dimanche 23 mars 2014

Critique d'album : The Theory of Everything, Ayreon

Si vous ne connaissez pas Ayreon et que vous aimez les Opera Rock et la diversité musicale, vous allez apprécier !

Bonjour tout le monde !

Aujourd'hui, je propose un article particulier, car j'ai été tout simplement transporté par ce que je vais vous présenter. J'ai donc décidé d'en faire une critique objective et approfondie, afin de vous faire découvrir une bonne pioche musicale qui, j'en suis sûr, pourra ravir bon nombres d'amateurs de musique.
Pour commencer, un petit topo sur le groupe... En fait, ce n'est pas un groupe comme on l'entend. Ayreon est le projet d'un homme, le néerlandais Arjen Anthony Lucassen. Ce nom ne vous dit peut-être rien, mais il est à la tête de plusieurs groupes et productions musicales de Rock et de Metal progressifs. 
Ayreon n'est pas un groupe, car le line-up (la composition) change sans arrêt selon l'album. On retrouve quelques artistes récurrents amis de Lucassen. Mais le but est de proposer des œuvres inspirées des Opera Rock : travaillées avec un soin particulier sur l'écriture musicale, composées selon des thématiques précises.

The Theory of Everything est le 8ème album de ce projet Ayreon. Comme pour les autres productions, l'histoire se centre autour d'une esthétique particulière. Ici, la base provient d'une théorie physique selon laquelle il pourrait y avoir une force qui réunit l'ensemble des interactions de la matière. En somme, c'est une théorie, à mon sens, qui transpose la quête de Dieu dans un esprit scientifique : au lieu de chercher une entité unificatrice, on recherche une équation, une formule qui réunirait l'intégralité des puissances de l'univers.
Cet aspect scientifique a son importance : Lucassen est fortement inspiré par les sciences et le cosmos. Il est amateur de Space Rock, notamment Hawkwind (que j'ai déjà évoqué ici), en témoigne le medley qu'il a produit dans Star One sur l'album Space Metal... Tiens, Space Metal, on retrouve encore le thème spatial !


Venons-en au fait, maintenant : que vaut cet album ? Je vais observer ça d'une part sur le plan technique et, en suite, selon l'angle de l'oeuvre en elle-même.

La technique : 

Comme je l'ai dit, Lucassen n'en est pas à son premier coup d'essai. Il a de la bouteille. Mais il n'est pas le seul à être une pointure du genre : il sait s'entourer ! Nous avons donc ici une bonne brochette de grands noms de la scène Rock et Metal : on retrouve des artistes de Grand Magus, Lacuna Coil, Dream Theater, Kamelot, Nightwish, King Crimson, Yes ou Genesis. Autant dire que, d'un point de vue strictement technique, on est servi par des maîtres.
D'autant que, sous la direction de Lucassen, on retrouve un sens de la composition impeccable : nous avons un véritable opéra qui se dévoile par des personnages très bien caractérisés grâce à des chanteurs avec des voix typées, d'autant que les différents moments sont marqués par des thèmes, des motifs et des solos bien pêchus : le capital sensation est bien présent, on frissonne à plusieurs moments rien qu'en écoutant la musique pour ce qu'elle est.
Pour ça, l'album est vertigineux : il y a de nombreux titres (42, comme la réponse à la question de l'univers) qui nous transportent vers différents lieux et instants, on voyage véritablement. La composition est singulière, toutes les parties sont liées de façon remarquable grâce à l'écriture léchée que propose toujours le projet Ayreon. C'est le minimum à attendre du musicien accompli qu'est Lucassen, qui est à la fois multi-instrumentiste, auteur, compositeur et arrangeur. Il sait ce qu'il veut, et il l'obtient ! (C'est sans rappeler Chuck Schuldiner avec Death... Sans doute j'y reviendrai.)


L’œuvre :

Comme je l'ai dit, on est face à un Metal Opera, du coup il faut aussi juger les paroles et l'histoire qu'elles racontent.

Autant le dire tout de suite, le pitch en lui-même est bourré de clichés. Sans en parler plus que nécessaire, le voici. Cela démarre dans un phare, où deux personnages viennent visiblement tristes. Puis on revient dans le temps pour découvrir pourquoi on en est là. On apprend qu'il y a un scientifique (le Père) qui s'acharne à trouver l'équation de la théorie du tout. Il en délaisse sa femme et son fils, qui est un enfant autiste enfermé dans lui-même. Ce fils, nommé le Prodige, reçoit des stimuli chaotiques : il est le réceptacle de l'ensemble des données de l'univers, et donc la clé pour la découverte de l'équation. Se dressent alors des obstacles : le désir déviant d'un Père qui ne cherche qua la gloire, un Professeur qui est intéressé par l'enfant mais qui souhaite l'aider autant que la Mère. N'oublions pas aussi le fameux triangle amoureux : une Fille qui agit comme la Mère, et un Rival qui est un bon salaud jaloux du Prodige qui fera tout pour arriver à ses fins.
Vous le sentez, on ne va pas dans l'originalité : les personnages sont plus que convenus, les situations sont très prévisibles. On peut limite rire de cet amalgames d'éléments déjà rencontrés dans une majeure partie des œuvres des arts et des lettres. D'autant que la narration est, elle aussi, très convenue : le récit par le flashback jusqu'à revenir au point de départ avec tous les éléments, ce n'est pas vraiment novateur.

Mais dénoncer ce manque d'originalité et blâmer l'album pour cela serait une erreur monumentale : n'oublions pas le talent de Lucassen en tant que musicien !
Nous sommes face à un Metal Opera, ce qui soulève deux objectifs principaux. Le premier, du bon Metal, et on est servi : l'écriture est soignée, les épisodes tombent de manière juste. Quand bien même ceux-ci sont connus parce qu'ils jalonnent d'autres œuvres théâtrales ou opératiques, ils font mouche par ce traitement de la musique. On s'imagine tout à fait les situations, une mise en scène se dévoile face à nous.
En second, nous avons de l'Opéra. Comme j'ai pu l'entendre, un opéra est bon lorsqu'il place des personnages phares (sans mauvais jeu de mot avec le lieu du phare...) aux comportements et aux traits très marqués connus de tous. On se retrouve avec des protagonistes types, voire stéréotypés (d'où le choix, je pense, de ne pas nommer les personnages mais qu'ils soient figurés selon des rôles tels que Prodige, Rival etc), mais cela fait partie du jeu : un opéra ne doit pas toucher principalement par une trame inédite, mais par le lien qui se fait entre la situation et la musique. 
Cela peut se justifier du fait que, si l'intrigue était trop alambiquée avec des liens complexes entre personnages, nous perdrions le fil musical. Nous ne réfléchissons pas forcément à l'évolution dramatique, et comme c'est convenu, on sait à quoi s'attendre. Du coup, on se concentre plus sur la musique. Et c'est la mise en instruments et en chants qui touche. Autant dire que, de ce point de vue là, The Theory of Everything en impose : les chanteurs vivent clairement leurs rôles et donnent vie au drame (gros horns up pour JB, chanteur de Grand Magus, qui joue le Professeur), et les différents musiciens invités, qui sont des grands noms de la scène Rock et Metal, dévoilent un univers riche et surprenant.
Oubliez ce que vous pensez par rapport au Metal : vous arpenterez auprès du Prodige les confins de l'univers ! Par des parties Heavy musclées, des envolées celtiques, des mélodies au synthé' uniques et des éléments propres aux grands Prog Opera dont Lucassen a le secret (écoutez The Human Equation et The Universal Migrator), cet album propose une heure trente de grand divertissement !
Alors, oui, l'histoire est classique, mais la musique, elle, est unique en son genre ! Nous sommes happés par cet arrangement et nous nous concentrons bien plus sur les réseaux entre musique et narration, d'autant que celle-ci est prévisible.
Puis, mince, le finale me botte bien : que faire de l'équation qui résout le mystère de l'univers, si elle doit conduire à la destruction des hommes ? C'est bateau, mais c'est toujours aussi sympathique !
L'histoire est convenue, car elle utilise des ficelles dramatiques employée depuis des siècles dans les arts et les lettres... Mais justement, si ces personnages types et ces situations types sont utilisés, c'est qu'ils fonctionnent, et que leur efficacité dépend de l'agencement, du travail de conception réalisé par les artistes. Ici, ce travail a une identité.

Vous noterez que je n'ai donné que peu d'informations sur l'intrigue... A vous de découvrir ! J'ai souhaité en dire le moins possible. Mais sachez que, vraiment, c'est la composition globale qui hisse cet album au rang d’œuvre musicale ! Et les émotions sont au rendez-vous si on écoute l'album avec le livret sous les yeux.


Finalement, alors que je connaissais Ayreon surtout pour une poignée de musiques exceptionnelles (je suis du genre à écouter mes musiques en aléatoire, pas en suivant les albums d'une traite), je me suis laissé surprendre à écouter ces 2 CD en intégralité d'un seul coup. J'ai passé un grand moment et, bien que la trame en elle-même soit déjà vue, elle se justifie dans le projet Opéra : concentrons-nous sur la beauté des liens entre histoire et musique ! C'est bien écrit et, musicalement, c'est très propre. Lucassen prouve encore une fois qu'il est un nom incontournable de la scène Rock et Metal de haute volée. D'autant que celui-ci a été choisi pour travailler dans un projet de jeux vidéo à la croisée entre ce médium et un album musical avec The Birdcage. Un maître reconnu !

Par ailleurs, je veux signaler le gros bonus sympathie d'Ayreon : j'ai laissé un message sur leur page officielle Facebook, et ils m'ont répondu. Ouais, ce sont des bons ;-)
Moi : Just listened to the whole "Theory of Everything"... What a piece of music ! It was a great moment : thanks to all the staff !
Ayreon : You're very welcome, glad you enjoy it so much! Thanks for letting me know :) 


Allez, à la prochaine tout le monde !
Et n'oubliez pas : partagez, le blog et le sont projet vivent par la diffusion.
Donnez votre avis, lancez-moi des défis d'écriture : faîtes-vous plaisir ! =D 

dimanche 16 mars 2014

Texte théâtral - Souffre, je le veux

L'album Weiland du groupe Empyrium, que j'avais lancé durant l'écriture de ce texte

 Bonjour à tous !

Cette semaine, j'ai été pris dans l'écriture d'un texte. Du coup, j'ai voulu vous le proposer gratuitement. Il est disponible sur le dropbox des Contes urbains : https://www.dropbox.com/sh/5watsw8st37lorb/lC_uAUQ_gj

Dans mon souhait de partager mes textes, j'ai pensé qu'il serait sympa de vous proposer autre chose que les textes du recueil. En effet, cela va faire près d'un an que j'ai terminé les Contes urbains, depuis j'ai produit d'autres choses. Certains écrits ne seront pas partagés tout de suite car je compte faire un autre ensemble. Seulement, en attendant que celui-ci soit achevé, je trouve que c'est cool d'avoir quelque chose de différent à se mettre sous la dent.


Souffre, je le veux est une tentative théâtrale comme j'aime les faire : elle amène à questionner le rapport entre les personnages mais, surtout, le lien entre la fiction et son auteur. Ici, le parallèle avec Blanche obscure est plus qu'évident, puisque je suis parti avec la même intention : un intrus pénètre dans l'espace théâtral et bouscule la vie de personnages.
Toutefois, dans Blanche obscure, l'intrus était aussi bien le lecteur que l'auteur, et cela portait surtout l'idée que tout regard vient changer un texte ou une création artistique, car chacun aura son interprétation. D'où l'idée du manoir mouvant : chacun s'en fera sa propre idée.
Dans Souffre je le veux, j'ai emprunté une autre direction. Je suis parti sur la situation de deux personnages qui se disputent, et de l'auteur qui vient mettre son grain de sel avec une blague de très mauvais goût. J'avais pensé que l'auteur aurait pourri la vie de son personnage bien avant cette dispute, et que l'on découvrirait les actions de l'auteur au fur et à mesure. Cependant, une idée m'est venue : après tout, je suis entré en tant qu'auteur - et donc intrus - par cette dispute, mais, concernant tout ce qu'il y avait avant, "on peut caser tout et n'importe quoi, tout imaginer".

Vous l'aurez compris : ce texte interroge bien plus le travail d'auteur et la conception de la fiction que la place des personnages. Ces derniers sont réduits à leur stricte présence, et l'auteur s'amuse avec eux, et échoue. Ceci évoque parfois la déception que l'on peut ressentir lorsqu'on ne parvient pas à mettre en forme ce que l'on souhaite transmettre. L'auteur hésite toujours, d'où les "..." utilisés systématiquement. Eh oui, il choisit ses mots "comme un écrivain" ! Ce qui, pour le personnage, revient à truquer, à "choisir les mots comme un politicien".

En dehors du ton incisif, de la violence des échanges et de la posture désabusée de l'auteur, j'ai voulu jouer avec ce texte, faire quelque chose d'amusant et de surprenant. D'où cette fin mélancolique qui tranche net et coupe court à l'élan global.


Que pensez-vous de ce dispositif ? Souhaitez-vous avoir d'autres textes disponibles à l'unité dans les formats PDF, ePub et MOBI de façon fréquente ? Je pourrai tout à fait proposer d'autres textes, que j'ai déjà sous le coude voire que je pourrai créer pour une occasion spéciale. Aussi, si vous avez une idée de thème ou un défi à me lancer, n'hésitez pas, je le relèverai avec plaisir !
Donnez-moi vos avis, soumettez-moi des choses et partagez les Contes urbains : amusez-vous, c'est dimanche aujourd'hui ! ;-)

Bonne semaine à tous, et à la prochaine !

lundi 3 mars 2014

Une production particulière...

Bonjour tout le monde !
 
Même si je traverse une phase très perturbée dans laquelle tout se bouscule, j'ai décidé de prendre du temps pour tenter autre chose. Disons que l'idée m'est venue soudainement, et du coup je me suis laissé un dimanche matin pour réaliser ce que j'avais en tête : un calligramme que voici.


Je vous préviens tout de suite, cet article est l'occasion de décrire une création et, ainsi, de voir comment peut se construire la poésie. Je vais expliquer comment j'ai procédé. Cela peut faire prétentieux, mais mon but n'est pas là du tout : je veux surtout montrer que, pour toute création, le hasard joue beaucoup. En fait, par les explications que je vais donner, je vais surtout signifier qu'on ne maîtrise pas tout. Et c'est ça qui rend l'écriture palpitante ;)


 Cela fait quelques temps que je butte sur quelques textes sur lesquels je travaille, mais j'avais des fragments de phrases que je voulais écrire. Puisque ça n'avait pas assez de consistance pour faire une prose poétique qui puisse assez me satisfaire, j'ai eu l'envie de les densifier par un corps, au sens propre du terme.
Je me suis jeté sur mon ordinateur, ai cherché ardemment une photographie de cette personne, de préférence avec des cheveux attachés, pour avoir le moins de traits possibles. Je voulais faire à la façon de Matisse sur certains de ses portraits : aller à l'essence du visage par le moins de lignes possibles.
Une fois l'image trouvée, j'ai ouvert Gimp, j'ai créé un nouveau calque, j'ai repassé sur ces fameux traits principaux. Quand j'avais ce que je voulais (forme de la tête, visage, silhouette des cheveux et contour du buste), j'ai viré le calque de la photographie originelle : je n'avais plus que les lignes, celles-là même que l'on voit ici remplacées par des mots.

Contrairement à ce que l'on peut croire, un calligramme ne s'improvise pas. De plus, j'ai préféré rentrer par le dessin avant d'écrire quoi que ce soit. C'est une expérience intéressante : qu'est-ce qui initie ce genre de mise en forme du texte ? Est-ce le texte qui induit de passer par le calligramme, ou les lignes d'un dessin qui inspirent les mots de la prose poétique ? 
Dans mon cas, c'est un mélange des deux : j'avais bien des idées de phrases, mais le dessin m'a permis de contenir mes idées, de les modifier et de les manipuler selon ce que donnent à voir ces lignes pures.
J'ai plaqué une feuille sur mon écran : précautionneusement, j'ai décalqué les lignes avec un crayon. Avec ce support physique sous les yeux, j'ai distingué des parties : yeux et sourcils droits et gauche / contour du visage / oreille / mèche de cheveux / forme de la coiffure / chignon / buste / bouche / nez. J'ai fait plusieurs essais pour voir si mes idées rentraient : pas forcément. J'ai modifié, tranché net parfois. Mais ce sur quoi je ne voulais pas transiger, c'était aussi bien la cohérence globale que le lien entre le texte et la ligne qu'il suit.
Ainsi, ce qui forme les yeux évoquent le regard, l'oreille prend vie avec un murmure, avec le sens de l'écoute, la bouche embrasse, souffle la promesse du vent, la forme du visage rappelle les sinuosités des collines, le trait du cou passe devant la ligne de l'épaule droite, une mèche s'envole au vent, des cheveux sont retenus non plus par un élastique, mais par des mots.

La phrase que j'avais en tête, en premier lieu, était celle-ci : "Les collines boisées m'évoquent les reliefs de ta silhouette, les courbes de ta grâce, les lignes de ta beauté". Seulement, c'était trop long, j'ai amputé. Le reste est venu face à l'image.
Il n'y a pas vraiment de sens dans lequel lire le calligramme. C'est pour cela que j'ai ajouté, sur le buste, la phrase "Dans les airs je trace des vers libres" qui, dans sa forme désordonnée, peut être lue comme "Dans les vers libres je trace des airs". Et l'on revient sur l'écoute par la chanson, l'on retourne auprès de l'oreille... D'autant que cette phrase signifie que, par mon écriture qui tend à la poésie, je cherche la musique.


Tout de même, je vais confier les phrases, pour vous éviter de tourner la tête dans tous les sens devant votre écran ;)

Le temps emporte une mèche...
Marchons, tenons-nous le long du chemin, par un sentier de mots...
Et je te murmure ces mots dans le creux de ton oreille.
Le temps nous entraîne, nous suivons le cours d'une vie commune. Tes cheveux, comme les instants, s'envolent... Retiens-les ! Notre amour soutient les moments contre le temps...
Et je te murmure ces mots dans le creux... de ton oreille.
Mes mots t'accompagnent.
Mes mots contournent le cercle dansant.
Mes mots s'emportent par l'orbite du regard.
Allons au sommet, marchons...
Le vent embrasse sous la promesse du vent, enlace les amants / Le vent embrasse, enlace les amants sous la promesse du vent.
Les collines boisées m'évoquent les reliefs de ta silhouette, les lignes de ta beauté...
Et je te murmure ces mots dans le creux de ton oreille.
Je parcours les aires, sillonne les terres. Tout va, tout / passe...
Mais tout se structure autour de ton portait. Vois ce que forment les mots, vois ton essence !
Dans les airs, je trace des vers libres.
Dans les vers libres, je trace des airs.


Vous l'avez remarqué, ça se répète pas mal avec le murmure dans le creux de l'oreille. En poésie, on aime bien les anaphores, on aime bien reprendre des phrases qui se lisent bien et qui sonnent juste. J'aime la douceur de cette phrase et, hasard du dessin, elle se trouve au croisement de trois passages. Du coup, on la relit, on retombe dessus. Comme je l'ai dit, ce calligramme admet plusieurs sens de marche et, parfois, quand on suit un chemin, on retombe sur ses pas.


Qu'est-ce que l'on peut retenir de tout cela ? S'il y a bien une intention initiale dans ce projet, celle-ci s'est vite trouvée dépassée par d'autres éléments : la place que permettent les lignes d'une part, les joies du hasard (la mèche qui vole au vent, je ne l'avais pas prévue avant de la voir en faisant le line) et, d'autre part, ce qui apparaît au fur et à mesure des tentatives et de la lecture finale. Si j'ai construit le texte dans une forme quasi-définitive après avoir eu le dessin, celui-ci a pris une autre dimension une fois que j'ai voulu relire le texte. Comme le dit très justement Borges dans sa nouvelle "L'Aleph" par la bouche d'un de ses personnages : "Je compris que le travail de poète n'était pas dans la poésie ; il était dans l'invention de motifs pour rendre la poésie admirable".
Qu'on le veuille ou non, s'il y a une part de volonté de la part d'un auteur, la plupart des effets et des "trucs qui font mouche" passent par la relecture, la redécouverte. Un premier regard permet de brasser largement la chose, une seconde approche plus approfondie amène à considérer des éléments que l'on n'avait pas soupçonnés. Cela touche aussi bien la personne qui reçoit que celui qui produit : il y a un aspect qui dépasse. Encore une fois, les joies du hasard.
Et c'est justement ça qui rend la création palpitante. Concevoir, revenir, redécouvrir, modifier.