poser des questions : je souhaite des retours, pour voir si mon projet plaît ou s'il interroge. Parce que s'il y a des errances, des choses qui échappent, je voudrais corriger cela au plus vite pour proposer un livre optimal.

D'ailleurs, puisque j'y pense, sachez qu'il ne faut pas hésiter à diffuser et partager ce livre entièrement gratuit ! Si jamais vous ne savez pas quoi offrir pour Noël, ou si vous cherchez de quoi lire un peu, téléchargez les Contes urbains : si jamais ça ne vous plaît pas, vous n'aurez aucun regret. Il n'y a rien à perdre à jeter un coup d'oeil gratuit. De plus, si jamais ça ne vous touche pas, parlez-en autour de vous : ça peut intéresser d'autres personnes.
Enfin, si quelqu'un vous a commandé une liseuse, une petite astuce pour vous : ouvrez soigneusement l'emballage ("Oh mon dieu déballer un cadeau, sacrilège !"), branchez l'appareil sur un ordinateur, téléchargez les Contes urbains et envoyez-le sur la liseuse, ça fera un livre en plus à lire, et ça me fera énormément plaisir. Ce serait, vraiment, un sacré cadeau de Noël pour moi que vous offriez mon recueil. ;-)


Encore une fois, je vous remercie tous de votre téléchargement et, aussi, de vos visites. Vous êtes les meilleurs ! Et, pour marquer le coup, je vais publier ici un texte écrit en septembre. C'est inédit, et c'est pour vous !
Bonne semaine à tous, et à samedi =D

 En flamme

Ce texte est inspiré des titres Inflame thy heart et A Poem written in moonlight de Saturnus et de la ballade Blackthorne de Solstice.

Le cœur s'enflamme dans une torpeur mélancolique.

Le temps étouffe le crépitement des émotions.

Le vent bâillonne le murmure de l'être fatigué.

Les feuilles bruissent, la pluie marque par son absence.

Le soleil accompagne les secondes par des rayons muets.

Les secondes tintent sous la rage éteinte.

Le cœur s'enflamme et se tait.



Un regard porté sur les lèvres,

Cette bouche entre-ouverte veut hurler, grogner,

Mais ce regard suspendu surveille,

Un simple mouvement, et l'être serait condamné.

Il y a ce bouillonnement, cette envie...

L'envie de tout éteindre, pour tout recommencer...

Le cœur s'enflamme et se tait.



Sans cesse manié par les vagues, le corps s'oublie.

L'homme se fond avec l'écume, et se disperse dans le néant.

Pris, embrasé par les tempêtes des joies et des peines.

Capable de remuer la sphère de ses rires,

Il se laisse porter, et tout lui semble bon.

Capable de frémir avec la vacuité environnante,

Le cœur s'enflamme et se tait.



L’œil contemple les collines et les plaines,

Les forêts, les villes, les routes et les mers.

Il cherche un détail, un élément, un signe

Sur lequel le cœur pourra reposer sa passion.

Une note, une voix, des mots, une couleur, des gestes

Des souvenirs, une mélodie, un visage ; un soupçon d'éternité.



La chair se crispe, l'esprit se tourmente, tout s'assoupit

Car le cœur s'enflamme dans une torpeur mélancolique.



Un poème au clair de lune, un miroir qui reflète

La pureté disparue. La main s'élève dans les airs,

Cherche dans l'insaisissable la fumée des jours morts

Et la vapeur des temps à venir. Se tenir dans la nuit

À dormir les yeux ouverts, à attendre sans espérer. Dans le jour,

Se tenir, avancer, le temps en son sein, une musique dans la tête.

Le temps souffle sur les braises épuisées.



Une caresse sur la peau, un frisson profond

Parcourt par le sang et la tête et le reste.

Il soulève les émotions, les bouscule et les renverse.

Siègent alors la majesté de la tendresse et l'empire de la beauté.

Les yeux restés ouverts tremblent, la pupille se dilate,

La pulsation s'accélère, un sourire s'esquisse.

Le temps souffle sur les braises épuisées.



Souvent esclave du froid glacial, parfois

La fournaise est ravivée. Et la douceur céleste

Étreint l'être, alors il se sent leste.

L'amour, rivière changeante, érode les roches

Des symboles qui envahissent. Il façonne le minerai

Du vivant qui se perd et se retrouve, qui s'arrête et se reprend.

Le temps souffle sur les braises épuisées.



À la fois soulevées et écrasées par le flot ininterrompu,

Les créatures et créations se tiennent au sommet de l'univers.

Elles sont inscrites dans tout, et c'est en cela justement

Qu'elles embrassent aussi bien le vide.

Alors, ces pensées brûlent de plaisir et se consument d'agonie,

Elles sont glorieuses et misérables, tout et rien.



Le cœur s'enflamme sans cesse, alors que l'homme tient

Un miroir dont la face se ternit, un poème au clair de lune.

dimanche 8 décembre 2013

Explication de texte : Atomos

 
Buste de Lucrèce prélevé sur ce site


Bonjour vous tous !

Le texte que je m'apprête à expliquer m'est tout à fait particulier : je l'avais commencé au début de ma deuxième année de lettres modernes, alors que je découvrais la littérature antique, et notamment les Géorgiques de Virgile. J'avais été fasciné par ce style direct de discussion, car souvent ces ouvrages étaient destinés à quelqu'un. J'ai voulu moi aussi tenter de tenir une réflexion sur ce mode-ci, d'autant que je parcourais la pensée atomiste avec intérêt. J'avais commencé par les trois premiers paragraphes. En guise d'introduction, je proposais une invitation à voir l'atome tel qu'il est. Et je me suis retrouvé face à un mur. J'ai voulu effacer aussitôt l'esquisse de texte - je me suis ravisé.

Deux ans plus tard, j'ai éprouvé un sentiment étrange que je n'avais pas eu depuis longtemps. Au moment de m'endormir, j'ai eu la sensation que tout mon être se retrouvait en un point de mon cerveau. Minuscule, j'avais l'impression que tout s'imposait autour de moi, que même mes pensées m'assaillaient. C'était particulièrement étrange, et cela m'avait donné l'idée de percevoir ces éléments microscopiques sous l'impulsion de mouvements et de couleurs - un peu comme les lumières dansantes dans le passage du salon dans "Sophie". Alors que j'avais approfondi les thèmes galactiques, j'ai voulu lier cette expérience délirante à l'atmosphère du passage de "Sophie" avec le départ d'"Atomos" laissé à l'abandon.


Le texte commence donc véritablement avec l'observation des atomes immenses, dont la structure rappelle les phénomènes galactiques. De fait, par "la marche d'éléments" rapide, il y a une évocation de ce que j'ai imaginé pour "Cosmogenèse" : la marche des atomes fait écho à la danse des planètes en formation. On revient alors au lien de toute matière : l'agglomérat qui donne des naissances, la division qui donne des morts, et ceci se poursuit, en deux gestes combinés et inaltérables. Comme nous sommes un "agrégat d'atomes conscient" ( comme je l'ai énoncé dans le texte "Dans le ventre de la terre") ou, ici, "une apparence composée de milliards d'atomes", notre matière se désagrège, se métamorphose au fur et à mesure, avant l'arrêt qui mène à la division de ce qui nous compose. En fait, je ne propose rien de neuf, je propose sous un autre angle l'idée déjà énoncée auparavant dans d'autres textes.
Mais cela me permet de rappeler une chose : la mort n'est pas une fin absolue. Car notre être va laisser un dépôt de matière, qui servira de terreau à d'autres choses. On dit que "rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme" : cette vérité scientifique a été posée bien avant les avancées modernes dans ce domaine. Déjà, dans l'Antiquité, Lucrèce, inspiré de la philosophie matérialiste grecque, notamment des enseignements d'Epicure, soulevait la thèse que, dans l'univers, rien ne naissait du néant, et rien n'y retournait. De fait, même si son De Rerum natura propose des idées qui peuvent nous sembler amusantes (le corps composé d'atomes qui sont des miniatures du corps en question), il y a dans l'essence de son long poème didactique quelque chose de rassurant et de beau. Le monde est ainsi fait dans une poursuite du temps, ce temps composé de la chaîne des éléments qui succèdent. Il n'y a aucune crainte à avoir de desseins divins, aucune peur de subir le courroux d'un seigneur inatteignable. 
Au passage, j'en profite pour dire que le "karma" correspond à l'idée qu'un mouvement de maillon au sein de cette chaîne aura des conséquences plus ou moins importantes, tôt ou tard. Il n'y a pas de bon ou mauvais karma, ceci est une transposition occidentale de la justice divine. Le karma est la poursuite : une goutte d'eau tombe, cela apporte des mouvements multiples.


Revenons-en à la mort : le mouvement se poursuit, l'univers n'est pas promis à un embrasement total et parfait. De fait, j'en viens à l'idée que, durant le moment où nous sommes, nous avons ce pouvoir d'agir sur cet univers qui nous survivra. Apparaît l'image motrice du texte : envoyer des pulses de lumières sur ces atomes, autant que le cosmos est parsemé de phénomènes lumineux singuliers. Cette image illustre que, même si nous avons des possibilités, nous sommes limités. Nous avons une puissance formidable, il n'est pas nécessaire de vouloir aller au-delà, de faire preuve d'hybris, de vouloir surpasser ce que la matière nous permet - et ses limites permettent quand même une merveilleuse marge de manœuvre. J'en appelle ici à ne pas se fier aux illusions, à ne pas viser le divin qui nous est inaccessible car, comme il sera dit plus tard dans le recueil, entre l'homme et les dieux, il y a un gouffre : l'éternité.
Nous vivons, et cela laisse une empreinte, qu'il faut avoir à l'esprit : ce qu'enseignent les bouddhistes, ce n'est pas qu'une bonne action apportera un bon karma à la personne, ceci est une vision égoïste du "je fais le bien pour avoir mon propre bien". Ils invitent à faire des actions positives, à faire preuve de détachement, d'humour et de joie, parce que ces actions bienveillantes auront des conséquences agréables dans la suite de la chaîne. 
Toujours dans le même paragraphe, je passe à autre chose par la définition de l'empreinte. Si bien que cette fin de paragraphe est un clin d’œil amusé à l’œuvre de Lucrèce : si ses vers sont beaux, parfois ils sont rigoureusement faux selon les "lois inébranlables". Mon projet était de montrer que certaines élucubrations de scientifiques - comme lier l'infiniment petit et l'infiniment grand - peuvent paraître tout aussi étrange de prime abord, mais soulever quelques pistes de réflexions.


On arrive ainsi à la conclusion du texte. J'illustre l'action du temps de façon simple, par la fleur, puis l'homme - tous deux êtres vivants -, puis par la matière minérale qui, apparemment figée, n'en est pas moins soumise à un ensemble de phénomènes. De ce fait, on se rend compte que du temps, on n'en a aucune perception réelle et saisissable - bien que la musique, par ses notes, nous propose un autre rapport à ce flot. La seule chose qui nous apparaît est l'effet de ce temps. On pourrait me rétorquer toutefois : "Mais par la musculation, on sent chaque seconde par l'effort". Je répondrais que l'effort physique, comme la méditation, invitent à prendre justement le temps en compte. Mais l'idée reste la même : il faut accepter le temps et son action. Le tout est de saisir l'action temporelle, pour ne pas se laisser surprendre. Garder à l'esprit que "tout change, sans arrêt" pour s'ôter la peur de la mort et de l'impermanence.

mercredi 4 décembre 2013

Explication de texte : Quête

La photo qui a inspiré le début du texte Quête : une aube hivernale à la lumière agréable
 
Bonjour à tous et à toutes !

L'hiver dernier, je passais quelques moments entre festivités et solitude. Plusieurs fois, face à ma fenêtre, j'observais les effets de la saison froide. Comme j'avais relu, un jour, le texte "Foyer", je pensais que je pouvais aller plus loin sur l'ébriété. Je m'étais mis alors à écrire par rapport à une expérience que je n'ai pas vécue, avec un personnage qui ne me correspond pas. Prendre du recul pour mieux analyser et comprendre une quête.


Le personnage de ce texte cherche le grand frisson, l'éclat de sa vie par l'ivresse. Comme je l'ai déjà dit auparavant, ceci est un leurre : et si la cigarette et l'alcool apportent un lot d'émotions, si elles clouent l'être durant un instant autour d'une paralyse tournoyante, les "lumières de l'univers" ainsi déployées s'apparentent au délire. Ce texte sert à affiner ce que j'ai déjà défini, à donner du relief. Quand je parle "d'union à l'instant", de savoir qui l'on est, je me préserve de l'idée d'accepter toutes les dérives de l'homme : il faut au contraire affronter ses peurs et ses vices, surpasser ses travers. L'alcool n'est pas une solution, mais une fuite qui ne fait pas voir la réalité en face et qui ne permet pas de l'embrasser totalement.
J'ai profité aussi de ce texte pour revenir à "l'expérience de proximité avec la mort". Seulement, cette expérience n'est pas à provoquer, car c'est une autre déviance, une erreur. Il faut voir les choses comme elles sont et, pour cela, il faut s'assoir, s'unir à soi et au temps, et se définir par le rapport que nous entretenons avec cette course continue. Cette course, nous pouvons la percevoir dans le nudité de l'instant, c'est à dire un temps où l'on ne fait rien d'autre que faire face à soi - par la prière ou la méditation. On voit ainsi le néant dans ce temps qui passe. Face à ce néant, on peut se sentir faible - comme le personnage du texte - ou choisir d'habiller l'instant, de le rendre conscient : choisir de se sentir vivant par rapport au temps. Se connaître soi-même, sans illusion. Ceci est illustré par les propos que le cerveau veut présenter au personnage, et débouche sur cette phrase : "Parce que la matière m'a donné corps, et parce que cette même matière se changera, se décomposera et donnera corps à autre chose, je dois vivre." Ce personnage ne saisit pas cet enseignement, alors qu'il apporte le grand soulagement de l'absence de crainte. 


Le texte finissait initialement sur ces mots : "Préserve la totalité : au-delà des cieux demeure le vide". Ceci signifie que la vie a deux faces : vie et mort. J'ai toutefois ajouté à cela deux paragraphes. Le premier est sur le fait de la méditation. Pour se situer dans le présent, il est bon de laisser des bornes derrière soi pour que le chemin parcouru soit illustré d'émotions, de souvenirs. "Habiller l'instant" par un rapport sensible permet de comprendre que nous parcourons un chemin, que nous allons de sentiments en sentiments, "comme sur une flûte on va de notes en notes", pour reprendre un vers de "La Sphère" de Supervielle (un poème que j'apprécie beaucoup par l'aspect galactique). Le passage entre ces émotions signifie notre lien au changement. Ce texte est en lien avec "Dans le train, notes fulgurantes" de décembre 2012 : l'émotion, et l'art donc, posent un état que l'on peut retrouver par la suite. Ils nous permettent de nous comprendre.
Le second paragraphe a été réalisé suite à la lecture d'un livre pour enfants écrit par Stephen Hawking, Georges et les secrets de l'univers. A la fin de celui-ci, il avançait une théorie sur les trous noirs : alors qu'on les voyait comme un point de néant absolu, il s'avère que, plus ils absorbent de matière, plus ils grossissent. Or, dans l'univers, plus les corps deviennent complexes, plus ils se fragilisent (en témoigne les atomes très complexes instables qui servent pour les centrales nucléaires). Lorsque le trou noir devient trop gros et trop fragile, sa structure se désolidarise, et sa matière s'expulse. Cette théorie répond à une loi : rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme (et, pour cette loi, déjà, dans l'Antiquité, le poète et philosophe Lucrèce l'avait défini). J'ai souhaité faire un lien entre mes idées, la poésie matérialiste de Lucrèce et la science pour signifier que la mort n'a pas à effrayer : elle est un processus naturel. D'autant que c'est par cette loi que je comprends la réincarnation qui - et ça ne regarde que moi -, définit le fait que la matière demeure mais se change au fur et à mesure. Et ce qui vaut pour l'infiniment petit vaut pour tous les niveaux de l'univers - que ce soit à l'échelle humaine ou galactique.


Un tel texte signale les multiples inspirations. Par conséquent, on sent la réalité des enseignements bouddhistes lorsqu'ils affirment que la vérité n'est pas univoque, elle est dans la multiplicité des couleurs et des pensées. Les scientifiques, les philosophes et les poètes ont convergé sur certaines idées essentielles. Après, il y a bien sûr de nombreuses ramifications dans chacun de ces domaines, mais, au sommet, nous avons ce message qui ôte l'apparat de l'illusion autour de la mort, et nous rassure.
Par ces textes, je veux que soient partagés ces éléments rassurants.

dimanche 1 décembre 2013

Explication de texte : Cadavre sonique

Dans cet album se trouve le titre Sonic Rebellion qui a inspiré ce texte
 
Un bonjour fracassant en ce 1er décembre !

Le texte que je vais expliquer ici est un cri vif, une image fulgurante née d'une musique : Sonic Rebellion de Vicious Rumors. Ce titre rapide et carré m'a inspiré l'idée d'une représentation de la Mort comme un cadavre jonglant et électrique, puissante et implacable. A côté de ça, j'étais retombé au hasard sur les Illuminations de Rimbaud et sur le texte "Being Beauteous" qui met en avant une beauté de chair malmenée. Aussi, j'avais encore à l'esprit le thème du cadavre exquis : je voulais aller plus loin dans ce personnage, et le lier encore une fois à une observation de la mort. Il est devenu, sous l'impulsion de l'adjectif "sonic" du titre de la chanson de Vicious Rumors, le cadavre sonique.


Comme la musique commence par un cri, le texte ouvre sur un bruit : la sortie du cadavre sonique. Si l'adjectif "sonique" nous évoque la rapidité, c'est avant tout un son. Comme le son, la mort est invisible, mais on perçoit ses conséquences. Cette mort, portée par un ensemble culturel, impose une force terrible et une tristesse invincible sur les hommes, entre empathie et effroi.
La mort apparaît sous de multiples formes, à cause de ses nombreuses représentations au fil des siècles. Elle est la plus grande "colonne de superstition", l'illusion maîtresse. La description du cadavre sonique devait évoquer cette terreur, mais j'ai voulu grossir ses traits, pour qu'elle en perde toute réalité. Car, comme tous les symboles, ce n'est qu'une chimère qui tire son impérialisme de l'imagination. Fuir et ne pas affronter ces images, c'est s'enfermer. Il faut accepter la mort, pour se dire que, finalement, elle fait partie de la vie, de la course du temps et que, de fait, le seul visage qu'elle revêt est celui "qu'on veut luit donner". Par les mots choisis avec la "forme énigmatique" qu'on confie à la mort, ce cadavre sonique prend corps autour d'une autre musique : The Enigmatic Form de Decrepit Birth. Et je montre que la mort, en tant que tel, n'a pas à nous effrayer car elle répond de fantasmes : à partir du moment où elle a plusieurs visages, c'est que l'apparence qu'on lui prête est complexe et qu'elle ne répond pas à son essence qui, elle, est pure, simple.


L'essence de la mort est impalpable. Et lorsqu'on croit la voir, ce n'est pas qu'elle prend corps, c'est en fait notre peur qui se tient face à nous. Jamais nous aurons une image fixe de la mort car elle est constante. Elle fait partie du temps, aux côtés des naissances et de la succession. J'en reviens ainsi à l'imagination, à ce que les arts et les mythes ont conçu pour rendre cette réalité imposante. Seulement, comme le singe qui se vêtit de la fourrure du lion, les apparences nous trompent. Oui, l'art voit juste en plaçant la mort comme une force qui va et ne s'arrête jamais. Mais la mort ne juge pas, elle n'agit pas selon une conscience. C'est simplement une conséquence du temps. 
La symbolique du singe paré du costume du lion m'a conduit à réutiliser un autre lieu commun : celui du lion blessé par une épine dans le pied. C'est un classique réutilisé dans de nombreux dessins animés : un lion effraie tout le monde car il hurle et semble énervé comme jamais. Un personnage chétif affronte sa peur et ose s'avancer auprès du prédateur qui, en fait, pleure sa souffrance. Pour l'homme, la situation est pareille : il doit s'avancer auprès de sa conscience implorante, s'ôter cette épine d'illusions. Il se dégage alors, en fin de texte, une autre symbolique avec le mythe de la caverne de Platon, qui signale aussi l'action des illusions. Lorsque je dis "saigner en cascade [...] vivre enfin, libres des murmures portés entre les roches de la caverne", c'est par l'idée que le sang libéré va purifier les roches. Notre vie impulsée par un sang conscient, signifiée par cette cascade, va éroder les roches conçues par la sculpture des mythes et récits autour de la mort. Il nous faut, par un regard sur soi et le temps, nous purger des symboles des anciens, laisser le regard observer le ciel derrière les nuages.

Il faut rendre à la mort le fait qu'elle n'est pas incarnée, voici ce que signifie la phrase finale. Mais elle porte, par un jeu de mot, un autre sens : laisser au mort le repos. Laisser aller celui qui est parti, accepter sa disparition.


Ce texte fait partie de cet ensemble qui veut mettre en avant le potentiel que nous avons en chacun de nous de voir la vie telle qu'elle est. Laver l'image de la mort de toutes les peurs illusoires, même si cette culture a quelque chose de confortable que l'on n'ose pas mettre à mal, c'est se permettre la possibilité de s'alléger. Il ne faut pas se laisser hanter - car la peur amène à bien des erreurs. La peur de la mort implique la peur de perdre, le désir de possession, la jalousie, l'envie, et bien d'autres choses qui enferment l'être. Passer outre cette barrière, c'est déjà se donner les moyens de lâcher prise. Et, comme l'affirme Sogyal Rinpoché, ceci sera d'un grand secours pour accepter le changement final de notre être.