samedi 19 décembre 2015

Le guide du Metal pour les non-initiés : L'affirmation du Metalhead (partie 1)

Mettez-vous dans l'ambiance : c'est joli et tout mignon, et ça met de bonne humeur !

Bonjour à tous !

Je pense que vous l'avez compris : le Metal est un univers vaste, une culture en constante expansion. Ce genre musical s'organise, se rassemble, et devient un incontournable. On a tous entendu parler de Metal, avec tout ce que ça implique. On a déjà parcouru beaucoup de choses, mis au clair des points particuliers et, surtout, défoncé certains clichés et à priori !
Seulement, au-delà de tout ce qu'on peut dire sur ce genre, et au-delà des critiques fondées sur rien qu'on peut avoir (genre pour abrutis décérébrés, ça pousse au satanisme, au suicide, à la mort et ça crée de la violence), il y a bien une pensée que je trouve absolument juste :

Pourquoi le metaleux semble-t-il avoir le bon goût absolu en matière de musique ?

First World Metal Problems meme

Voyez-le : il dénonce la musique Pop à cause de la pauvreté d'écriture, et met en avant un Dream Theater complexe. Il signale la vacuité des paroles, et montre qu'en Metal on peut à la fois avoir du technique et des paroles poétiques avec un Gojira. Il déplore l'absence de prise de risque dans la musique mainstream, autrement dit ultra-populaire, et partage du Nightwish et ses élancées opératiques léchées.
Et quand on lui rétorque : "Arrête avec ton Hard Rock là, tu nous énerves", il réagit aussitôt.

"Non, mais Nightwish, c'est du Metal symphonique. Alors quand on sait pas hein, pas la peine de se la ramener !"

Bougre de malappris ! Non seulement il impose ses goûts en les surestimant par rapport au reste, mais en plus il vous ramène dans votre ignorance crasse !

Ce comportement est bel et bien réel : l'amateur de Metal semble dénigrer tout ce qui n'est pas du Metal, et porte un soin particulier à bien mettre les musiques dans leurs catégories respectives. Mais pour quelles raisons est-ce que cette personne continue à être aussi tatillonne sur ce qui semble vain pour les autres ?

On va alors analyser deux points pour expliquer pourquoi l'amateur de Metal monte souvent sur ses grands chevaux et donne l'impression d'être un je-sais-tout-sur-tout en matière de musique.

Le Metal contre la société : une lutte de "qui criera le plus fort"

Il faut resituer l'émergence du Metal. Comme nous l'avons vu, à partir de la fin des années 60, le Metal est créé petit à petit, et gagne en divergences au fur et à mesure, jusqu'à constituer un ensemble musical qui s'est beaucoup renouvelé sur près de cinquante ans. Face à cette nouveauté constante  et à cette culture souterraine qui avance sans l'élite, et parfois la conteste, la société contre-attaque. Elle a voulu renvoyer une image négative du Metal.
Il y a une pression sociale réelle et évidente : la société, souvent régie par une logique d'élite, ne peut pas accepter qu'un mastodonte vienne sur le devant de la scène sans son approbation. Elle dira ainsi que le Metal c'est sataniste, ça pousse au suicide et, surtout, c'est pas de la musique car ça gueule et que c'est pas construit.
Comment comptez-vous que les amateurs de Metal vont réagir après ça ?

"Tu vois de la violence là-dedans, vraiment ?!"

J'ai envie de lier cette situation à celle présentée au début de Final Fantasy VII.
Pour rappel, le groupe AVALANCHE, des terroristes écologistes, a pour vocation de détruire l'ensemble des réacteurs de la Shin-Ra, corporation multinationale corrompue qui ne jure que par la fric puisque leur but est, notamment, de trouver la Terre Promise riche en matières premières (l'Energie de la Planète, ou le Mako). La Shin-Ra puise sans arrêt avec ses réacteurs les ressources vitales du monde. AVALANCHE veut arrêter tout ça par des explosions et autres opérations coups de poing.
Manque de chance, la corporation n'entend pas se laisser faire : elle piège le groupe AVALANCHE et détruit un quartier entier de l'immense capitale qu'est Midgar. Les héros s'en sortent mais perdent dans l'accident des membres actifs du groupe. Résultat de l'attaque par la Shin-Ra ? Une radicalisation. Barret, capitaine du groupe, en veut davantage à la corporation et se retrouve dans une rage folle.

Voilà un personnage qui inspire la douceur... (source)
Ce que je veux signifier par là, c'est qu'une opposition franche et nette de la société face à un groupe soudé et en dehors de la "norme" ou de la "démagogie", ici les Metalheads, ça ne les arrête pas, bien au contraire ! A force de leur plaquer à la figure des interviews imbéciles sur des personnes sélectionnées afin de faire une mauvaise pub au Metal, ou de leur imposer des journalistes qui se moquent effrontément et sans aucun respect d'une culture qu'ils n'ont pas cherché à comprendre (le souci de l'information objective, il ne faut plus y croire), les amateurs de Metal font front. "Ils nous emmerdent, on va brailler que notre musique, c'est de la musique !"
Affirmation par le style vestimentaire, organisation de festivals ou de concerts pour réunir les Metalheads, tout est bon pour montrer que cette culture est unie et indivisible ! 

Ou la mort, carrément ! Ca, c'est Heavy ! (source)

Non, le Metal ne rend pas débile, car il est produit par des musiciens qui ont toute leur tête. Et même si Cannibal Corpse est effrayant, voire carrément dégueulasse, ce sont des hommes tout à fait saints dans la vie de tous les jours. Les paroles violentes vont avec la puissance dégagée par la musique. Quand ils la jouent, ainsi que ceux qui l'écoutent sur scène, s'amusent, passent du temps. Et, comme le dit Alice Cooper dans la vidéo juste après sur Metal et horreur, c'est un peu comme Halloween : on est là pour être ensemble sous une musique, pas pour sacrifier des chèvres au clair de lune.



Ceci était le premier point : la radicalisation, l'affirmation exacerbée face au bruit assourdissant des inepties qu'on entend partout dans les médias généralistes.

De fait s'explique ainsi le pointillisme, et cette volonté de montrer que le Metal est un genre avec ses règles et sa logique qui se démarque du conformisme de la musique Pop. C'est ce qui permet de comprendre le dégoût qu'ont certains Metalheads avec la Pop, le Rap, l'Electro ou autre genres appréciés par le plus grand nombre : "Ce qui est populaire est lié à cette société qui rejette, alors que j'ai ma place dans le Metal?."

Mais il y a une deuxième action qui rend le Metalhead tatillon et pointilleux. C'est ce que nous verrons la prochaine fois !
D'ici là, je vous souhaite à tous une excellente journée et, aussi, excellentes fêtes de fin d'année : profitez-en bien, vous l'avez mérité !

samedi 5 décembre 2015

Comment faire pour... Être un excellent psychologue !

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Bonjour à tous !

Après avoir compris ce qui faisait un bon enseignant, on ne pouvait pas s'arrêter en si bon chemin - notamment parce que j'avais dit que c'était une série. Aussi, si la question d'aujourd'hui semble un peu inutile de prime abord, vous allez vite comprendre que c'est en fait essentiel !
On le sait tous, si le mal du XIXème siècle a été le spleen, le mal du XXIème siècle est... Toujours le spleen ! Presque deux siècles après Baudelaire, on se retrouve toujours à lire son Spleen de Paris en se disant : "Putain que c'est vrai !"
Et comment contredire cette vérité puisque le français de base, en plus d'être râleur, est plus enclin que les autres à la dépression. Fierté du coq : notre pays serait numéro 1 dans la consommation d'anti-dépresseurs.
Je ne dis rien de neuf mais, en l'état, si ces médicaments sont courants par chez nous, il faut comprendre qu'il y a, aussi, une importance capitale à réserver aux spécialistes que sont les psychologues !
Être un excellent psychologue est une priorité double :
- messieurs, dames, il convient de choisir correctement celui qui va vous suivre selon des critères très précis. Il serait dommage de donner sa confiance à un charlatan
- pour les spécialistes, vu le terreau fertile de malaises et de troubles que vous avez autour de vous, il faut absolument proposer une vitrine qui inspire la confiance. L'apparence, c'est le nerf de la guerre.

Allez, ne perdons pas plus de temps : c'est d'utilité publique, cet article !
 

La salle d'attente doit être impeccable !
Ceci vaut pour toute personne qui, étant très demandée, convie n'importe qui à attendre. Car l'attente, si elle permet à chacun de s'interroger sur de bonnes choses, va rapidement rendre mal à l'aise ou agacer passées les cinq minutes. Votre salle d'attente se doit d'être irréprochable : revues spécialisées pour que le patient s'intéresse à ce qui le tourmente et tabloïds plus légers pour qu'il se soulage l'esprit après s'être mis en tête qu'il avait un syndrome terrible.
Pour les sièges, respectez cette règle absolue : faîtes en sorte qu'ils soient assez confortable pour ne pas irriter ceux qui attendront plus d'une heure, mais soyez vigilants à ce qu'ils soient suffisamment peu pratiques pour que le patient ne fasse pas d'heures sup' ! Si, hélas, vous avez des chaises d'un confort inégalé, vous pouvez toujours vous rabattre sur une climatisation défectueuse, des produits ménagers odorants ou toute autre ventilation bruyante pour que la pénibilité soit suffisante. Ne prolongeons pas plus que nécessaire !


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Avoir une armée de diplômes dans sa salle de consultation.
Ça y est : le patient a eu sa claque de devoir... Patienter, justement. Il devient enfin une personne à ausculter. Celui-ci va, dès lors, pénétrer dans votre lieu de travail. Autant le dire tout de suite, il faut que ça en impose. Pour ça, quoi de mieux que des diplômes placés sous verre, et placardés sur un seul mur ? Attention, si vous dispersez vos précieux titres, le patient aura le regard fuyant. Et il serait dommage de juger ce regard comme signe de trouble en relation duelle ou autre syndrome de timidité panique à l'égard d'autrui alors qu'il ne s’agissait que d'une admiration manifeste face à tant d'expertise !
Toutefois, si vous n'avez pas eu la chance d'être dans plusieurs universités, sachez que les bibliothèques garnies de livres spécialisés, ça en impose grave ! Déjà parce que le patient va se dire : "Mais a-t-il lu tous ces livres ?" Mais, en plus, parce qu'il pensera, après avoir lu des titres comme "De la conscience individuelle à l'affirmation collective" ou "Traité de psychologie avancé", que vous n'êtes pas un rigolo.

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Le divan, bon sang, le divan !
C'est comme l'enseignant sans son stylo rouge : vous ne pouvez pas échapper au divan ! Car, à partir du moment où votre patient vous perçoit comme une personne digne de confiance, il faut le mettre à l'aise afin qu'il dévoile avec aisance ce qui, justement, lui fait ne pas se sentir à l'aise dans son quotidien. Difficile, comme paradoxe ! Heureusement, le divan le renverra à ce moment ultime du soir où, après une longue journée d'un travail épuisant, il se laisse aller sur son canapé. Il se sentira comme à la maison !

Prétendre l'écoute et faire des trucs sur son carnet.
Bon, on ne la fait pas à vous, les spécialistes. Vous avez tout vu, vous connaissez tout dans votre domaine, sinon vous ne seriez pas un "spécialiste" !
Optimisez votre temps, l'écoute sera longue et fastidieuse ! Pourquoi ne pas profiter de ce moment où votre patient alignera des lieux communs de personne mal à l'aise pour vous adonner à votre passion secrète ? Le dessin est un bon moyen de vous exprimer, mais ne négligez pas non plus l'écriture ! Profitez des tranches de vie que vous raconte ce patient, ça donnera plus de crédibilité à votre roman. Ainsi, une fois que les lecteurs auront acquis le livre sur lequel on lit en bordereau "La sensation roman psychologique du moment", ils diront : "On sent que cet homme a une vraie sensibilité pour les personnes d'aujourd'hui, il a tout compris de nos malheurs et de nos préoccupations."
Et à vous la gloire dans le milieu littéraire, tout en engrangeant plus de patients qui auront été estomaqués par votre esprit d'analyse !

On peut aussi manger un yaourt durant une consultation... Source

 Parler de l'enfance, des parents, du rapport à la sexualité et du bas corporel.
Vous êtes psychologue et, non, la psychanalyse n'est pas votre domaine. Vous n'êtes pas psychiatre, non plus. Mais le patient qui vient en consultation ne connaît pas cette distinction. Pour lui, c'est la même tambouille. N'hésitez pas à lui demander d'approfondir son enfance, afin de chercher un trauma quelconque. Non seulement ça montrera que vous êtes à l'écoute, mais en plus ça permettra de tirer des conclusions, et de montrer au patient que tout est surmontable, puisque tout a une origine ! Le but est véritablement de parvenir à rassurer la personne. Une fois qu'elle aura pointé du doigt une blessure, elle saura dépasser cela.
N'oubliez pas que l'écoute - ou plutôt, donner au patient le sentiment d'être écouté - possède des pouvoirs fantastiques.

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Avoir soi-même une névrose.
Malheureusement, si vous voulez exceller en tant que psychologue, il faut savoir ceci : si vous-mêmes n'êtes pas possédé par quelques démons, alors vous n'atteindrez aucun sommet. Eh oui, qui mieux qu'une personne troublée peut partager l'expérience de celui piégé par des troubles multiples ? Il est évident qu'un psychologue entièrement sain ne peut absolument pas exercer de manière parfaite, car il passera à côté de l'essentiel.
Puis, nous le savons tous : un psychologue le devient car, à la base, il a eu conscience d'être "malade", et il a voulu en apprendre plus sur sa névrose par près de huit ans de médecine ! Pourquoi aurait-il voulu consulter un spécialiste alors qu'on peut se soigner soi-même en devenant expert ? L'auto-médication, c'est la modernité !
Enfin, n'oubliez pas que vous avez votre projet de roman. Si ce livre a été écrit par quelqu'un de fragile, que vous êtes forcément en tant que psychologue parfait, c'est encore plus de sympathie que vous manifestera votre lectorat !

Bloody Face dans American Horror Story Asylum, ou bien : "Bonjour, je suis un lieu commun du genre horrifique, du type "j'ai un problème mais j'me soigne, mais j'y arrive pas. Je suis psychologue et psychopathe." (Source)
J'espère que, spécialistes comme patients, tirerez d'excellentes leçon de ce guide absolument incontournable et essentiel !
C'est sur ceci que je vous donne rendez-vous prochainement pour un nouvel article. Pensez à partager et à diffuser : c'est utile, cet article !

Encore une fois, n'oubliez pas que vous pouvez réagir en commentant en dessous et, pourquoi pas, soumettre vos idées. N'hésitez pas aussi à envoyer un message avec le formulaire de contact.

samedi 21 novembre 2015

Comment faire pour... Être un bon enseignant ?


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Grande question que l'on se pose si on débute dans le milieu : comment bien se faire voir de ses semblables tout en ayant l'approbation du commun des mortels ? En gros, par quels moyens se faire aimer et respecter de tous en tant qu'enseignant ? Il suffit d'observer ces quelques éléments cruciaux.


Être toujours en train de travailler, même pendant la pause méridienne. 
On le verra plus tard, mais un enseignant se doit de travailler, toujours, sans s'arrêter. Si, durant la pause de midi, tu n'es pas en train de préparer une affiche, de revoir ta programmation, de placer les tables pour l'après-midi, de compter les affaires pour l'EPS, de rectifier ton affichage... Bref, si tu manges à midi ou que tu poses tes fesses, c'est que tu n'as pas encore entièrement endossé ton rôle de professeur. Tu as toujours quelque chose à faire et, si tu n'as rien à faire, c'est que tu n'as pas tout anticipé ni tout réfléchi : bosse dur !

Dress code de rigueur !
L'habit ne fait pas le moine, mais l'école est laïque, et l'habit fait le professeur. Attention, si tu ne respectes pas ce dress code, tu ne seras pas un véritable enseignant, tout juste un rigolo ! Chemise-pantalon façon Celio pour les hommes, robes bariolées style Desigual et bijoux fantaisies pour les femmes. Parce qu'un homme se doit d'être très sérieux avec style, et une femme aussi proche, maternelle, douce et cool qu'une mère (dont le sérieux n'est pas à prouver car elle a l'enseignement dans le sang, c'est bien connu).


Concept inspiré de la page "Pack débutant"

Se plaindre du système en place.
Peu importe le gouvernement, l'Education Nationale est à la rue. Aussi, comme l'employé qui se plaint du patronat, et jaloux qu'est l'enseignant de bosser dans la fonction publique (du coup, il peut pas se plaindre du patron), le prof braille contre le gouvernement : réformes contre-productives, mesures qui pensent au pognon avant de penser à l'avenir des enfants, mairies qui se moquent de la pédagogie... Ils sont tous là à vous empêcher de faire votre travail !
D'ailleurs, l'enseignant est le premier à faire grève, pire encore que les chemineaux.

Corriger, corriger, TOUJOURS PLUS DE CORRECTIONS !
Regardez Fabien dans Scènes de ménage : voilà un professeur qui a tout compris de son métier ! Stylo rouge à la main, piles de copies pas loin de lui. C'est simple, un prof sans stylo rouge, c'est Mickey sans ses oreilles ! Et si tu rentres chez toi sans des caisses de copies, c'est que tu n'as rien fait de la journée, cela va de soi. La qualité d'un enseignant se mesure au kilogramme de feuilles à griffonner chaque soir - quand bien même le temps de midi a été employé à des choses éducatives.
Bref, si t'es prof et que tu ne corriges pas sur ton temps libre, c'est que t'es un imposteur !
"Bonjour, je suis un prof, sacrémengh blindé de corrections !"

Être toujours en vacances.
C'est connu, le prof est toujours en vacances. Son métier est pépère, il bosse avec des enfants. Puisque c'est une passion, la pénibilité n'existe pas. Être en classe, c'est la poursuite des vacances, une deuxième maison !

Boire du café.
Alors là, on est d'accord : la récréation, si on n'est pas de service de surveillance (un grand mot pour dire "je bois mon café dans la cour pour faire acte de présence), c'est pour aller en salle des maîtres autour d'un café et pour se plaindre du système en place ou parler pédagogie, voire d'autres choses !

Ne jamais se plaindre de sa santé, ni se dire fatigué. 
Si l'enseignant peut singer l'employé qui se plaint de son supérieur, il ne peut en aucun cas s’accaparer ce mal du siècle propre aux salariés qu'est le burn out. Un enseignant n'a pas le droit à la dépression : après tout, il travaille avec des enfants, volette la bouche en coeur dans un milieu tout choupinou mignon, chante des comptines, enseigne des savoirs de base, fait des goûters... Puis, merde, c'est une passion, c'est pas vraiment un travail quand on aime ça de tout son coeur ! On le disait déjà avant : entre midi et deux, il ne fait pas de "repos", il fait des choses pédagogiques, puisque c'est sa passion. Pause et temps libres = pour l'enseignement, c'est ton moment de ressource... On y reviendra encore une fois.

"C'est bête comme chou l'école primaire : regardez comme c'est tranquille ! Sages comme une image..." C'est une image, justement. (source)

Trouver ne pas être assez payé.
Eh oui : on ne compte pas nos heures, et même si c'est notre passion, eh bien on aime être rémunéré à notre juste valeur. Un prof, malgré la sécurité de l'emploi et le fait qu'il bosse dans le monde merveilleux des enfants, estime ne pas avoir assez. Cet ingrat veut tout et, surtout, plus d'argent.

Faire des réunions, TOUJOURS PLUS DE REUNIONS !

Si tu es enseignant et que tu as fait des heures de formation en plus de ta présence en classe, ne cherche pas à faire valoir lesdites heures pour louper une réunion. TOUTES les réunions sont cruciales, et tu dois apprécier au maximum ce temps qui t'est permis pour approfondir entre collègues ton goût de l'enseignement et ta pratique de professeur. S'esquiver, c'est comme faire quelque chose qui n'a rien à avoir avec l'enseignement sur ton temps libre : ça montre que tu n'es pas un vrai prof.

Se plaindre des enfants et de l'éducation des parents.
Pour peu qu'il soit français, le professeur a deux fois plus que les autres le tempérament de se plaindre. Du coup, en plus du système en place, il s'insurge contre les parents et tout ce qui est dans la modernité - car elle ne va pas dans le sens d'une école plus traditionnelle. Un prof impose, et sait mieux que tous la direction que doit prendre la "juste éducation". Restons dans le monde des comptines, et plaignons-nous de ceux qui n'ont rien compris à notre monde : ce sont des hérétiques, et ils s'en mordront les doigts.
Faut pas faire chier le gang des enseignants !

N'écouter que des comptines pour enfants, et rien d'autre.
Ah ben oui, la culture qu'apprécie le prof, c'est la culture de l'école ! Henri Dès est son messie, les contes populaires ses livres de chevets. Un véritable enseignant se doit de faire perdurer cette culture ancestrale, et de l'imposer contre l'infâme culture populaire - tous les profs détestent les Pokémon, on sait tous ça.

Ne jamais, jamais se tromper !

Un enseignant sait tout sur tout, et l'erreur est sont pire ennemi. Il l'est à tel point qu'il l'a tué, enterré, pulvérisé et dispersé aux quatre vents. Ainsi, l'erreur ne l'approche plus, l'enseignant a toujours raison et ne se trompe jamais. Si d'aventure un élève ou un membre de la plèbe lui pointe une approximation, il se fendra de l'argument choc et ancestral qu'est : "C'était pour voir si vous suiviez, bien entendu !"
Si tu te trompes et que tu n'avais pas prévu d'être dans l'erreur, c'est que tu ne prévois pas assez les choses, que tu manques de clairvoyance. Être parfait, c'est difficile : eh bien être professeur, ce n'est pas donné à tout le monde, penses-tu !
Distribuer des bons points et des images ou vignettes.
A propos de la perfection de l'enseignant, tout comme elle se jauge aux tonnes de copies et de classeurs de préparations qu'il trimballe derrière lui, elle se mesure aussi au nombre de bons points, d'images ou de vignettes qu'il distribue. Plus il en donne, plus ça montre que ses élèves réussissent, puisque ces récompenses se méritent. Si tu ne fais pas ça dans ta classe, tu n'es pas un bon professeur, car tu ne fais pas "comme il faut faire" selon la culture ancestrale de l'école du bon temps jadis !

Rêver, respirer, vivre enseignement 24/24, puisque c'est une passion totale et absolue. Celui qui ne ressent pas à fond cette mission n'est rien d'autre qu'un fumiste !
Cela centralise tout ce qu'on a dit : tout dans ta vie doit graviter autour de ton métier. Tu n'as pas le droit de repousser des corrections pour d'autres projets, car tes seuls projets sont liés à l'école. Tout ton temps est optimisé pour cela. Et si tu es pris en flagrant délit de non-investissement permanent dans ta mission d'enseignant, alors c'est fini pour toi, sale imposteur !

Et, surtout !
Ne jamais faire ses courses soi-même : un enseignant ne sort jamais de sa classe, c'est bien connu !


Vous l'aurez compris : je débute une série d'articles autour des clichés, des lieux communs que l'on peut entendre et nous faire douter en tant que personne. J'ai vu beaucoup d'enseignants plonger dans le piège d'endosser un costume, une façade d'image idéalisée qui ne correspond pas à ce qu'ils sont, et en souffrir par la peur de ne pas correspondre aux attentes et celle de ne plus complètement "être soi-même".
Par la même occasion, on en profite pour plaisanter autour des stéréotypes et de leur diffusion. C'est aussi un moyen de se rassurer. Par exemple : oui, tu es enseignant, mais l'erreur est humaine. Il faut simplement avancer à son rythme, et donner le maximum.

Aussi, si jamais vous avez des idées, n'hésitez pas à les partager, soit en commentaire, soit en m'envoyant un message par le formulaire disponible !
A bientôt pour un nouvel article !

samedi 7 novembre 2015

Tonton Death Metal et la société : Identité, culture et fausses routes

Suivre les autres ne conduit pas forcément au chic. (source)
 
Bonjour à tous !

Dans la vie, il y a plusieurs étapes. Parmi elle se trouve la confusion de l'adolescence, que certains oublient vite. Pourquoi ? Car on peut très souvent entendre de la bouche d'adulte que c'est "l'âge bête", "l'ingratitude généralisée" ou bien "le manque de respect à tous les étages".
Seulement, ces adultes ont peut-être perdu à l'esprit que, eux aussi, ont été adolescents. Et si je démarre cet article par cette idée, c'est que l'adolescence est, comme l'enfance, un moment crucial dans la constitution de l'identité : après avoir baigné dans une culture restreinte, le champ d'ouverture s'élargit, d'autres possibilités s'offre à la personne. A celle-ci de faire son choix, de sélectionner, de devenir lui ou elle.
La constitution de son identité relève de l'aventure. Elle est semée d'embûches, de pièges, parfois dont on ne sort pas. Et c'est de cela que nous allons traiter aujourd'hui : par quels moyens le grand bain de la culture peut conduire celui qui conçoit son identité vers des fausses routes ?

"Tous les ados sont en crise !" (source)

Arrivé à l'adolescence, encore plus avec Internet, l'enfant se trouve confronté à énormément de modèles et de voies à suivre. Il est donc idiot de tout balayer en affirmant que c'est un "âge bête". Il faut saisir l'importance d'une recherche de place et d'identité là où le bruit est très présent : bruit de plusieurs succès alors qu'on cherche son orientation professionnelle, braillements médiatiques et effets spectaculaires vomis à tout bout de champ alors qu'on tend à vouloir espérer le meilleur. Quand on voit que le meilleur, certains l'ont on ne sait comment, il y a de quoi conduire à tout. "Je veux m'affirmer, être moi." Tout ceci brouille et fait rentrer dans une confusion.
Je ne vous enseigne rien : cette quête d'identité devient une quête de singularité. Face à tout ce qui se fait, certains cherchent à se démarquer, à être original à tout prix, à montrer qui il est à coups de poing sur la table.
"Prouve que tu existes !"
Cela peut être un adepte du numérique, un aficionado de sport, un fan d'un musicien, un grand amateur d'un genre musical, un bouffeur de films etc : tous ont en commun cette recherche d'être unique, singulier, d'affirmer son identité et ses goûts.
La culture devient alors un élément crucial. Pour se lancer au mieux dans sa recherche, on tend, à cet âge, à aller vers des cercles précis, à s'intégrer auprès de ceux qui peuvent partager nos mêmes centres d'intérêt. Comme dit, l'enfant évolue en premier lieu dans le cercle fermé de la famille et de l'école, et s'ouvre peu à peu. De la même sorte, il quitte une forme de culture populaire et tend à découvrir des cultures émergentes ou alternatives, lesquelles sont plus ou moins bien perçues.
C'est bien cet accès à une culture particulière qui pose de multiples problèmes :
- comment montrer que la culture que j'aime n'a rien à envier à la culture populaire ?
- comment être moi-même et singulier au sein d'un groupe ?
- comment avoir sa place dans une culture qui a de multiples facettes ?


Le culturisme, c'est important ! (source)

Quand on s'inscrit dans un groupe, s'impose une barrière : en premier, je quitte un cocon et me lance dans mon affirmation.
L'identité enclenche souvent une recherche par rapport à une exclusion de la culture populaire : on rejette cette "pop" pour se diriger vers de "l'anticonformiste". Je mets cette expression entre guillemets, car je parlerais plutôt d'alterconformisme, une autre conformité. En soi, toute culture a un certain conformisme, un ensemble de règles à suivre
Accéder à une nouvelle culture qui nous était jusqu'alors inconnue, ce n'est pas refuser la culture populaire, mais refuser l'exclusion que j'ai pu ressentir face à une culture de masse dans laquelle je ne me reconnais pas. Si je n'apprécie pas la culture populaire et si je m'en suis détourné, c'est pour trouver autre chose ailleurs, trouver ma place.
S'en suit une sur-affirmation de son côté rebelle et déviant différent des autres : "Je suis metalleux parce que ..." ou "Je suis geek parce que" et je t'aligne des tas de clichés et lieux communs. Le but étant de chercher l'approbation de la culture visée plus qu'autre chose.
"Je rejette ça tout comme toi".
On se retrouve alors avec deux figures : le "kikoo", le "newbie", le nouveau venu qui prend texto des éléments clichés et convenus de la culture visée (pour le Metal : s'afficher avec du Slipknot, Metallica, avec des bracelets cloutés juste parce que c'est cool, et changer après quelques années) et l'élite, le "vrai", celui qui toise le nouveau en lui disant "t'es à côté". Preuve que chaque culture a ses règles, que chacune a une certaine conformité.

 Définition de la culture geek, des ses particularités, de son lien avec la culture populaire, observation par rapport à d'autres cultures... Tout est dit !!

Il y a donc une tension : pour me situer, je me détourne d'une culture tout en cherchant à m'en approcher d'une autre pour me sentir intégré et singulier. Rien n'est simple ! De ce fait, être geek ne signifie pas collectionner des peluches et des figurines, comme amateur de Metal n'a rien à voir avec la violence et la volonté d'en mettre plein la gueule. Une culture, si on peut l'emprunter au départ, doit être intégrée ou comprise, sinon on passe pour un blaireau, pour quelqu'un qui ne fait que mimer, et on n'est pas pris au sérieux.
Toutefois, comme dit plus tôt et présenté dans d'autres articles, ce sont ceux qui hurlent le plus fort qui sont entendus. Un pan majoritaire de n'importe quelle culture va imposer sa vision des choses, remplie de lieux communs et de clichés.

Face à ces clichés diffusés par la majorité se joue alors une lutte entre des cultures : "La mienne est mieux que la tienne, toi tu restes enfermé, perdu dans ton monde". Cette critique est souvent lancée envers les joueurs ou lecteurs, sauf que quelqu'un qui se dit "Beyoncé" et tout autant dans la virtualité qu'un dévoreur de jeux vidéo ou de livres.


Tu es Beyoncé, mais tu restes toi-même... Bien ton trip ?

On se retrouve ainsi dans les fausses routes. Si je veux intégrer une culture mais que je reste au degré zéro, à l'étage de simplement "m'intégrer sans intérioriser", je participe à l'expansion de stéréotypes. Parce que ceux-ci sont confortables, conformistes, je m'y tiens. Et c'est bien là toute la difficulté en tant qu'être, comme dit "être différent, comme tout le monde". Ce paradoxe signale bien que, si je suis intégré dans un tout, chaque culture a quelque chose à apporter, et rien n'est entièrement clos.
Le risque est de se piéger, de s'enfermer : la culture populaire n'est pas mauvaise en soi, ceux qui ne jurent que par ça, comme ceux qui ne jurent que par le discours majoritaire, s'emprisonnent dans des carcans pré-conçus. Rien n'empêche un fana de sport d'apprécier Les Reines du Shopping. Ce n'est pas parce que les autres infligent une pression qu'il faut rougir. Il faut au contraire saisir cette occasion de s'affirmer, quitte à se détourner à nouveau de la culture que l'on pensait correcte.

Finalement, ce thème de la recherche d'identité au sein de toutes les cultures que nous avons à portée conduit à considérer cette même idée cruciale : rien n'est aussi simple qu'on nous le présente, et rien n'est immuable. Il ne faut pas avoir peur si un adolescent plonge le corps entier dans une culture dite "anticonformiste" tant qu'il conserve son esprit critique. L'important, le point absolument critique est celui-ci. Si on trouve sa place, il faut préserver une pensée libre. Je n'ai pas à suivre ou à subir simplement parce que "tout le monde fait ça". Je n'ai pas à cautionner certains actes que je refuse.
Encore une fois, et j'ai l'impression que tout conduit à ça, le point semble être dans la prise de recul.

samedi 24 octobre 2015

Critique d'album : "Attaque" de H-Bomb

Party time !

Bonjour à tous !

Mettons de côté la société et les jeux vidéo un moment, et revenons aux classiques. Peut-être, pour moi, un classique aussi important dans mes goûts musicaux que l'ont été Death, Krimh, Royal Blood, Dark Hall, Dream Theater, Chopin ou André Rieu.
Plus que ça, on s'attaque ici à de la musique française ! Sortez les coqs vêtus de pantalons treillis et de débardeurs noirs, affublés de la plus belle moumoute bouclée à faire valdinguer dans tous les sens, on entre dans l'univers fantastique du Thrash Metal des années 80 avec "Attaque" de H-Bomb.

Source

L’œuvre :

Avant tout, il faut replacer l'album dans son contexte. Le Metal dans les années 80, en France, ça ne court pas les rues. Déjà parce qu'il y a une méfiance de ce qui est américain : vous avez tous entendu, encore dans les années 90 et 2000, ce discours disant : "Ah mais c'est amerloque ça, c'est pas français !" Ce discours traditionaliste a posé problème à l'émergence du Metal en France : c'était pas de chez nous, alors certains n'en voulaient pas, comme le Hip-Hop.
Mais ce genre en France a connu une difficulté bien à elle : l'amalgame avec le satanisme et les problèmes religieux. Il faut savoir que le Metal, mine de rien, c'est une musique qui conteste et ça ne plaît pas forcément non plus. A l'origine, le Heavy Metal est apparu fin des années 60, et les jeunes commençaient à se laisser pousser les cheveux pour refuser une forme de répression culturelle par l'éducation : un homme peut avoir les cheveux longs et sortir des sentiers battus.

Led Zeppelin, un des groupes à l'origine du Heavy Metal (source)
C'était aussi un moyen de montrer qu'on était contre la guerre du Vietnam etc. Les soldats, ça a le crâne rasé. Un chevelu, ça prouve bien qu'entre l'armée et lui, il y a un gouffre.
La musique, elle, a progressé du Rock au Hard Rock, puis au Heavy Metal avec un Blues qui s'est fait plus puissant, plus profond, plus "lourd". Il y a émergence d'une musique qui envoie, qui balance, joue sur les rythmes pour que ça soit carré et vif.
Le Metal est allé entre deux écoles : les "Black Sabbathists", dont la lenteur a créé le Doom Metal (parce que c'est lent et ravage tout par son côté massif) et les "Post-Deep Purple", où l'on puise plutôt dans la fougue.

Musique Rock des années 60 et armée, ça ne fait pas bon ménage. Aussi, à l'heure des années 80 et d'un dégoût naissant pour la culture militariste américaine et l'émergence du nucléaire (qui effraie toujours), le Metal s'est fait plus revendicatif, plus grognant, plus violent - disons-le, même si je déteste ce mot. Il fallait que ça cogne, que ça tabasse. A émergé, peu à peu, le Thrash Metal - Metal coup de poing dans ta face.
H-Bomb est la tentative française pour proposer un Metal aux accents Speed (qui évoque la transition du Heavy vers le Thrash, comme avec Raven) avec une efficacité qui n'a rien à envier à des classiques qui ont nourri le Thrash comme le "Kill The King" de Rainbow, "Set me Free" des Sweet (oui, un groupe de Glam Rock a fait du Thrash avant l'heure) et "Stone Cold Crazy" de Queen (oui, Queen a fait du Thrash avant l'heure !).

Les Queen vifs et puissants !
Aux côtés de Trust, Sortilège ou Satan Jokers, H-Bomb va évoluer petit à petit, et se faire une place auprès des amateurs de Metal de cette époque. Il faut dire que du Metal français, il y en a peu, alors on les chérissait comme il se devait !

L’œuvre de H-Bomb, "Attaque", est dans la droite lignée de productions Thrash de l'époque : thématiques militaires pour évoquer des conflits et pour que ça balance, inspirations parfois médiévales quand on évoque une Gwendoline remarquable de puissance et d'indépendance. Tout l'album est nourri de l'imaginaire Metal. De la force, de la vitesse, un côté guerrier, le tout sous une bonne odeur de bière et de cuir.
Qu'on se le dise tout de suite, cet album n'est pas original en soi. Mais nous allons voir que, dans son genre, il est une véritable pépite qui, dans sa technique, renferme quelque chose qui ne s'est fait nulle-part ailleurs.

Source

La technique :

Tout d'abord, le groupe a choisi de chanter en français. Rien de particulier, qu'on me dira. Drôle d'idée, peut-on rétorquer. Pas du tout ! Déjà, chanter en français dans un style qui a évolué la langue anglo-saxonne, c'est difficile. Cela requiert de revoir la langue française, d'utiliser des termes issus de l'imaginaire Metal différents, car n'ayant pas la même sonorité. Je veux pour exemple le refrain de "Exterminateurs".

"Une marche forcée, un coup de fouet à terre
Une marche forcée, à coups de poings de fer !"
On a tout : le côté "march to die" évoquant le Thrash américain qui dénonce l'armée, le "coup de fouet" qui, évidemment, exprime l'idée du "Whiplash", de cette douleur cervicale due au coup de fouet de la nuque pour le headbang (secouer sa tignasse) ainsi que le coup de poing, le fameux "Thrash" !
Seulement, transcrire ça en français, ça ne se fait pas de façon littérale. Si on prend le refrain du "Whiplash" de Metallica en français traduit vite-fait, ça donne ça :


L'adrénaline commence à pulser (Adrenaline starts to flow)
Tu dégommes tout ce qu'il y a (You're thrashing all around)
T'agis comme un fou furieux (Acting like a maniac)
Coup de fouet ! (Whiplash !)
Ce n'est franchement pas une réussite.
Donc, pour H-Bomb, parvenir à tenir tout un album cohérent, avec des paroles qui collent à la rythmique hachée, taillées sur mesure, ce n'est pas chose aisée !
D'autant que, du coup, cela donne un charme fou à l'album : les élans en français ont quelque chose de délicieux qui peuvent frôler le kitsch. Mais ce serait passer à côté d'un "Crache et crève" absolument remarquable ! Rien que le titre est puissant !

En dehors de la voix et des paroles, l'album, sans surprendre, reste d'une solidité à toute épreuve : entre le premier "Exterminateurs", "Double Bang" ou "Substance Mort", on reste sur une rythmique Heavy Metal. Les guitares balancent des mélodies carrées, ainsi que des solos bien sentis. La basse n'est pas en reste et donne, comme on attend dans ce genre, un relief Blues. Mais, dans ce cas, qu'est-ce qui fait que cet album me semble unique ?
Le traitement du son, la manière dont on nous donne à écouter ces musiques, est tout à fait particulier. Il y a un certain grain, une touche que l'on ressent dans la voix du chanteur conjuguée à l'ensemble du groupe. C'est bête à dire, mais je n'ai pas entendu d'album enregistré comme ça qui soit aussi intéressant, aussi singulier.
Cet album exprime un savoir-faire de l'époque, mêlé à une énergie de vouloir faire une tentative Heavy Metal en France. On est donc à la fois dans un travail solide, qui prouve l'effort de tout un ensemble de personnes voulant faire du Metal en France une institution, et, d'un autre côté, dans un manque de moyen qui insuffle un aspect plus amateur, mais plus intime.

Pour ces raisons d'efficacité Metal avec une personnalité unique, H-Bomb m'a marqué par son album "Attaque". Les paroles sont bien écrites, non parce que le texte est fort, mais parce qu'il colle totalement à un style musical étranger. Les mots s'accordent à la rythmique, et créent un ensemble cohérent. Ceci est d'autant plus remarquable que l'esthétique Metal de l'époque, à base de guerriers, de cuir, de demoiselles et d'acier, est typiquement anglo-saxonne, avec des expressions parfois intraduisibles. Toutefois, H-Bomb s'en sort avec les honneurs : leur musique, si elle n'est pas originale en terme d'écriture, ne ressemble cependant à rien d'autre dans ses sonorités.
C'est sur la base de cet album que j'ai d'ailleurs conçu et articulé le roman Berserker. J'avais depuis longtemps l'idée de faire une écriture moderne du "berserker", guerrier nordique bestial. Seulement, je n'avais pas réussi à trouver un lien entre toutes mes idées. "Attaque" m'a permis de consolider ce que j'avais : "Crache et crève", "Exterminateurs", "Dressé à tuer" et "Fou sanguinaire" sans les musiques qui m'ont conduit à écrire certaines phrases, et à percevoir mes personnages sous un certain angle.
Berserker est un roman qui doit beaucoup à cet album : je l'ai voulu vif, rythmé, puissant mais par moment sensible. Je me devais, dans ce cas, de consacrer un article à ce qui m'a permis de sortir d'une impasse en écriture.

Bonus : comment ça le Thrash Metal peut avoir une patte Blues Rock ? Eh bien écoute ce titre de Venom !

 

samedi 10 octobre 2015

Tonton Death Metal et la société : Les raccourcis et les détours de pensées


"Pas de panique Jean-Pierre, réfléchir plutôt !" (source)

Bonjour à tous !

Vous le voyez, depuis que, sur mon blog, j'ai terminé de présenter mon boulot et depuis que j'ai dépassé une année un peu compliquée, on évoque des sujets et on interroge des éléments de société. En quoi le Metal n'est pas une musique de merde ? Qu'est-ce qui fait que le jeu vidéo n'est pas un loisir d'attardés asociaux ? Où se situe l'hypocrisie ?

En gros, on parcourt des sujets pour lesquels les clichés sont légions, et pour lesquels on peut faire dire tout et son contraire, notamment par la magie des raccourcis et des détours !
Ça peut être pratique, ces raccourcis ou détours : ça permet d'arriver plus vite quelque part, ou bien d'emprunter un itinéraire différent pour profiter d'une autre vue, d'une autre chemin parfois plus agréable, même si plus long...

Mais on va voir que ce qui vaut pour un trajet physique colle tout à fait à une réflexion.
Je le dis souvent, et je vous y invite dès que possible : méfiez-vous des discours généralistes. J'ai cette tendance à vouloir à tout prix prendre du recul avec les média et leurs raccourcis unilatéraux qui semblent affirmer: "C'est comme ça et pas autrement".
Mais quelqu'un de bien observateur pourrait me rétorquer : "Tu dis qu'il faut préserver son esprit critique, mais toi aussi tu donnes des chemins à suivre !" Sauf que je n'impose pas.

Un problème majeur des médias généralistes est que, justement, ils généralisent. Cela signifie qu'on ignore au maximum les particularités, et on sélectionne des cas précis pour répondre à une attente ou à une question, dans tous les cas pour faire vendre.
Lorsqu'un journal, télévisé ou traditionnel, signale en premier lieu : "Accident mortel en "cite-un-pays-au-pif", ce n'est pas pour éveiller la conscience collective et proposer aux personnes un moyen d'être informé sur les incidents du monde. L'annonce a pour but d'attirer, comme une belle vitrine. Quand on scande en une, on veut attirer la curiosité : "Comment, qu'est-ce qu'il s'est passé ?!"
Plus c'est dans le scandale, plus ça attire, plus ça fait de l'audience ou des ventes.
Si les médias ont pour but lointain d'informer, l'essentiel est de vendre. Ce que je critique là-dedans, c'est que, pour tenir les personnes en haleine, des procédés narratifs sont usés, comme pour un roman : annonce choc, attente, sensibilisation exagérée pour créer de la pitié, de la colère ou toute autre émotion qui fera que le spectateur va rester.

Seulement, on se retrouve à ingurgiter des informations erronées ou amputées pour que ça rentre dans un format imposé. Et on se retrouve avec le cas qui sert d'introduction à cette vidéo de Dirty Biology.

"Sur Youtube, il n'y a que des gens incultes... Vraiment ?"

Lors d'une émission à la radio, le média Internet, notamment Youtube, est critiqué en affirmant que cela rabaisse globalement le niveau culturel. Autrement dit, Internet c'est con et ça rend con, car les idées qui sont partagées ainsi ne le sont pas par une élite, mais par n'importe qui - et n'importe qui est con, par définition.
Pour illustrer leur propos, non seulement ils ont pris un Youtubeur en cible (le pauvre n'avait rien demandé), mais en plus ils ont sélectionné un seul cas pour en faire une généralité. Vous voyez où je veux en venir ?
Pour que l'idée qui va faire tenir le spectateur puisse rentrer dans le format, pas de temps à perdre à être exhaustif. On a ce vidéaste, et on va dire que TOUS les vidéastes abaissent le niveau de conscience. Exit ce qui est Crossed, Dirty Biology, Estheth'Geek, qui sont d'autres émissions Internet au contenu intéressant.
Mais est-ce que la radio ou la télé sont les endroits pour être exhaustifs, précis et, surtout, justes ? Pas forcément.

"De l'art expliqué par une personne qui n'est pas de l'élite ? Impossible !"

Ces médias sont fermés, avec un planning serré : il y a beaucoup de choses à caser sans avoir un maximum de temps. Il faut donc des raccourcis et des détours pour pouvoir parler d'un sujet, quitte à tordre la réalité. Autre problème, c'est que ce sont des médias qui imposent : tu suis leur ligne éditoriale, leurs argumentaires. Internet, à côté, permet un accès à tout, tout le temps, dans des formats libres : à chacun de sélectionner et de faire sa propre programmation.

Et ce n'est pas plus mal ! C'est en partie à cause de tels raccourcis de pensées qu'on se retrouve avec des inepties incroyables : prenez le cas d'un groupe de Black Metal underground (c'est à dire mal enregistré) et sataniste, et dîtes que tout le Metal est sataniste, violent, laid à entendre, sans aucune recherche musicale car basée sur des clichés de la culture satanique.
Alors, déjà, au sein du Black Metal, on ignore ainsi tout ce qui est Folk Black Metal, qui utilise des instruments assez inattendus, tel Finsterforst et la place prépondérante de l'accordéon sur leur premier album, ou des instruments à vent et des rythmes exotiques avec Equilibrium. C'est aussi ignorer des pans entiers d'une culture dont on n'a même pas cherché à approfondir quoi que ce soit pour préserver son argumentaire fermé.


On va ignorer les Opéra Metal d'Ayreon, les envolées mélodiques de Symphony X, le travail hallucinant de composition de Chuck Schuldiner sur Death et Control Denied. On va préjuger pour donner à préjuger. Prémâcher le plus possible pour que le spectateur n'ait plus qu'à avaler, et à vomir aussitôt.

La démagobox ! (source)
L'autre problème des médias traditionnels, comme montré par Dirty Biology, c'est qu'ils sont dirigés par une élite. Une élite défend des idées qui ne sont pas celles de tous. Et si l'élite a des avantages avec la culture traditionnelle, le message qu'ils transmettront, lui, sera traditionaliste. C'est-à-dire que si longtemps le jeu vidéo et la musique populaire émergente (Rap, Techno ou Metal) étaient mal-jugés et dépréciés de la plupart des personnes, c'était à cause de cette élite, en partie. Pourquoi ?
Imaginez que, dans votre part d'audimat, vous avez une forte part qui vient de personnes qui votent pour un certain parti politique, qui ont une certaine tranche d'âge, avec un certain type de famille. Toutes ces informations sociales et sociétales vont permettre de dresser une liste d'attentes et d'éléments culturels communs sur lesquels se baser pour fidéliser la clientèle. Laquelle se dira : "C'est tout à fait ce que je pense !"
Si votre part d'audimat refuse l'immigration, les rassemblements de jeunes, la culture émergente et populaire, les programmes et les reportages seront commandés pour aller dans le sens du vent. Les nouvelles seront choisies et tordues légèrement que qu'elles disent qu'Internet, c'est mal, que la culture qui vient peu à peu est néfaste, et que les étrangers nous volent notre travail et nous vident les caisses.
Ce sont ces mêmes médias qui nourriront des argumentaires fermés, basés sur des cas particuliers pour faire des généralités.
On peut le voir facilement : prenez une même nouvelle, comme ce cas de cette femme qui a combattu des hommes du Daech. Rien ne dit d'elle qu'elle est une Jeanne d'Arc ou quoi que ce soit. Mais des médias orientés l'ont fait, pour partager une culture commune avec leur cible, leur clientèle. Quitte à dire qu'elle est morte, seule face à 50 hommes, alors que Le Monde affirme qu'elle a été tuée par un sniper, sans préciser quoi que ce soit si ce n'est qu'elle prêtait main forte à des combattants. Ce journal, d'ailleurs, dresse une image qui, comme ils le disent, à quelque chose à voir avec le fait "d'invoquer". Ils parlent de la construction d'un symbole, d'un combat, tandis que ripostelaïque en fait déjà un symbole tout prêt à être ingurgité.
Ce n'est pas nouveau, et vous le savez sans doute : dans l'information, un même fait peut être interprété de multiples façons. Et c'est bien ça le problème. L'information est interprétation, il faut donc savoir réinterpréter, prendre du recul pour bien percevoir.

La prochaine fois qu'un message est diffusé en masse sur les réseaux sociaux, ou lorsqu'un reportage semble bien orienté, demandez-vous quel est l'objectif derrière. Lorsque le monde semble pourri jusqu'à la moelle, que l'insécurité est mise en avant, que l'imbécilité apparaît comme omniprésente, essayez de voir quel est le message. Faire un état des lieux déplorable du gouvernement actuel en vue de prochaine élections ? Mettre à mal la conscience du spectateur pour lui donner, en guise de "nouvelle positive", la dernière sortie d'un artiste soutenu par le groupe qui détient la chaîne du JT ? Ou simplement saborder la concurrence, comme avec le cas observé par Dirty Biology, afin d'assurer la suprématie d'un média en difficulté ?
Les raisons sont nombreuses, mais l'effet est le même : l'information joue d'effets, et n'est rarement gratuite. Qu'elle soit spectaculaire et contre-productive sur BFMTV, ou une vitrine déguisée sous un même schéma de "catastrophe - fait divers - publicité" sur le 19.45, il faut garder à l'esprit qu'Internet est disponible, et permet en quelques instants de faire l'inventaire rapide des interprétations.
Et de voir que la vérité n'est pas aussi simple que ce qu'envoient la télé ou la radio.

"Cherchez sur Internet tous les éléments argumentaires avant de vous faire votre propre idée." (source)

samedi 26 septembre 2015

Tonton Death Metal et le jeu vidéo : Qui y joue ? Partie 3 : La culture

Brisons les tabous, et soyons heureux !

Bonjour à tous !

Aujourd'hui, troisième et dernière partie de notre tour d'horizon sur la question : "Qui joue aux jeux vidéo ?"
Souvenez-vous, cette interrogation soulevait plusieurs problèmes, notamment sur l'évolution des pratiques. "Qui y joue", cela sous-entend qui y jouait avant et qui en fait actuellement, ainsi que comment se fait-il qu'il y a plus de joueurs aujourd'hui. Enfin, pour quelles raisons certains n'y jouaient pas avant et ni jouent toujours pas maintenant.
Certains répondraient que ça demande du temps, d'autres que c'est réservé à un groupe restreint, parfois élitiste. D'autres diraient, avec une certaine forme de mépris, ou du moins de suffisance, que ...

Les jeux vidéo, c'est débile, abrutissant. Ça fait bip bip dans tous les sens, ça explose. Et si ça se vend aussi bien, c'est que ça ne doit pas être si fin que ça !

Souvenez-vous, j'avais dit que jouer, et le jeu de manière générale, était souvent associé à l'enfance, et qu'un adulte se souciait, généralement, de politique et d'affaires sérieuses.
Le jeu, c'est pour les gosses, il en va de même pour les jeux vidéo.
On ne saurait donner du tort à cette idée : on a vu que, longtemps, les jeux vidéo étaient abstraits, à cause de la faible puissance des machines. Non seulement, ce n'était pas visuel, mais en plus ça débitait des sons pauvres, "cheap". Il y en a même, des cinglés, qui font de la musique avec ces sons, et c'est de la Chiptune !
Le problème est que la musique a souffert du chipset (des puces sonores) assez rudimentaire du début mais, comme on l'a vu avec Final Fantasy ou Nier, les choses ont bien changé. Et vous comprenez où je veux en venir avec ce dernier article (et aussi le 100ème du blog) puisque l'on va poursuivre notre passage historique.

A partir des années 90, le jeu vidéo s'enrichit d'éléments culturels qui vont plaire aux adultes et briser les tabous.

Quand le jeu vidéo se dévoile réellement

Longtemps décrié comme étant un loisir stupide, tout comme ont été jugés négativement certains romans populaires (de chevalerie, comme pastiché par Don Quichotte, ou les romans sentimentaux via Madame Bovary) ou le cinéma, dont on a critiqué la platitude et qu'on a descendu au profit du livre (forcément, les débuts sont rudimentaires, tels que Entrée d'un train en gare de la Ciotat), le jeu vidéo a souffert d'une mauvaise image. Il faut croire que tout nouvel élément qui arrive doit d'abord passer par la bizutage général : ceux qui n'y comprennent pas grand chose, et qui ne chercheront pas à comprendre par eux-mêmes, sont très nombreux. Et, par le nombre, les voix portent ! Des discours se mêlent en un nœud en apparence inextricable : la nouveauté serait diabolique, mauvaise pour l'esprit, nourrissant en ceux qui la pratiquent des pensées malsaines et des déviances innommables.
Cette méfiance est le propre d'un caractère instinctif : Je ne connais pas, je me méfie pour me protéger. Mais entre ça et le tir aveugle et répété, il y a une différence !

Comme le cinéma, le jeu vidéo n'en est pas resté à ses premières tentatives.

On a ainsi connu des amalgames : la tuerie de Colombine aurait été suscitée par le Metal et le jeu vidéo, tous deux rendant violents et brouillant les frontières de la raison en nourrissant un univers de hargne et de colère. Bien entendu, on n'évite ces raccourcis aujourd'hui, déjà rendus désuets et dépassés par la comparaison avec le théâtre grec. Car c'est violent, les tragédies grecques, comme on le voit avec le mythe d’Oedipe ! Cependant, les grecs parlaient de la Catharsis, une théorie disant que si tu vois de la violence et ses conséquences, tu vas expier tes souhaits de violence, et ne pas les réaliser dans la société.
En gros, depuis l'Antiquité, on sait que la violence dans la culture, ça se gère très bien, et ça ne crée pas des déviances. Sinon, jetons au feu les Souffrances du jeune Werther de Goethe, aujourd'hui perçu comme pilier du courant romantique. En même temps, Werther est attiré par le sexe à 14 ans dans une société très religieuse : c'est impie ! Et des gens se sont suicidés face au destin tragique du héros, voyant en lui un écho puissant et saisissant à leur propre existence.
Alors pourquoi ce livre et les jeux vidéos sont parvenus à être mieux acceptés ?

Il y a un phénomène qui se répète : une fois qu'on a crié et critiqué la nouveauté, une vague de discours différents suit. C'est que cette nouveauté devient peu à peu quelque chose d'ancien. Donc, alors que certains critiquent la nouvelle nouveauté, d'autres prennent du recul sur des éléments culturels plus figés, moins ancrés dans la mouvance d'une époque. Et on remarque certaines choses avec ce recul enfin possible.

 Un 3615 Usul qui permet de saisir l'importance de l'évolution du jeu vidéo

Alors que, dans les années 2000, les Mario et Zelda des origines étaient loin derrière nous, des personnes sont revenues auprès des jeux 8 bit, de l'époque de la NES et Master System. Comme le discours "C'est que des trucs moches qui font bip bip" n'interférait plus, on pouvait voir autre chose : les compositeurs Koji Kondo (Mario, Zelda), Hirokazu "Hip" Tanaka (Metroid, avec ici le thème de Norfair, à la structure très particulière qui signale un environnement inconnu et inquiétant) ou Nobuo Uematsu (Final Fantasy) ne faisaient pas que des musiques pour un divertissement d'idiots, mais puisaient dans la culture classique et savante pour créer leurs musique avec des processeurs sonores qui, rappelons-le, ne permettaient qu'un nombre limité de pistes. Mais cette contrainte a permis de créer des merveilles, car de la contrainte naît souvent la créativité. 
Au fur et à mesure, le musique s'est enrichie, et des "bips bips" on est passé à l'Opéra de Final Fantasy VI (ci-dessous), au style cinématographique et vif de Metal Gear Solid ou aux expériences comme Rez.


Avec ça, comme le matériel évolue, les jeux gagnent en finesse dans l'apparence graphique : on oublie les pixels rudimentaires, dignes de l'art pariétal, et on va vers des définitions plus grandes, des polygones plus nombreux. Les personnages et univers deviennent plus fournis. De fait, les développeurs peuvent s'allier avec des scénaristes, et proposer des histoires de plus en plus complexes.
Véritable pierre angulaire, Shenmue a permis une bascule dans le jeu vidéo, avec une nouvelle narration : le jeu est une grande enquête dans un environnement ouvert, au joueur de suivre un emploi du temps et de s'organiser pour mener à bien son objectif. L'univers était rendu esthétique par une poésie du quotidien et ancré dans l'action avec un système de combat et des scènes cinématiques, inspirées du cinéma en terme de réalisation, ponctués de moments où il faut réagir en appuyant sur une touche de la manette sous peine de perdre (les QTE, Quick Time Events).
Non seulement ce jeu avait une trame adulte (avec en thèmes la mort et la vengeance) inspirée du cinéma, mais avait un système de jeu assez fin pour ne pas être jugé "enfantin" : faire une enquête et gérer son planning, c'est des trucs d'adultes ! D'autant que les personnages en jeu sont des adultes, et plus des personnages orientés enfance.

Trailer de Shenmue

Les années 2000 ont été l'occasion de proposer des univers variés et des histoires qui, si elles ont déjà été vues dans le cinéma et la littérature, étaient encore inédits dans ce médium. Trahisons, conflits globaux, religion, sexe, conflits, trafics : autant de thématiques qui viennent ponctuer le jeu vidéo avec les blockbusters actuels, comme on a pu le voir sur la politique ou la religion dans les jeux vidéo.
Les développeurs ont su attirer une nouvelle cible : les adultes en quête d'histoires et d'émotions, en quête d'une culture proche du cinéma et de la littérature. Seulement, il y avait toujours ces problèmes d'argent et de temps.
Pour l'argent, pas de problème : la campagne de pub de la PS2 signale bien qu'elle est là pour toucher des adultes, puisqu'elle a été réalisée par David Lynch. Et ça, c'est un truc d'adultes.
Concernant le temps, il a fallu être plus fin : créer des jeux moins frustrants, avec un scénario fort, qui met de l'impact et qui envoie graphiquement. Ainsi sont venus les blockbusters type Call of Duty.
Il a fallu aussi rendre le jeu plus accessible : le surface gaming, ou le jeu via le téléphone ou des tablettes, a été déterminant. Car les adultes ont ces outils, ils ont à portée de doigts des logiciels et applications. Parmi tout ça, des jeux vidéo. On a donc une nouvelle culture qui s'est instaurée : celle du jeu occasionnel, par de courtes sessions. Comme a pu le faire les consoles portables type Gameboy, le jeu s'est popularisé : Candy Crush ou Angry Birds ont repris des mécaniques des jeux flashs, déjà connus des personnels de bureaux voulant un peu de détente, afin qu'ils puissent attirer cette nouvelle cible.

On a donc eu, au fil des années 2000, une double progression essentielle amenant plus de joueurs :
- des univers plus riches, plus matures, à destination d'adultes qui cherchent des histoires particulières
- une accessibilité rendue simple par ces outils d'adultes que sont le téléphone et la tablette. 
Enfin, le jeu vidéo n'était plus un loisir d'enfants par ses thématiques ou par l'objet. Jouer sur téléphone, c'est un truc d'adultes.
Aussi, n'oublions pas la dimension sociale qui s'est renforcée autour des produits Nintendo : la convivialité et le jeu à plusieurs ont été des arguments chocs, notamment pour la Wii.

"Allez, viens, on est bien : regarde tout c'qu'on peut faire ! C'est génial ! (source)

Finalement, une question subsiste : si le jeu est ouvert au plus grand nombre et s'est diversifié en de multiples pratiques (occasionnelles, fréquentes, régulières, intensives etc), pourquoi certains restent-ils réticents au jeu vidéo ?
Il faut savoir qu'une forme de méfiance subsiste. Si les arguments contre le jeu vidéo ne sont pas tangibles comme dit précédemment, certains continuent de répandre cette haine injustifiée et déplacée, via des articles issus de personnes ne connaissant aucunement le jeu vidéo. J'en veux pour preuve les prises de parole de Laure Manaudou ou l'incohérence de De Caunes : vous n'y connaissez rien, ne vous la ramenez pas, fermez-la et "laissez faire les pro, ok" ?! 

"Je fais une émission où on me voit jouer, et je critique Twitch. J'm'en balec' maggle !" (source)

Ceci étant dit, et si j'ai déjà parlé d'un certains tabou du jeu dans le monde adulte, il y a toujours l'inconfort face à l'informatique. Des personnes qui évoluent avec un univers informatique, lequel est rendu plus accessible avec l'ouverture par du matériel moins onéreux (ordinateur, téléphone, tablettes...), seront plus sensibles et plus à l'aise dans un univers vidéoludique. En revanche, ceux qui ne vivent pas ou ne sont pas intéressés par ce milieu ne ressentiront aucun besoin à aller là-bas, parce que ce n'est pas leur curiosité.
Outre la méfiance, l'ignorance et le manque de curiosité, peu de choses me viennent pour tenter d'expliquer pourquoi certains ne pratiquent pas le jeu vidéo. Quoi qu'il en soit, une chose est sûre : le jeu n'est pas nocif, ni réservé à une élite, ou aux enfants. Il y a des jeux intéressants et, d'autres, complètement ratés. Comme il y a eu, et aura toujours, des romans et des films excellents ou médiocres.

En fin de compte, le jeu vidéo, en tant que médium culturel, subit les mêmes épreuves et interroge les personnes de la même façon qu'ont pu le faire les arts littéraires et cinématographiques.

Merci à tous d'avoir lu cet article. N'hésitez pas à me poser d'autres questions ou à me proposer d'autres thèmes à explorer pour la chronique "Tonton Death Metal et...", je les étudierai avec plaisir !

Excellente semaine à tous et à la prochaine pour un nouvel article !