mardi 24 février 2015

Hypocrisie et démagogie, ou "Foutez-nous la paix !" : Le chanteur

Parmi la foule, un artiste se dresse ! (source)

Bonjour à tous !

Parmi toutes les choses que l'on peut trouver sur Internet, on a surtout accès à tout un nouveau pan culturel : musiques, livres, dessins et arts visuels sont à notre portée. Nous avons aussi droit à des discours, à des observations et des critiques, dans le sens émettre des avis et proposer des pistes.
Et ce que permet cette merveille d'Internet, à contre-coup, c'est toute une emprise médiatique, et la possibilité de diffuser des messages flairant bon les bons conseils de Papy je-me-mêle-de-tout-sans-rien-comprendre, ou Papy Démago'.

Oui, le ton est acerbe, et ma colère, palpable : parmi les choses contre lesquelles je me dresse, l'hypocrisie et la démagogie, ou l'art du "Fais ce que je dis, pas ce que je fais", me débectent au plus haut point. Affirmer quelque chose sans rien appliquer, imposer un modèle alternatif ou "moral" en alignant des arguments sans rien connaître, tout ceci fait partie de l'ignorance et d'une forme d'inquisition qui nuisent à la culture, notamment sur le Web.

Sur quelques articles, on va se revendiquer dans notre bon droit, et se défendre contre une bien pensance désuète à reconsidérer.

Avant d'aller plus loin, je tiens à signaler que tout ce que je présenterai ici n'est pas dans un but de publicité ou de hargne amère, mais bien d'interroger et d'informer : de souligner des travers afin d'ouvrir le débat face à des productions te discours qui, eux, tendent à vouloir clore.
Aussi, tout ce que je propose ici en exemple est soumis à la propriété intellectuelle de leurs auteurs.

Ceci étant dit : plongeons dans les abysses de l'étroitesse.


Quand j'évoque l'hypocrisie, je me fais souvent des ennemis : on m'affirme que je chipote, que je cherche le mal partout. Seulement, cet aspect est réellement une plaie : quand on diffuse un message, on se doit d'être cohérent dans son propos mais aussi dans sa personne. Une personne prêchant l'amour de la nature en polluant derrière, ça évoque une farce, une grande blague. Et pour cause, ce n'est ni plus ni moins que ce que fait Mr Burns, propriétaire véreux d'une centrale nucléaire, dans les Simpson : sourire devant les média, affirmer que tout est bon alors que la centrale déverse ses eaux dans la rivière, transformant les poissons en mutants à trois yeux.

Mais puisque je vous dis que ce poisson est bon à manger ! (source)
Cette hypocrisie se retrouve sur Internet, notamment dans le monde de la création artistique. Aujourd'hui, nous allons décortiquer un produit qui a ce même but de nous faire la morale sans même croire en ce qu'ils disent.

Aujourd'hui, nous allons faire un premier état des lieux autour d'un chanteur dont le travail permettra de définir exactement l'hypocrisie et la démagogie dans le processus créatif. Puis, nous verrons, avec un exemple très actuel, en quoi cela a un réel impact sur le public. Enfin, je vous proposerai un dernier exemple signalant la mort à la fois du message et de la démarche d'un illustrateur à la ramasse.

Le chanteur tournesol

Je suis tombé sur Nill Klemm par l'émission Questions pour un champion - oui, j'aime beaucoup ce jeu télévisé, au moins il est honnête dans son principe, juste du jeu, pas de buzz, pas de fioritures et un animateur au taquet. Ce suisse a la particularité de ne vivre que par les réseaux Internet : Facebook et Youtube sont les principales plates-formes sur lesquelles il se trouve afin de diffuser son travail et se faire connaître du public.
Aussi, observons de plus près sa chanson phare, celle que l'on trouve dès que l'on tape son nom sur Google.


Après cette musique, on va se pencher sur les paroles.

De plus en plus de bruit juste pour couvrir l'ennui
Les silences qui s'obstinent et qui obsèdent
Tous ces trop-pleins de vie de moins en moins remplis
C'est le blues du people connected

De vous à moi, j'ai entendu cette musique il y a longtemps et, avant de voir les paroles, j'avais souvenir que les mots m'avaient fait réagir bien plus tard. Seulement, non, dès le quatrième vers, on tombe dans le travers absolument puissant de cette chanson.
L'observation de la tragédie humaine autour de l'agitation pour couvrir le silence de l'ennui, du divertissement pour aller contre la misère de l'homme seul (sans Dieu, si on va jusqu'au bout), c'est du Blaise Pascal, philosophe et scientifique majeur du XVIIème siècle. En soi, on est ici dans un lieu commun qui tient la route.
Toutefois, on plonge directement dans la foire dès que l'on évoque le "blues du people connected". Déjà parce que, non, Internet et la connexion ne font pas que les gens s'agitent davantage : le fait de brasser de l'air en multipliant les activités, déjà Pascal disait qu'on avait jamais fait autant de divertissements qu'à son époque. Arrêtez avec votre posture d'artistes qui remarque la décrépitude des valeurs sociales : le bruit contre l'ennui, ce n'est pas propre au XXIème siècle.

Mais, surtout, arrêtez avec votre volonté de vous placer en sauveur du monde.

De plus en plus de friends, de moins en moins d'amis
Je te twitter, je te smallworld, je te myspace
De plus en plus en live, de moins en moins en vie
Tu me meetic, tu me link'in, tu me face

On post des comments, mais au poste de commande
Y'a plus que des avatars, des noms de code, des pseudos
On a la life qui s'étale, on s'raconte, on s'invente
On est comme Wallace... et Gros Mytho

REFRAIN
Trop de tout, ça va finir par faire beaucoup
Par ne plus avoir de goût, par ne plus tenir debout
Trop pour rien, trop pour tenir entre nos mains
Pour tenir lieu de lendemain
Gavés de trop jusqu'à plus faim

"Oh la la, le monde est bien trop triste : les gens sont bien trop enfermés dans leurs habitudes de sur-connexion. Tout ça, c'est la faute à la méchante technologie, au vilain Internet qui nous vole notre âme ! Nous ne sommes plus des personnes mais des profils, et on s'invente notre vie. Ah, c'était mieux avant, avant quand on vivait d'amour et d'eau fraîche, quand le monde n'était pas une grande mascarade. Oh la la !"

Ah mais ferme-là ! Comment peut-on tenir un tel discours suranné, mettre en avant des idioties d'une innocence crasse alors qu'on dépend de cette technologie ! Ca dénonce le profilage et le mytho sur Facebook, mais ce type se met en scène par Facebook ! Il dénonce l'avatar : il a un nom de scène ! Lui-même s'est créé un personnage de scène, lui-même s'est conçu un costume de "chanteur compositeur interprète", et ça dénonce la mascarade...

Démagogie, chers visiteurs !


Nous avons ici un chanteur qui se plaint de la perte d'un certain rapport humain fantasmé, dans lequel des personnes avaient de vraies valeurs dans le passé désormais perdues avec la "méchante modernité". Mais il n'est pas viable artistiquement de dénoncer quelque chose qui permet de vivre en tant que musicien.
Cette chanson est un suicide créatif : une simple prise de recul permet de signaler qu'il n'y a aucune entreprise personnelle, aucun engagement. On est dans la bien pensance : dénoncer la technologie, c'est démagogique, ça colle avec la morale globale. Se placer contre cette pensée, c'est refuser le confort d'être admis par la majorité. Du coup, aller dans le sens de la majorité, c'est s'assurer du buzz et de vivre de sa musique. Mais est-ce "sa" musique ? Ici, il ne fait que du communautaire : il évoque pour se faire bien voir du public. Il se tourne vers l'éclairage de la doxa, de l'opinion.

Les bad news qui fusent, les antennes qui diffusent
Tout ce que je sais c'est à la TV que je le dois
C'est pas que je veuille me trouver des excuses
Mais pourquoi je lirais? Y'en a qui le font pour moi...

Mais oui, mon gars, continue dans l'opposition des classiques et des modernes : les classiques traditionalistes déplorent qu'on ne lise pas assez et que les modernes s'abrutissent avec ce qui est actuel, tel que le Rap, le Metal, les Manga, Internet et tout le reste. Revenons au temps des livres, celui où Flaubert a écrit Madame Bovary pour dénoncer le risque d'une lecture inconsciente et aliénante des romans à l'eau-de-rose, ou plus loin où Cervantes a conçu Don Quichotte pour s'amuser de la folie qui pouvait s'emparer de certaines personnes benêts et simples d'esprit.
Ceci est une nouvelle preuve qu'il n'évoque aucunement un message qui lui est sien : il n'est que le porte-parole d'un discours vieillissant et absurde. La preuve en est davantage qu'il confond sur-connexion et jeux vidéo.

Le monde tenait qu'à un fil, maintenant qu'il est en wi-fi
Qu'est-ce qui le retient d'aller tout droit dans le mur ?
On simule, on x-boxe, on psp et on wii,
On refait l'avenir pour fuir le futur

Déjà, il n'y aucun rapport entre jeux vidéo et le fait qu'on perde en sincérité et en authenticité dans les échanges. La musique commence autour du fait de s'inventer une vie, de ne pas être soi sur cette surface anonyme qu'est Internet. Mais s'il regrettait le fait qu'on ne lise pas, ce qui le faisait doucement glisser dans la caricature du "c'était mieux avant", il tombe ici dans le véritable cliché, le stéréotype du Papy démago' qui gueule contre tout sans aucune réflexion ni compréhension du monde actuel.
Cracher contre les jeux vidéo, je le prends mal, surtout quand ça appui un discours médiocre. Non, il n'y a pas de raison de dire que jouer empêche de voir le futur. Cette chanson fait un énorme amalgame : en effet il parle de divertissement, du fait de se détourner en faisant autre chose ou en s'inventant une vie qui nous fait fuir de notre réalité, mais dans son "Trop de tout", il mélange absolument tout. 
Le pire, dans tout ça, c'est l'impunité dans laquelle il diffuse ça via Facebook : comment peux-tu rester crédible dans un discours anti-Facebook si tu dépends de cet outil ? Certains me diront : "Mais c'est subversif, tu ne comprends pas !". Mais je répondrai que, vous, n'avez pas saisi le sens ce "subversion".

Nill Klemm est l'exemple typique de l'artiste qui fait dans l'hypocrisie et la démagogie par défaut. Voyez plutôt : vous êtes un artiste peu connu, par quel moyen allez-vous devenir pro et vous attirer un public correctement ?
- En faisant du clash ou du buzz négatif (passer exprès pour un crétin façon Michael Vandetta), mais ce n'est pas durable.
- En étant droit dans ses baskets et en proposant un contenu et un message propres à soi, mais c'est s'exposer à une incompréhension, au risque de ne pas être suivi.
- En s'inscrivant dans une globalité, dans une communauté (ici, la plus large possible), par un fond et une forme convenus et, surtout, un message qui va brosser dans le sens du poil.
Nous avons donc un musicien qui n'a fait ici qu'une musique pour faire plaisir. C'est le risque zéro, l'implication artistique au plus bas, d'où l'idée de "suicide créatif" : il n'y a rien de son auteur. On pourrait complètement contredire son propos par sa propre pratique dans le monde actuel (utilisation du Net, jouer sous un pseudonyme, se créer un personnage de scène), mais on serait à côté du vrai : il a voulu s'assurer une première fan-base. C'est pourquoi je parle de "chanteur tournesol" : il va du côté de la lumière de l'opinion publique.


Ce premier point permettra d'expliquer bien des choses pour d'autres créateurs. Seulement, cette observation n'est qu'une première étape : on en verra bien plus les prochaines fois !

A bientôt !

vendredi 13 février 2015

Télé-crochets : tremplin ou guillotine ?

 
Quelle joie de triompher ! Et que reste-t-il après une victoire ? (source)


Bonjour à tous !

Avec tous ces guides, ça faisait longtemps qu'on n'avait pas jeté un oeil du côté des actualités. Et je sais ce que vous pensiez : "Comment, il n'est pas en train de dire quoi que ce soit de la télévision, à dire qu'il y a des trucs qui nous trompent et des mensonges un peu partout ?"

Eh bien on va revenir avec nos gros sabots sur le thème de la télé', justement. Si j'ai fait le tour des média et des journaux d'informations, il faut voir qu'en ce moment, à la télé', ça cogne sévèrement autour d'un programme qui a fait forte impression il y a une époque et qui, peu à peu, perd en strass et en gloire si tant est que les formules ne sont pas réactualisées.

Zoom sur un phénomène aussi tenace qu'un feu de brindille : les télé-crochets.

Pourquoi "aussi tenace qu'un feu de brindille ?"

Le télé-crochet, c'est la recette miracle pour combler quand une télé ne sait pas quoi faire. Tu prends n'importe quel gusse (on ne paye pas d'acteurs), pour proposer n'importe quel numéro (on ne paye pas de chorégraphes, ou beaucoup moins) afin de faire une phase de sélection (extensible à l'envie) en vue de phases finales (on ne paye pas pour du scénario, c'est du tout cuit). 
Vous m'avez vu venir : ça ne coûte pas grand chose et, mieux que ça, ça rapporte. Puisque n'importe quel "Mr tout le monde" peut prétendre à se présenter, le vrai Mr tout le monde est invité à voter pour supporter son candidat. A coups de tirages au sort, les appels et sms vont bon train, et ça engrange bien comme il faut.
C'est bel et bien une tambouille qui est simple et efficace. Le souci, avec une tambouille, c'est qu'entre le succulent et l'infect, il n'y a qu'un pas : celui du rebrassage intensif et ininterrompu.
Autrement dit, prenez une raclette : c'est excellent, une raclette. Mais mangez ça tous les jours à tous les repas, l'indigestion vous guette, et le dégoût de ce plat par la même occasion. Changez quelques éléments qui vont drastiquement modifier votre expérience de la raclette, et ça sera une autre affaire ! "Comment, on peut utiliser du munster bien coulant et des tranches de bacon pour aller avec mes patates ?"

Par "aussi tenace qu'un feu de brindille", je veux montrer qu'un télé-crochet a un devoir IMPERATIF de se renouveler. Et si La France a un incroyable talent de cette année a connu des records de baisse d'audience, c'est parce que le show manque de renouvellement. Un golden buzzer, ce n'est pas ça qui va donner envie à tous de voir le spectacle. Mais des numéros différents, une autre mise en scène, des principes narratifs autres vont à nouveau susciter la curiosité.
Malheureusement, la télé-crochet se heurte à son style : voix-off convenue, effets de mise en scène éculés, présentation qui ne trompe plus personne. Oui, il y a des pré-sélections et, non, ce n'est pas vraiment Mr Tout le monde qui passe.
Ces procédés de style ont été interrogés par Usul dans un épisode à part : en questionnant la façon de mettre en avant du réel, il met en avant combien la vidéo-réalité pose problème.


Mais quand les shows live sont saccadés de mauvaises lectures de prompteurs et de moments de silence inadmissibles (ben oui, un télé-crochet, ça se prépare, même si c'est une "recette miracle"), ça commence à faire lourd. De plus, ces couacs s'étendent sur deux heures entrecoupées de trois quarts d'heure de pub, tout cela pousse les téléspectateurs à zapper si rien n'est renouvelé.

Il faut comprendre qu'il y a autre chose qui gêne, ou tout du moins qui me dérange : le télé-crochet n'apporte finalement pas grand chose en comparaison de ce qu'on peut attendre.

Les télé-crochets : des tremplins vers la chute ?

Très sincèrement, je n'ai aucun souvenir d'une personne ayant percé, duré après un télé-crochet et, point essentiel, ayant réussi à proposer quelque chose d'artistiquement novateur. Pourtant, dans ces émissions, c'est bien l'originalité et la fougue qui semblent de mise.

On me dira que Jenifer reste visible via The Voice. Je dirais que Jenifer, point de vue chanson française, elle n'a fait aucun miracle.
On avancera que Christophe Willem produit toujours. Même chose que Jenifer : rien de bien transcendent en matière de musique, ça reste de la pop très convenue.

Ce qui me sidère, c'est souvent le gouffre qu'il y a entre ce qui est proposé durant le show, et ce qui se fait après la victoire ou le fait d'être repéré.
Je vais prendre ainsi l'exemple d'Erick Bamy (paix à son âme, je ne savais pas qu'il était mort le 27 novembre). Ce chanteur, longtemps dans l'ombre de Johnny Hallyday pour avoir fait partie de ses choristes, s'est décidé à passer sur le devant de la scène de l'Incroyable Talent afin de présenter sa Soul, sa touche musicale.
J'ai été conquis par sa voix et sa prestance, et j'attendais beaucoup de lui.
Seulement, l'industrie française a cru bon de nous refourguer, malgré un trio agréable avec Vigon et Jay, un énième album de reprises Soul honteusement convenue. On déplorera l'écriture pauvre, d'un aspect Pop anti-créatif, tiré à quatre-épingles pour coller aux standards. Aucune audace, aucun Blues.

On me rétorquera que je suis difficile et intransigeant en matière de musique issue de France. C'est que je suis fâché contre l'industrie musicale française, qui estime que les gens ont des goûts de chiottes et ne sont capables que d'écouter des ritournelles sans aucune recherche musicale ou littéraire (pour les paroles, en d'autres termes).
Je vais ainsi prendre l'exemple de Kendji Girac. Dans The Voice, je ne regarde que les auditions. Parce que nous sommes encore à la frontière où les candidats peuvent proposer leur musique. Ensuite, avec les coachs, c'est le début de la "labelisation", sous-entendu le début d'une normalisation selon les règles des labels, les mêmes qui nous prennent pour des cons en matière de musique.
Puis vient le moment de l'album... Kendji avait réellement un charme, j'avais apprécié sa voix. Autant j'ai qualifié Soul Men d'album de reprises honteuses, autant les singles de Kendji sont une grande foire. On ne peut pas en vouloir à l'artiste même, mais bien plus à cette industrie qui s'empare de jeunes talents pour en faire des produits purement commerciaux.
Je vais ainsi partager la vidéo de Mister JDay. Ce youtubeur, qui a analysé très justement le cas de Kendji Girac, a réalisé d'autres analyses sur les clips. Il met un coup de projecteur sur les pratiques des labels : clips et communication sont décryptés.


Il présente ainsi les raisons pour lesquelles je me détourne des grands labels : c'est du marketing, pas de la culture. Je veux bien une petite chanson à la con de temps en temps, comme celle de Hate for Pain ci-dessous. Mais il ne faut pas que ça, la musique a tant d'autres choses à proposer, surtout à l'heure d'Internet.

De la pure Pop : paroles idiotes, ritournelles qui rentrent en tête. Oui, l'instru est Metal, mais ça reste de la Pop (non labélisée).

Là, nous avons évoqué des triomphes... 

Mais qu'en est-il des grandes déceptions ?

Durant des moments de flottements pour faire attendre le moment du dépouillement dans les phases finales, et pour bien inciter encore à voter, ce que les télé-crochets aiment évoquer, ce sont les triomphes d'anciens candidats, voire les inviter pour qu'ils produisent quelque chose.
Cependant, on n'évoque pas assez ceux à qui on a promis quelque chose qui n'est jamais venu.

Si je veux évoquer cela, c'est que je me suis senti "trahi" par les mots énoncés et la mise en scène effectuée lors de la saison 2013 de La France a un Incroyable Talent lorsqu'un certain candidat est arrivé...

Cet homme est Charles Brutus McClay. Dès sa présentation, on sent qu'il a quelque chose de particulier : une telle introduction signale que cette personne doit toucher le téléspectateur. Et ils ne se sont pas loupés : il est un féru de musique, il a joué durant les années 70, pieds nus, pour l'amour de son art, puis s'est rangé pour vivre sa vie de famille.
Il souhaite revenir sur le devant de la scène par la grande porte, laquelle a, à son seuil, un vieil et grand ami de l'époque : Dave.
 
Ce chanteur ami de longue date de Dave ? Voici des retrouvailles charmantes et émouvantes, parfait pour la télé !
Alors, il chante. Et je tombe sous le charme de cette voix Blues, de ces tripes qui manquent à la chanson française proprette et éculée.

Dave, lui aussi, en verse une larme, parce que ce sont les souvenirs, la magie du temps brisé, éclaté ! Et c'est tellement fort qu'il lui promet un grand retour sur la scène musicale française.
Charles Brutus passe en demi-finale, et c'est l'élimination pure et simple : le public français n'a pas suivi (alors que, moi-même, j'avais voté, merde !).

Et depuis ?
Rien, nada, néant absolu, silence radio.
Charles Brutus a pourtant une page Facebook, laquelle ne contient en dernière nouvelle que le post que je lui avais écrit le soir-même du live en demi-finale et qui l'avait beaucoup touché.

Ceci est ma plus grande déception. Autant, je veux bien qu'une personne ne trouve pas grâce auprès du public et ne fasse plus rien derrière : on a loupé le coche, dommage. Mais, dans ce cas précis, Dave avait promis, à la télé, sans aucune coupure au montage, que Charles serait engagé et qu'il ferait à nouveau de la musique.
Les soucis peuvent être nombreux : revirement personnel de la part du chanteur musicien, calme plat et froideur des labels qui ne veulent pas aller vers autre chose, manque de relance par Dave ? On n'en saura rien. Et de monsieur McClay ne reste qu'à se procurer en occasion ses disques, difficiles à  trouver.


En définitive, que retenir des télé-crochets ? Si on laisse de côté le confort des directeurs de programmes qui se content de refourguer les mêmes formules à chaque fois, on pourrait se dire que c'est l'occasion de découvrir de nouveaux talents. Mais il n'en est rien ! C'est avant tout une vitrine pour les grands labels et les grands acteurs de la "culture" pour piocher sans se fatiguer les prochaines grosses sensations en lorgnant les audiences. "Tiens, à The Voice, ça vote en masse pour Girac, on tient notre sensation à venir !" Et ils ne se loupent pas : avec une communication à grand tapage, ils parviennent à propulser n'importe qui avec n'importe quoi.
Car ce sont bien les labels et autres dirigeants qui proposent aux jeunes talents dénichés de faire des choses inexpressives et éculées. Après, certains s'en affranchissent et deviennent de vrais créateurs qui affirment et revendiquent leur pensée, comme Julien Doré (avec une certaine limite tout de même).
Quoi qu'il en soit, sans forcément parler de tremplin ou de guillotine, le cas des télé-crochets nous situe à nouveau face à cette expression mille fois entendue : tout ce qui brille n'est pas d'or.

vendredi 6 février 2015

Le recueil version 2.0 !

Bonjour à tous !

C'est avec un immense plaisir que je vous annonce la venue d'une nouvelle version du recueil. Entièrement repensés, les Contes urbains font peau neuve afin de mieux correspondre aux attentes. Dans un souci d'une expérience que je veux la plus agréable pour tous, j'ai pris soin de proposer une formule concentrée sur les nouvelles, avec deux textes inédits ("Le Souffleur de vers" et "Le vagabond").

Ce recueil s'intitule MétronHomme et se trouve disponible, en plusieurs formats, sur le dropbox du blog : https://www.dropbox.com/sh/pn5o05r0mvvs0kj/AABAaO6L_jQsIams122wtkrua?dl=0


Pourquoi un tel changement ?

Comme j'avance en indépendant, je mise beaucoup sur les retours afin de corriger ce que je veux transmettre. Dernièrement, j'ai participé au Prix Auto-Edition 2015 : une aubaine pour des écrivains amateurs ou professionnels. Car,  outre la chance d'être promus, il y a dans tous les cas un retour du comité de lecture. Ces remarques ont été pertinentes, justifiées et très formatrices : j'ai vu ce qui coinçait, ce qui gênait les lecteurs, et j'en ai pris note afin de rectifier le tir.

Ainsi, on fait place nette, on revoit les objectifs : concentrons-nous sur la fiction. Réorganisons le recueil autour de trois parties :
- Calmes et tempêtes
- I wanna rock'n roll all night !
- Dans l'ombre des songes : à la vie, à la mort !
Et, surtout, profitons-en pour proposer des textes écrits courant 2014 !

J'ai aussi découvert que le titre pouvait porter à confusion. Après réflexion, j'ai choisi MétronHomme pour les raisons suivantes :
- le métronome : cela évoque la musique mais aussi le tempo des secondes, le temps qui passe
- l'Homme : le cœur même du recueil et des textes, ainsi qu'un clin d'oeil à l'album Human du groupe Death



Je profite aussi de l'occasion pour remercier, une fois encore, les artistes Maxima, auteur de l'illustration, et Kerlhau pour me soutenir depuis toutes ces années !
Je vous remercie vous, aussi, internautes, qui êtes de plus en plus nombreux à suivre le blog : vous êtes superbes !

A bientôt pour un nouvel article.

dimanche 1 février 2015

BONUS : Le Speedrun et le Tool-Assisted Speedrun pour les non-initiés : La professionnalisation, faire de sa passion un métier ?

 
Tous à la Batcave pour approfondir les dessous du Speedrun ! (source)

Bonjour à tous !

Suite à une conversation Internet avec Yann Chauvière (CœurdeVandale / CdV), j'ai souhaité établir un article autour de la question de la professionnalisation des joueurs, thème vaguement effleuré auparavant sur le guide.

Je tiens à remercier grandement CdV pour sa coopération et les réponses qu'il m'a apportées : je sais que Speed Game et d'autres préparations (tels que les conférences du Stunfest) réclament beaucoup de temps et d'attention, et je suis ravi qu'il ait pris de son temps libre pour contribuer à compléter ces articles autour du Speedrun et du TAS.

On va ainsi, dans cet article bonus, étudier de plus près l'idée de professionnalisation des joueurs : on va se concentrer sur les runners en comparant aussi avec ce qui se fait dans l'e-sport. L'expérience de CdV en tant que joueur dans les années 90, puis de commentateurs, va permettre de donner un regard aiguisé sur ces pratiques.

Bref historique de l'évolution du statut de runner

Dans les années 80-90, la pratique du jeu vidéo à haut niveau se concentrait autour du scoring, c'est à dire établir le score le plus élevé. Ceci se faisait surtout dans les salles d'arcade : le but pour les joueurs était d'entrer dans les leaderboards (tableau des champions) pour chaque borne d'arcade. Cette pratique est apparue dès l'émergence des jeux vidéo dans des salles. Mais, surtout, c'était une pratique locale : cela dépendait des salles et de chaque borne. Il n'y avait pas de leaderboard national. 

Tu veux un record sur ce jeu ? Accroche-toi alors !
Peu à peu, les joueurs ont essayé de terminer des jeux rapidement. En dehors du score et de ce but d'entrer dans le leaderboard, le chrono in game (le temps chronométré dans le jeu) poussait à descendre les chronos, comme je l'ai déjà signalé pour un jeu comme Super Metroid. La pratique était déjà exigeante. Toutefois, il était très difficile de comparer les temps.
En gros, l'objectif était de faire un bon temps, mais l'idée de faire le meilleur temps est venu plus tard, puisqu'il n'y avait pas de niveau national, encore moins international. Seuls quelques magazines permettaient d'établir des leaderboards nationaux : mais cela demandait que les joueurs envoient leur temps, leurs scores, avec des photos ou des enregistrements. Certains même avaient sans doute des records mondiaux sans le savoir, puisqu'il n'y avait pas l'ouverture d'Internet pour se comparer entre joueurs.

Avec tous ces éléments, on comprend que la discipline du « Speedrun » n'existait pas encore. Sans Internet, il n'y avait ni rang mondial, ni terminologie. Internet a permis de forger les communautés, par les discussions dans des forums spécifiques, les joueurs ont pu échanger et comparer des techniques. Rappelons que les communautés de Speedrun se sont forgées naturellement autour de jeux qui avaient déjà une notoriété au moment de leur sortie. Comme ces jeux avait été beaucoup appréciés des joueurs (tels que les Mario, Megaman, Metroid, Sonic ou Zelda), ils avaient passé du temps dessus et avaient développé des techniques. Internet a permis à la communauté du Speedrun de s'organiser comme culture, laquelle a été rendue connue par jeux populaires.
Avec l'émergence progressive du format vidéo, les performances ont gagné en diffusion. La vidéo d'un record était désormais partagée et conduisait les joueurs à reproduire et à améliorer davantage leurs performances. Cependant, puisque les plate-formes de partage de vidéos étaient encore à leurs débuts, cette diffusion se trouvait limitée.

Si, avant, le but était simplement de finir ce jeu sur la borne d'arcade, avec les techniques avancées on peut aller plus vite ! Ceci est un TAS.

Quelles évolutions pour la diffusion du Speedrun à l'heure d'Internet ?

Jusqu'à fin 2000, notamment avec Youtube dès 2007, le Speedrun a pu s'organiser autour de la vidéo disponible à la demande. J'ai souvenir, comme ça, d'être tombé, début 2009, sur le TAS de Mario 64 en un peu plus de 5 minutes. Le problème qu'il y avait à l'époque, c'était que les termes n'étaient pas encore bien définis ni bien compris. Je l'ai déjà évoqué, mais l'idée de « TAS » n'a été pleinement saisie qu'il y a quelques années.
Dans ce mode de diffusion qui n'avait pas encore été entièrement maîtrisé, aucun modèle économique n'était viable, car Youtube n'avait pas de pub et ne permettait pas la publication de vidéos de plus de dix minutes. Cette limitation empêchait, par conséquent, la diffusion de Speedruns plus longs. Il a fallu attendre les environs de 2010 pour que Youtube permette la monétisation par des partenariats publicitaires et la possibilité d'uploader des vidéos de plus de dix minutes.

Par la suite est apparu, courant 2011, le site Twitch, qui a contribué à mettre en avant la préparation d'un Speedrun, l'entraînement et les multiples essais : ça a donné des opportunités à des joueurs de se montrer par le live. L'avantage de cette plate-forme est que les personnes suivent des tentatives dans l'éventualité que le joueur établisse un nouveau record. Ainsi, les spectateurs en viennent à s'attacher à la personnalité des runners, puisqu'ils peuvent les suivre fréquemment.

Peut-on vivre du Speedrun ?

En soi, aucun joueur ne vit de la seule VOD sur Youtube : les pubs ne rapportent que trop peu d'argent.
Il y a aussi la possibilité d'abonnements et de dons via Twitch. Le souci d'un tel dispositif est qu'il dépend de la notoriété du joueur, laquelle peut être gonflée par la notoriété du jeu joué. Ainsi, le joueur Santzo a connu un effet boule de neige en profitant de la hype autour des Dark Souls. Ses performances ont été suivies par plusieurs personnes, dont certaines ont fait des dons de 30$ pour que Santzo puisse approfondir le divertissement qu'il proposait.

On parle de Santzo : voici ce qu'il propose ;)

Dernièrement est apparu un autre système de revenu et de diffusion des performances avec le Gaming Live, les chaînes de stream par le site jeuxvideo.com. Cela fonctionne comme pour la télévision : le site, selon une ligne éditoriale, propose des programmes à des heures précises. Le joueur est payé pour ses lives en fonction de la pub. C'est un modèle où des tiers négocient des contrats publicitaires pour assurer la transmission d'un divertissement. Ils font faire des grosses news pour attirer plus de spectateurs. Il y a donc une gestion entre publicité et Audimat.

Qu'en est-il du Speedrun à l'avenir, une évolution vers ce qui se fait en e-sport ?

Ce qui se fait dans l'e-sport est beaucoup plus difficile à réaliser dans le Speedrun. Déjà, l'e-sport répond à des jeux actuels sur lesquels il y a de l'actu et des championnats, des oppositions… On est ainsi dans une logique très sportive. On retrouve ce qui se fait dans les sports de ce type avec l'opposition, donc il y a une habitude chez les personnes qui suivent ce type d'événements. De plus, pour l'e-sport, il réside un intérêt économique : les développeurs doivent communiquer autour de leur jeu et nourrir la publicité.
Dans le Speedrun, les jeux ne sont plus forcément d'actualité. De fait, le développeur n'a pas de raison d'aider les runners en soi car il n'y a aucune communication derrière, il n'y a pas d'intérêt pour eux-mêmes.

Si toutefois le format des races tend à se démocratiser, le sponsoring des runners n'est pas encore de rigueur. Ce système-ci s'effectue surtout pour le Let's play qui, malgré tout, reste une vitrine publicitaire pour les éditeurs : le Let's Play donne de la visibilité au jeu. C'est dans l'instantanéité : la personne se fait engager pour jouer et plaisante autour du jeu, c'est assez direct.
Le Speedrun, à côté, s'effectue après une longue expérience. Il y a un réel amour du jeu, le temps a été pris pour jouer.
Aussi, le Speedrun se fait sur des bons jeux, lesquels ne nécessitent aucune pub. Si un mauvais jeu a souvent besoin d'effets et de mensonges pour se faire vendre, le Speedrun ne va pas dans ce sens : l'objectif n'est pas de mentir, de truquer, mais de montrer ce que la jeu a à proposer en matière de techniques en vue d'une performance.

D'abord un Let's Play, enfin une petite intro du jeu, puis un Speedrun, réalisé par Kilaye.

Bilan des possibilités.

Twitch est un support sur lequel il est difficile de se faire de l'argent. D'ailleurs, les joueurs qui streament ne se disent pas « runners » mais streamers : ils insistent sur le fait qu'ils montrent quelque chose.

Gaming Live fonctionne bien mieux que le fait de streamer, puisqu'il y a un intermédiaire. Ça apporte une aide ainsi qu'une fan-base toute donnée.
On peut citer dans Gaming Live la présence de pros : Ken Bogard et MisterMV, ce dernier ayant été runner. Aujourd'hui, ils se consacrent davantage au commentaire de Speedruns. Cette activité permet de rapporter un peu plus d'argent car, si l'on devait faire une estimation de ce que gagne un runner avec les dons et abonnements, ça doit tabler autour de 500€, ce qui n'est pas suffisant.

Actuellement, il n'y a pas de réelle possibilité de professionnalisation pour un joueur, c'est encore assez hasardeux et fluctuant. Par ailleurs, dans le cadre des événements, les runners agissent dans le plus pur bénévolat et ne gagnent absolument rien lorsqu'ils viennent réaliser des Speedruns en live.
De fait, très souvent, les joueurs ont un autre boulot à côté.

Si, à l'avenir, les joueurs étaient conduits à devenir de vrais professionnels, il faudrait d'abord qu'ils affirment et valorisent leur travail, c'est-à-dire faire valoir le potentiel « divertissement » de leur pratique. Par le côté de préparation, d'entraînement, de streams et d'événements ponctuels en vue d'une performance, ils se rapprochent des intermittents du spectacle. Le runner crée du divertissement et du spectacle puisqu'il donne à voir. Ce statut serait un très bonne chose pour eux. Twitch et Internet permettent de préserver le lien entre joueur et spectateur. Ce serait bien de rendre ce lien possible par un soutien de l'Etat, comme ils le font pour la musique et d'autres personnes qui produisent du divertissement. Comme eux, les runners peuvent apporter du spectacle : c'est bien ça qui amène les gens à voir des Speedruns et TAS et à suivre les sessions Twitch de façon assidue pendant plusieurs heures, ainsi que les grands rassemblements « Games Done Quick ».

Une performance très orientée sur l'aspect spectaculaire.

Conclusion

Comme j'ai pu le constater avec l'aide de CdV, le statut du runner n'est absolument pas un eldorado : il y a encore beaucoup à faire avant de voir le joueur speedrunner comme un professionnel à l'instar de nombreux e-sportifs de Corée du Sud notamment. 
Sans soutien des développeurs, puisque le Speedrun ne permet pas de faire la vitrine d'un jeu au moment de sa sortie, ni soutien extérieur régulier, le runner se retrouve dans une situation fluctuante. Cependant, avec la popularisation de ces pratiques et la nouvelle compréhension qui s'en fait au fur et à mesure dans l'opinion, on pourrait voir apparaître une redéfinition du Speedrun et du TAS comme divertissement spectaculaire, fédérateur et culturel autour du jeu vidéo. Pour cela, il faut que les joueurs développent leurs cercles d'influence et multiplient les démonstrations en live, afin d'accroître l'accessibilité et la visibilité des runs.

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