mercredi 29 octobre 2014

Présentation de groupe : Krimh

 
Kerim Lechner

 Bonjour à tous !

Dans le monde de la musique, nous avons nos petits favoris, nos groupes fétiches. Parfois, nous découvrons un artiste solo dont on savait qu'il existait sans trop savoir son nom, puisqu'il était au sein d'un groupe. Ces personnes, après avoir progressé à plusieurs, décident d'évoluer dans un projet plus personnel - pas forcément en solitaire. Ces projets solos, on en connaît plusieurs, comme Justin Timberlake ou Sting.
Si ce phénomène se déroule dans les circuits populaires de la musique, cela va sans dire que ça se passe aussi dans le milieu du Metal. Si j'avais déjà parlé de Chuck Schuldiner, leader de Death, qui n'a avancé que dans des projets solos suites à plusieurs difficultés au sein de projets de groupes, je vais évoquer aujourd'hui une découverte magistrale, une véritable révélation - et pourtant, niveau Metal, j'ai plusieurs kilomètres au compteur.

Cette révélation est le musicien Kerim Lechner surnommé Krimh.
Membre de plusieurs groupes (Decapitated, dans l'album Carnival is Forever, ou Thorns of Ivy), il progresse dans le milieu du Death Metal et du Black Metal. Autant le dire : instrumentalement, il envoie sec. D'autant qu'il est multi-instrumentiste : il maîtrise la guitare, la basse, la batterie et le piano. 
Je le conçois, Decapitated et Thorns of Ivy sont difficilement accessibles pour qui n'est pas accoutumé à ces mouvances du Metal. Mais si je tiens à présenter son projet solo, c'est que je suis convaincu d'une chose : son album Explore est un excellent premier album d'initiation au Metal.

La technique :

Explore est un album tout à fait particulier, dont la technique se trouve résumée au sein du titre "We Sleep in Skies".



Nous avons un départ lent, aérien et volatile. Puis, après une rupture, nous allons droit dans un Metal carré, avec des sons graves et profonds, sous une rythmique impeccable et très rapide. Sous l'aspect brut du style, nous évoluons dans un sous-genre issu du Death Metal technique : le Djent. Ce type de musique est caractérisé par ce son de guitare grave et profond et ces rythmiques complexes, ainsi que ces mélodies à la fois éthérées et puissamment lourdes. A la première écoute, cela semble d'une simplicité déconcertante. En regardant une vidéo live, à la vue des doigts, on se rend compte aussi bien de la fulgurance des gestes que de la complexité des rythmes.

Par rapport à l'écriture musicale, vous noterez que nous ne sommes pas dans une structure mélodique en intro - couplet - refrain - couplet - refrain - pont ou solo - finale. Au contraire, ça va dans plusieurs directions, les lignes mélodiques changent, le tempo peut aussi évoluer. Ici, on lorgne clairement dans le Progressive Metal. 
En soi, il y a du Progressive dès que l'écriture musicale sort un peu des canons, et se permet une liberté instrumentale.
Il y a donc eu le Progressive Rock, inspiré des improvisations Jazz (King Crimson ou Rush). Ceci a donné pour le Metal autant de types de musiques progressives que de sous-genres : Progressive Thrash (Vektor), Progressive Heavy (Dark Quarterer, Dream Theater), Progressive Power (Symphony X, The Black Mages), Progressive Death (Control Denied, Decrepit Birth) etc. Attention toutefois, même les musiciens de Progressive utilisent des structures canoniques en couplet - refrain, mais en viennent par moment à le mener vers d'autres choses.
L'ensemble de l'album multiplie les alternances entre moments de grâce et envolée métalliques. Il y a un véritable régal à parcourir l'ensemble d'une traite : on suit un voyage, on explore. Et le tout se fait sans accroc, avec un sens esthétique et un professionnalisme saisissant.
La technique, largement maîtrisée, permet de concevoir une oeuvre véritablement expressive, chose surprenante de prime abord si l'on ne connaît pas le Djent, défini par une certaine lourdeur sonore.


L’œuvre :

Comme le laisse entendre le titre de l'album, Explore invite à s'évader. Mais cette exploration m'est surtout apparue comme une initiation : je connais énormément de groupes de Metal extrême (c'est à dire Death, Black et dérivés de ces types), et jamais je ne m'étais dit "ça, je peux le faire écouteur à un non-initié en intégralité".
Le premier élément qui permet un accès facile à cette musique, c'est l'absence de voix. Là où le growl aurait été possible, là où un chant caverneux et guttural aurait eu sa place, Krimh a décidé de n'écrire qu'instrumentalement. Je ne peux que saluer cette pratique : choisir d'ignorer le chant pousse à puiser des ressources instrumentales très riches. Il devient plus difficile de se renouveler sans la voix. Pourtant, il parvient à conserver une identité titre après titre. Cela se fait par les nombreuses lignes mélodiques et par une amplitude d'écriture : autrement dit, ce musicien a une culture solide, une sensibilité profonde, et sait lier les deux avec talent.
Du coup, nous en venons au deuxième élément qui rend sa musique accessible : elle est sensible, émouvante. Bien qu'il rentre dès la première musique dans du Metal Djent, cela intrigue puis, très vite, cela laisse place à la progression au cœur même de son style. Une phrase musicale reste juste le temps qu'il faut, il ne va pas dans des longueurs. Il alterne intelligemment les parties atmosphériques (ou ambient) avec les moments rythmiques. Ce dosage méticuleux confère un aspect poétique maîtrisé.
Cette poésie et ce choix de ne pas avoir mis de chant me rappellent le projet d'un groupe issu du Var qui m'a aussi littéralement renversé, à tel point que je leur ai acheté l'EP et un t-shirt dans la même soirée : Grand Détour.
Ce groupe-ci, après plusieurs années à avoir fait de l'emo-core (que je ne maîtrise absolument pas), s'est dirigé vers un tout autre style musical : le Rock progressif (ou Progressive Rock, comme j'ai dit). Leur EP éponyme est un bijou et, surtout, c'est quelque chose d'absolument incroyable venant d'un petit groupe local qui fait le tour de l'Europe : c'est trente minutes de musiques surprenantes, douces et poignantes, avec une écriture tout à fait unique. Grand Détour est singulier, leur album, aérien. L'Explore de Krimh contient cela : cette musique à la fois tranquille puis agitée.
Dans ce cas, si vous n'êtes pas familier au Metal, et encore moins familier au Rock de manière générale, Grand Détour est aussi un groupe d'initiation très sympathique.


Ainsi, l’œuvre même qu'est Explore permet de voir plus loin que ce que le mot "Metal" peut signifier de prime-abord. Cet album contient les conséquences de plusieurs décennies d'écritures dans ce style à partir des années 70. De fait, il me semble parfait pour une découverte du Metal, ou bien du Metal extrême pour ceux qui sont dans le Metal mélodique des années 80.
De fait, si vous appréciez Explore et que vous commencez à vous dire "mais ce style Djent, ce son de guitare et cette rythmique, ça me plaît bien, ça envoie", vous serez prêt à jeter une oreille auprès de Keith Merrow (dont l'album The Arrival est bien plus axé dans la lourdeur du Heavy moderne) ou bien auprès de Animals as Leaders, notamment leur album éponyme (avec des musiques comme CAFO, Inamorata ou The Price of Everything and the Value of Nothing).
Et si ces albums vous conquièrent, alors vous serez prêt à passer au cran au-dessus. Avant de proposer un autre groupe, voyez ceci :



Si cela vous plaît, alors vous pouvez ajouter une voix à tout ça. Je vous conseillerai alors le premier album de Meshuggah, Contradictions Collapse, notamment le titre Internal Evidence.

Dans l'article précédent sur le nouvel humanisme, j'ai évoqué l'importance de Bandcamp et l'avenir de la culture autour de l'indépendance. Cet album est issu justement du circuit indépendant, lequel nous apporte d'excellentes surprises. En l'état, je doute qu'un label eût accepté un tel produit sans le modifier, sans imposer du chant par exemple. Ici, l'indépendance a permis à Krimh de s'exprimer librement : et quel résultat !
Encore une fois : Internet ne tue pas les artistes. Il redéfinit la culture et aiguise les goûts par la multitude de produits disponibles.

mardi 21 octobre 2014

L'indépendance, la voie du nouvel humanisme

Erasme, acteur de l'humanisme au XVIème siècle. Quelle figure pour le nouvel humanisme ? (Source)
 Bonjour à tous !

Vous ne l'avez pas manqué si vous avez lu mon précédent article venu pour apporter un peu d'espoir envers l'humanité, j'ai évoqué l'idée que nous vivons dans une époque charnière, dans un véritable tournant majeur. En effet, notre vision du monde et notre manière de l'appréhender ont été totalement redéfini par l'arrivée d'Internet. Cette invention a permis l'essor du libre-échange, du partage d'informations et de la diffusion des idées.
C'est pour ces raisons que j'ai évoqué l'idée d'un nouvel humanisme. En somme, ce concept ne vient absolument pas de moi, je l'ai entendu plus d'une fois. Mais je me permets de le reprendre car il fait partie d'un processus qui devient naturel pour tous, alors que ça n'a pas toujours été le cas.

Aujourd'hui, tous ceux ayant accès à Internet baignent dans une culture soutenue, jamais brisée. Nous sommes dans une époque d'hyper-culture.


Par hyper-culture, il faut comprendre qu'une grande masse d'oeuvres et d'informations nous sont accessibles facilement, si bien que la culture (à savoir tout ce qui est culturel, comme les films, livres, jeux vidéo, arts visuels etc) est omniprésente. Nous allons, jour après jour, d'oeuvre en oeuvre. L'art et la culture nous accompagnent sous toutes leurs formes. Il y a ainsi quelque chose de fantastique, une effervescence digne de l'humanisme à l'époque du XVIème : il y a un sentiment que le monde nous appartient, que tout est encore à découvrir !

"Tellement de choses à voir grâce à Internet !" (source)
Cette ouverture qu'offre Internet a été largement critiquée : auparavant acteurs du premier humanisme, les éditeurs au sens large ont décrié cette technologie. Ce qui est normal : labels et éditeurs avaient le monopole sur l'ensemble du marché culturel. Quand leur gagne-pain se trouve en concurrence sévère avec une instance impersonnelle, cela a de quoi faire crisser les dents, quitte à amener les personnes en danger à de bien tristes stratagèmes...
Vous avez entendu tous ces messages dissuasifs : le téléchargement nuit à la créativité artistique, le téléchargement conduit à la perte de la culture, la fin des artistes etc. Vous avez aussi pu lire qu'Internet était le territoire de pirates, que chaque site de téléchargement ainsi que chaque plate-forme nécessitant votre carte-bleue sont aussi surveillés que la frontière mexicaine : certains postes sont sûrs, mais on sait bien que ça transite sans problème et que les règles sont difficilement respectées.
Ces messages, donc, peuvent avoir une valeur pédagogique : sur Internet, on ne paie pas n'importe où ! Il faut faire attention où l'on met la souris et rester dans des chemins balisés. En ce qui concerne les données, le risque n'est pas à minimiser.
Toutefois, ceci a servi de base pour discréditer le support Internet dans le cadre de l'accès à la culture. Quand je lis "Le téléchargement nuit à la créativité artistique", je comprends "Toi qui prends gratuitement des fichiers, tu pourris l'industrie, chenapan !".

C'est sans compter le marché du circuit indépendant !

Parodie de ces messages nous incitant à ne pas pirater, issue de la série The IT Crowd.

La blessure contre laquelle braillent les acteurs du marché de la culture est définie autour de la destruction des frontières que permet Internet. Depuis quelques années ont émergé des plates-formes de téléchargement, ainsi que des e-labels ou des e-éditeurs qui acceptent plus facilement les productions.

De nos jours, nombreux sont les artistes qui ont deux casquettes : celle du travail et celle de leur création culturelle. Dès lors, il est davantage question de partager et diffuser une oeuvre que d'engranger du bénéfice par la culture. De fait, les éditeurs et labels pourrissent la culture. Les lignes éditoriales et les exigences accrues des acteurs d'un marché verrouillé empêchent l'émergence et la prise de risque - et ceci se comprend. Quand un éditeur parie sur un manuscrit ou un projet, il doit en saisir tout le potentiel. Il joue gros dessus. Seulement, ce système est la véritable nuisance à la création artistique : il faut rentrer dans les clous, être dans les rails. Même une œuvre qui apparaîtra unique et novatrice n'est en fait qu'un tissu de manipulations par l'éditeur et par une campagne publicitaire rodée.
Avec de la pub, on peut vendre n'importe quoi. On peut hisser Vigon, Bamy, Jay au rang de standard de la Soul alors que, justement, le label a simplement tué le potentiel d'Eric Bamy. Cet homme qui avait fait L'incroyable talent méritait mieux qu'un simple album de reprises certes réussi mais sans aucune saveur. Les labels aiment les albums de reprises : ça assure une certaine part de ventes. Mais en tant que musicien, et en tant qu'amateur de musique, ce n'est pas intéressant, à moins qu'il y ait réadaptation. Ici, on voit que le label impose. Parce le marché actuel de la musique est dans un tendance à la reprise.
Ces labels sont aussi ceux qui vont imposer des formules mille fois éculées... Ces pratiques ont été largement critiquées et détaillées, que ce soit par Linksthesun ou MisterJDay.

Pistes de prise de recul par rapport à un tube.

Que faire, du coup, en tant que créateur ou spectateur, pour trouver chaussure à son pied ? On remercie Internet !
Que ce soit avec Steam pour les jeux vidéo, le Kindle Direct Publishing pour les livres ou le Bandcamp pour la musique, nombreux sont les sites permettant à tout le monde de proposer gratuitement son œuvre au tarif souhaité. Ou bien, il n'y a rien de plus facile que d'ouvrir un compte de Cloud, comme Dropbox, pour diffuser ensuite son travail. Il y a ici autant d'outils qui permettent un marché parallèle entièrement libre et indépendant. Mais celui-ci dérange : labels et éditeurs perdent toute légitimité. A quoi bon passer par un intermédiaire, alors que la communication est aisée sur Internet et que tout peut se faire gratuitement ?
Vous le comprenez, l'ère du nouvel humanisme redéfinit complètement la culture, son accès et son circuit. Quand on peut acheter directement sur le site d'un artiste sa production, quand on peut échanger avec lui directement et parcourir toute la phase de production en suivant sa fanpage, on se rend compte que l'indépendance fonctionne et fonctionnera encore quelques temps. Elle permet la libre-création et la libre-diffusion. L'auteur garde une totale maîtrise de ce qu'il fait.
De plus, c'est bel et bien du côté du marché indépendant que se trouvent les nouveautés. Ce circuit est certes immense, mais il permet des bonnes pioches monstrueuses qu'on aurait pu difficilement trouver ailleurs. Je parle de musique, car je suis amateur de styles très peu représentés dans les marchés traditionnels français : le Metal tourne autour des même groupes pas forcément les plus intéressants, le Jazz, par sa multitude, est plus facile à parcourir sur le net et l'Electro a toujours été dans une culture indépendante. Autant d'exemples qui font qu'en matière de musique, Internet apporte, tout au contraire de ce qui est par les labels, une richesse artistique monumentale. Il y a peu, j'ai découvert la page de Krimh, musicien connu dans la scène Metal. Il a réalisé son projet solo, lequel est disponible sur Bandcamp.
Ce site fantastique permet quelque chose qui fait la différence : tu écoutes l'album, puis tu peux acheter, de 7€ à plus. Du coup, c'est à la charge de l'internaute de définir, sur une base minimale, le prix qu'il veut payer. Cette pratique apporte des surprises : sur le coup de coeur, on se dit souvent "non, ça vaut plus que son prix initial" et on monte à 10, 15 voire 20€ ou plus. C'est le même système effectué pour le crowdfunding - le système de financement participatif sans l'appui d'éditeurs. On paye ce qu'on veut, avec une compensation toutefois. L'expérience, encore une fois, montre que, lorsque l'internaute a confiance, lorsque le projet semble sincère, construit, intéressant et singulier, avec une identité, ça fonctionne du tonnerre, et les personnes mettent la main au porte-monnaie.
Là se fait la véritable innovation, et si quelque chose doit marcher et faire mouche, le bouche-à-oreille remplacera n'importe quelle campagne de publicité agressive et grossière.

Immense succès du financement participatif, l'entreprise de Karim Debbache et de ses compagnons montrent qu'on peut produire du contenu sans dépendre de l'élite. Internet leur a permis de réaliser quelque chose qui ne serait pas passé à la télé. (source)

Non, Internet ne tue pas la culture, bien au contraire : elle la redéfinit et impose une nouvelle accessibilité culturelle. Au diable la suprématie de têtes pensantes arbitraires, et ouvrons les frontières !

Aujourd'hui, par la multitude culturelle disponible, les personnes observent. Ils ne sont pas plus méfiants, mais leurs goûts sont précis, ils savent ce qu'ils cherchent. Du coup, ils investissent sur des coups de cœur qui ne sont pas forcément dans les standards du marché français. Il n'y a pas de mort culturelle, il n'y a pas de deuil de la création : il y a la fin d'une tradition qui laisse place à une innovation à la fois bénéfique pour les artistes et pour les personnes. L'artiste peut plus facilement transmettre une œuvre personnelle, un produit atypique, tandis que les amateurs de culture pourront trouver exactement ce qui correspond à leur sensibilité devenue plus fine, plus approfondie par l'omniprésence de cultures variées.

Finalement, les seuls perdants dans l'affaire sont ceux qui tirent contre Internet. Leur démarche, bien que compréhensible pour se défendre, n'en est pas moins lamentable : au lieu d'identifier une peste ailleurs, il serait plus raisonnable de chercher à changer, de s'adapter à ce nouvel âge. Ils gagneraient en crédibilité, seraient perçu comme des visionnaires : ils auraient vu le vent tourner, auraient su prendre le large avec. Au lieu de ça, ils se referment, et lancent des propos traditionalistes dépassés et désuets.
La culture, ce n'était pas mieux avant : aujourd'hui, une richesse nous est accessible (en faisant attention toutefois où nous entrons nos coordonnées pour acheter, mais je ne vous apprends rien).

mercredi 15 octobre 2014

Un soupçon d'espoir pour l'humanité

Francis Lalanne l'affirmait : mais était-ce vraiment mieux avant ?

Bonjour à tous !

Je ne vous apprends rien mais, si on tend l'oreille pour écouter quelques conversations, si on prend le temps de piocher les grands débats qui animent les pauses cafés, les repas ou les conversations en attendant un transport, on tourne autour des mêmes sujets : crise, galère, la journée qui vient de se passer, quelques faits-divers.
Mais, soudain, alors que cette discussion allait bon train, arrive un évènement perturbateur : un (ou une) gusse qui passe avec la musique à fond sur son téléphone, un (ou une) énergumène qui crache par terre, une bousculade avec échange d'insultes, et j'en passe. Du coup, alors que ça parlementait sur les faits-divers du type "un tel a agressé l'autre à cause d'un regard de travers", on en vient à une conclusion aussitôt dite aussitôt gravée dans l'esprit :
Le monde, c'était mieux avant !

En somme, avant, nous respections les règles de courtoisie, personne ne se bousculait, la bouche n'émettait que de jolis mots structurés en des phrases à la syntaxe impeccable. Nous n'étions pas pourris par la violence, ni envahis par la technologie avilissante, ni soumis à un abrutissement généralisé. Les Hommes étaient mieux avant, plus éduqué, plus malins... Meilleurs, simplement !

Aujourd'hui, l'on déplore une orthographe bafouée, un niveau des élèves plus que faible. On évoque une langue française souillée et, pour ainsi dire, une communication brisée. Les gens n'ont plus les armes linguistiques, à cause des SMS et des supports digitaux, alors ils ne peuvent plus se défendre ni argumenter. Et ça devient violent : car la violence est conséquence d'un manque de possibilité de communication. L'éducation ne va plus, nous sommes voués à aller droit dans un monde ultra-violent fait d'idiots finis où le chaos serait roi et la sagesse, bannie.


Évidemment, je suis on ne peut plus contre ces avis vite tranchés absolument réducteurs. Il y aurait tellement à écrire pour contredire chaque argument que cela prendrait énormément de temps... Au lieu de ça, je vais plutôt énoncer quelques observations.
En tant qu'enseignant, je me confronte à la réalité d'élèves d'un niveau moyen : je ne suis ni dans une école à problème, ni dans une école de génies. De fait, je peux garantir que, non, le niveau n'a pas baissé.
Le fait est que l'on accuse les nouvelles méthodes, moins basées sur le par-coeurisme et plus sur la réflexion et la recherche de concepts qui pourront mieux s'accrocher dans l'esprit de l'enfant. Il faut donner du sens !
Autant le dire tout de suite, donner du sens, ça peut sembler étrange : on ne va pas refaire l'histoire de la langue française, quand même ! Non, mais c'est surtout que les méthodes d'avant ont été largement mises à mal par le mouvement de libération post-68. Quand l'école avait encore pour but de former des citoyens bien républicains, l'enseignant avait un petit guide dans lequel tout était consigné : quoi enseigner et, surtout, comment l'amener. Ce document est absolument hilarant, car tout apprentissage prenait source dans une missions républicaine. Dans ce cas, le par-coeurisme, c'était suivre la République.

Dans la mesure où cette même République a été dénoncée, l'école a dû changer pour s'adapter, sans se laisser dominer, à ces nouveaux parents post-68. Il a fallu "donner du sens" ou, autrement dit, "refuser l'arbitraire" pour respecter "l'esprit libre et la libre pensée".
Autant de concepts qui vont venir redéfinir entièrement l'école.


Aujourd'hui, nous vivons un tournant : la pensée post-68 fait un revirement, et on note chez certains une volonté de retour au traditionnel, traduit par cette phrase "c'était mieux avant". Mais un tournant aussi par ce nouvel humanisme permis par l'avènement d'Internet et de l'informatique. J'entends par "nouvel humanisme" l'idée d'effervescence : cette découverte permet l'échange de tout, instantanément.
On en vient ainsi à un autre grain de sable : la généralisation des média et des messages.
Ce sentiment de violence accrue et de déchéance est largement nourri par l'ingurgitation à outrance de fais-divers. Non, nous ne sommes pas soumis à l'avilissement d'une violence absolue : nous sommes empêtrés dans un réseau de nouvelles. Ces nouvelles viennent polluer l'esprit de pensées du type "le mal est partout, il n'y a plus aucun répit". C'est l'effet pervers de le sur-information : à force de nourrir l'esprit de la même tambouille autour de crimes et délits, il en vient à vomir des pensées confuses et immondes de décadence fantasmée.
Décadence, dîtes-vous ? Parce qu'il y a des meurtres, des enfants orphelins, des personnes désabusées, des guerres etc. Oui, et je suis d'accord, il faut se battre contre la misère et les inégalités. Toutefois, misère et inégalités ne sont pas l'exclusivité de notre époque. La différence entre aujourd'hui et avant, c'est qu'aujourd'hui nous avons conscience des choses et il nous est possible d'agir.

A titre d'exemple pour signifier cette nouvelle conscience, j'aime utiliser le cas du réchauffement climatique. Je le conçois, les changements climatiques sont inquiétants mais, encore une fois, ceci n'est pas nouveau. L'ère glaciaire a été un bouleversement monumental qui n'a pas regardé les hommes. Mais cette ère a permis une stabilisation de la planète pour amener d'autres formes de vie. Une fin pour un nouveau commencement, en quelque sorte.
Ce réchauffement climatique, donc, est sur toutes les bouches pour commenter toutes les catastrophes naturelles qui s'abattent un peu partout fréquemment. Mon exemple à propos de notre conscience accrue des évènements du monde regarde le cas de Pompéi.
Imaginez que la catastrophe du Vésuve se fût déroulée à notre époque. C'aurait été la pagaille absolue ! A l'époque, seuls quelques témoins ont évoqué ce cataclysme. Mais jamais les natifs américains n'ont eu à s'inquiéter outre-mesure de cette catastrophe. Aujourd'hui, un évènement à l'autre bout du monde nous parvient, et l'on prend peur.
Il y a surtout une crainte généralisée. Par la sur-information, nous tentons de trouver un sens à tout cela, de démêler une forme de logique dans tout ce bouillon qui nous tombe dessus. Mais faire un raccourci autour d'une déchéance n'apporte aucun secours : c'est la voie à un cynisme généralisé, à un pessimisme malsain.

Non, le monde ne court pas à sa perte. Non, les injustices et inégalités ne dépendent pas exclusivement de notre époque. Seulement, avec l'ouverture sur le monde entier, chaque respiration de la planète est portée en écho via tous nos récepteurs, devenus très nombreux (Internet, média etc).
Parmi toutes ces voix, il faut parvenir à sélectionner celle pour laquelle nous voudrons nous battre : apporter un peu de réconfort en tendant une pièce à un SDF, agir en citoyen, choisir de cesser de se plaindre, de tout ramener à soi, et encourager les autres. Donner à chacun le rappel que nous vivons et que le présent dépend de nous.
De fait, si tu avances pessimiste, tu apportes une voie vers un triste monde. Ce serait dommage, n'est-ce pas ? Gardons un soupçon d'espoir pour l'humanité.

jeudi 2 octobre 2014

Un retour en poésie...

Bonjour à tous !

Alors qu'on est désormais bien éloigné du farniente des vacances, on commence à prendre le rythme du travail, à saisir le pli et à voguer plus ou moins confortablement de jour en jour.

Alors que je débute la vie professionnelle, je me laisse quand même le temps à l'écriture. Et si je n'ai ni l'envie ni la tête à écrire des textes et de la fiction plutôt costaud en terme d'investissement, je me suis laissé emporter par l'écriture poétique en tentant une nouvelle forme.

Comme les choses n'arrivent jamais de façon plate, comme tout est en relief, j'ai souhaité tenter une écriture qui joue justement avec ces multiples dimensions. De fait, j'ai séparé ma page, et j'ai écrit aussi bien d'un côté que de l'autre. On peut lire ceci de gauche à droite, sans prendre en compte la segmentation, ou bien ne lire que la partie droite, puis que la partie gauche. Ou encore, comme la partie gauche contient des phrases, lire cette phrase et basculer à droite, etc.

Vous le comprenez, à l'instar des Contes urbains, je propose quelque chose où la lecture peut se faire dans plusieurs directions. Si, pour le moment, j'en suis encore à une phase d'expérimentation et de recherches, j'espère parvenir au but que je me suis fixer : rendre, avec cette organisation, un texte qui donne dans la musicalité, où chaque segment fonctionne comme une piste. Ainsi, toutes ces pistes feraient une musique.

En attendant, je vous présente un texte soumis en avant-première sur ma page : Avance et va.

Cliquez dessus pour voir le texte en plus grand.