samedi 21 mars 2015

Critique d'album : Royal Blood, ou "Mettons tout le monde d'accord"

 Le titre phare du groupe, et celui par lequel je les ai découverts.

Originaire du Royaume-Uni, Royal Blood a fait forte impression en 2014, et leur premier album était attendu avec enthousiasme, appuyé notamment par une communication des média anormalement léchée pour ce qui est annoncé comme "un nouveau visage de la Pop, teintée d'un Rock aux inspirations Garage Rock, Grunge, et aux accents Blues façon Soundgarden".
Communication qui intrigue, puisque je suis tombé sur ce groupe par Canal +.

Voyons donc de plus près une formation pas comme les autres et qui fait beaucoup de bruit, vu qu'elle a remporté un prix lors du BRIT 2015.

Un duo qui relance le Pop Rock

Première chose intrigante et qui en impose : malgré le relief dans leurs compositions, et malgré le son qu'ils balancent, Royal Blood n'est qu'un duo. Nous avons un batteur et un bassiste-chanteur.
Comme l'ont dit plusieurs média avant moi, des duo batteur et guitariste-chanteur, c'est connu, et même devenu assez courant, assez pour qu'on en fasse plus cas aujourd'hui. Mais faire du Rock avec seulement une basse et une batterie, ça présage quelque chose de particulier : même avec des pédales pour modifier le son de basse en guitare, mettre l'accent sur des instruments de rythme tels que la basse et la batterie placent le curseur sous le Blues.
Le Blues est la base de toute la musique contemporaine populaire (entendue non-savante), laquelle a donné le Jazz et tout ce qui s'ensuit. Dès le départ, le Blues a imposé un aspect important du rythme, et a situé les percussions et la basse dans un rôle important : la batterie donne forcément le tempo et le rythme, tandis que la basse va donner du volume avec ses graves. 
Ce Blues, parfois oublié, est revenu plusieurs fois en force lorsqu'on retrouve ces tonalités particulières, comme dans le Rock psychédélique (Jimi Hendrix), le 70's Blues Rock (ZZ Top, Cactus) le Doom Metal (Black Sabbath, Candlemass, Solstice), le Stoner Rock (Grand Magus, Sheavy, Fireball Ministry, Chron Goblin) et le 90's Blues Rock (Soundgarden sur Superunknown).



Ainsi, par ce curseur, Royal Blood parvient à lier une instru impeccablement forte, absolument Rock, à une voix et un chant typiquement UK Pop. On se retrouve avec un savant mélange de standards de la Pop anglaise avec un son bien gras, qui a subi toutefois un mastering idéal puisqu'on reste dans une certaine subtilité dans le grain sonore : ça ne dégage aucune crasse, c'est propre tout en étant chargé et solide.
En résulte, en terme de technique, à des mélodies pêchues bien trouvées, à des titres variés, à une rythmique maîtrisée qui fait bien bouger la tête.
C'est tout simple : ça envoie façon Blues Rock, mais avec le grain Pop qui rend cela plus accessible - mais pas moins intéressant.

 Du lourd !

Pourquoi mettent-ils tout le monde d'accord ?

Vous le savez si vous avez jeté un œil à mon guide du Metal pour les non-initiés, je suis très sensible à la musique qui a des riffs carrés et des rythmes solides. J'apprécie aussi énormément la charge émotionnelle du Blues qui donne ce côté "gras", comme je dis.
Ici, les titres ne dépassent pas les 4 minutes : nous sommes dans du format Pop. Les compositions ne vont pas dans le Buff ou dans les solos de Blues à répétition, elles restent dans une concision. Cependant, l'ensemble de l'album dégage une variété, ce qui montre que leur formule en a sous le capot.
Outre ce format, les pistes et l'écriture générale sont Pop. La manière de composer n'est pas étrangère à ce que d'autres amateurs de Pop Rock du Royaume-Uni écoutent. Nous avons un album qui peut satisfaire aussi bien les amateurs de Rock musclé, avec une touche de modernité, et les habitués de Pop un peu audacieuse. 
Bien sûr, ceux qui sont allergiques au Rock auront du mal à rentrer dedans, mais ça vaut le coup de tenter l'expérience. Qui sait, peut-être cette expérience s'avèrera payante ? Peut-être n'avez-vous écouté que du Rock moyen, voire médiocre ? Quoi qu'il en soit, écouter Royal Blood, c'est écouter un groupe approuvé par plusieurs amateurs de ce genre : c'est du bon !

Du soft.

Décidément, le Royaume-Uni n'en a pas fini avec les bonnes surprises qui relancent la musique. En 69, les King Crimson, Black Sabbath, Deep Purple, qui ont marqué le Rock à cette époque. Les Saxon, Raven, Venom ou Iron Maiden qui ont donné du boost au Metal des années 80. On n'oublie pas le pan Punk avec Sex Pistols. Tout cela, ce sont des anglais. 
Comme d'autres pays, ce territoire reste le lieu de naissance de bien des surprises. Que l'industrie musicale anglaise ait permis l'émergence et le succès de Royal Blood est une excellente chose : cela prouve qu'on peut être populaire sans faire dans la niaiserie, sans aller dans la facilité et les sonorités convenues. Au contraire : jouer à deux seulement est une contrainte, laquelle a permis une économie de moyens et, donc, une authenticité plus forte.

La Pop n'est pas une excuse pour la paresse musicale. Et l'industrie française grand public ferait bien de s'inspirer de ça, au lieu de refourguer des Enfoirés à la masse (je ne pardonnerai jamais leur reprise de Kiss).

 Abominable. Surtout que les média et tous ceux qui gèrent cette industrie en France ont été les premiers à cracher sur le Glam Rock des années 80 en disant que c'était immonde et pas de la musique...

dimanche 15 mars 2015

Hypocrisie et démagogie, ou "Foutez-nous la paix !" : L'illustrateur usurpateur

En tant qu'artiste, on ne peut pas rester comme cet homme. (source gif)

Bonjour à tous !

Pour terminer cette série d'article en trois temps, et après avoir fait en bonus un détour essentiel sur la définition de la subversion, nous arrivons à un exemple qui réunit tous les défauts des précédents créateurs, mais en ajoutant à cela une hypocrisie des plus éhontée.
Disons, pour être franc, que j'ai commencé cette série pour surtout évoquer ce personnage. Si j'ai pu parler de Nill Klemm et Cyprien avec rigueur, j'ai toutefois concédé quelques points positifs dans leurs travaux : après tout, soit la démagogie se justifiait dans la démarche, soit elle n'était pas forcément volontaire, mais elle était surtout galvaudée et reprise à l'excès par des spectateurs.

Le cas que nous nous apprêtons à étudier dépasse les limites du tolérable : on est dans du foutage de gueule à un niveau rarement atteint. Comme dit, si le ton sera acide, je serai le plus juste possible, je n'avancerai rien sans argument.

Penchons-nous sur le cobaye Luis Quiles.

L'huile sur le feu, ou celui qui nourrit ce qu'il est censé abattre

Luis Quiles est un illustrateur au style particulier : il revendique son trait direct, son imagerie provocante et sale, et souhaite signaler les travers d'une génération technophile ainsi que la sur-présence des réseaux sociaux dans notre société.
Ainsi, il se concentre particulièrement sur la dénonciation et la critique : il veut présenter au public la laideur de ce qu'on utilise tous les jours, la face cachée de ce que l'on pense inoffensif.
En d'autres termes, il se place en artiste subversif qui veut renverser les règles d'un ordre social, d'un paradigme établi.

Un exemple de ses productions.

Mais ça, c'est ce qu'il souhaite... Et entre ce qu'il souhaite et ce qu'il fait...

Relâchons le kraken : décortiquons sa démarche artistique.

Luis Quiles est un démago' de la pire espèce : non content de critiquer les réseaux sociaux et les risques d'Internet, celui-ci ne dépend que de ces ressources technologiques. Sa page Facebook compte plus d'une centaine de milliers de followers, il a aussi utilisé le financement participatif afin de lancer son projet d'artbook. Je ne vais pas enfoncer une porte ouverte : mais comment veux-tu dénoncer et avoir de la crédibilité si tout ce que tu as, tu le dois à ce que tu critiques ?
Quiles passe pour un sale gosse : celui qui doit tout à Internet, mais qui avance qu'Internet est démoniaque.
Autant Cyprien avait le bénéfice de faire sa première création personnelle, et de débuter. Autant Quiles avoue vouloir faire tomber les travers du Net.

Je veux bien transiger, et dire : "Oui, on peut dénoncer le Net par le biais d'Internet. On peut avancer l'idée qu'il y a du bon et du mauvais."
Sauf que Quiles se moque de nous.
Dans plusieurs de ses travaux, il rend ridicule la quête du "like", et avance une esthétique dérangeante autour des filles désabusées dans le cercle pervers et pornographique de la recherche du buzz. Il veut vraiment nous faire passer le message que les réseaux sociaux et leur effet "je veux qu'on me remarque" poussent le narcissisme à aller dans des comportements indignes.
Sauf que lui aussi est dans une grosse quête du like ! Il est du genre à s'émoustiller et à être ravi lorsque la page "Unofficial : Banksy" a liké un de ses travaux. De plus, il a un tel manque de prise de recul qu'il ne voit pas qu'il est totalement à l'opposé de Banksy d'avoir une page Facebook : celle-ci est non-officielle. Alors qu'il dise "Banksy aime mon travail" prouve à quel point il cherche le like sans même tenter de comprendre si, oui ou non, ce point est légitime.
Mais concernant ce manque de distance, on y reviendra après. De fait, ce qu'il fait, c'est cracher dans la soupe, et la saupoudrer d'une dose massive d'hypocrisie : comment peut-on décemment dire "Facebook pousse à l'indécence par le like à tout va" si toi-même tu adores avoir du like et semble en chercher davantage ?!

L'hypocrisie en une image : son travail dénonce les "pipes" virtuelles pour avoir du like, mais lui-même est ravi du like obtenu, et en fait une publication.

Il nourrit ce qu'il dénonce, diffuse ce qu'il est censé combattre.

Là où ça va plus loin, c'est que cet "artiste" prétend défendre la condition féminine par la diabolisation de la pornographie et la volonté de flinguer les risques et dangers de cette culture déviante et malsaine. Sauf qu'il est lui-même dans cette démarche de like par le porno : autant les poses suggestives de ses personnages sont pour la dénonciation, mais comment expliquer le fait qu'il mette, sur sa page Facebook, les photos de sa copine quasiment à poil ?


Un décor de mauvais porno, une demoiselle à la plastique avantageuse largement mise en avant... Quelle est la démarche lorsqu'il poste ça sur sa page ?

On pourrait prétendre que c'est pour partager sa façon de travailler : il prend des photos de sa muse pour peindre ensuite. Soit, mais dans ce cas, il faut revoir la publication ! 
Une seule photo dans une position standard, j'aurais accepté. Mais plusieurs photos dans des positions aguicheuses, surtout en mettant en avant les attributs mammaires de la demoiselle, c'est donner de la culture porno pour avoir du like. C'est mettre en avant une image de la femme non pas en tant que muse, mais en tant qu'objet : "Cette copine, c'est la mienne, regarde ses gros boobs !"

Ce type est une caricature de ce qu'il critique : il dévoile sa copine comme les femmes qu'il souhaite défendre. Mais, non, c'est juste qu'il n'a aucune volonté de défendre la femme, il s'en fiche : il veut du like ! Il veut se faire connaître par la critique du porno, parce que ça passe bien, c'est démago. Il veut qu'on l'aime, d'ailleurs il est heureux quand on le remarque, en témoigne l'exemple avec la page de Banksy.

J'y vois un pervers narcissique, ni plus ni moins.

"Mais tu ne comprends pas, il fait de la subversion !"
Pas du tout !
PG Porn subvertit le porno avec un génie absolu : il en prend les codes et les renverse, en tordant le sexuel en comédie. Quiles ne renverse rien, ne remet aucunement en question les codes du système : c'est un gusse qui utilise les réseaux sociaux pour se faire connaître, qui passe par des messages éculés et déjà-vus. La critique de la culture porno ne date pas d'aujourd'hui : le Violent Pornography de System of a Down le fait parfaitement en 3 minutes. Ils critiquent le porno encore plus efficacement qu'en 22 dessins, avec la répétition appuyée, le dérangeant dans la musique singulière et les chants particuliers.



Outre son message des plus pauvres, il met en avant le physique de sa copine pour attirer les Internautes comme du papier tue-mouche. Ainsi, j'estime son "art" comme nocif : il se fait passer pour ce qu'il n'est pas.
Cet homme n'est pas subversif : sa critique des réseaux sociaux ne tient pas debout et se contente du strict minimum, d'autant qu'elle ne suit pas avec une action revendicative. Il ne guide pas le spectateur en vue de le diriger ailleurs et de le conduire à reconsidérer le système : il le fait rentrer dans un système pourrissant de pseudo-bonne conscience, de démagogie folâtrée et faisandée. Les personnes se retrouvent alors, de façon paradoxale, à recevoir un message anti-porno tout en ayant un déballage des nichons de la demoiselle.
Ce qui caractérise au mieux ce type, c'est cette illustration ci-dessous censée être second degré... Il parle ici de "ne pas se prendre au sérieux", sauf que, derrière, nous avons l'idée de diffuser "un message profond". Mais, non, cet homme n'a aucune profondeur : message éculé, démagogie non-réfléchie, paradoxe dans sa démarche, aucune prise de recul. Il n'a aucunement les qualités d'un artiste : il cherche juste à se faire mousser.



On pourrait encore une fois me dire que j'ai tort de m'acharner sur Luis Quiles. Mais j'ai réalisé cet article dans le but de signaler que, pour certains, l'hypocrisie va trop loin : dénoncer un fait en le nourrissant derrière est honteux. Se placer en subversif en réalisant un convenu des plus plats est abject, qui plus est avec une absence de réel esthétisme. C'est inadmissible. 
Parce que je ne vous ai pas dit : ce gars est capable de poster trois fois la même illustration, juste en changeant un élément. 

Voici l'illustration en question.



Ce type est fainéant à ce point que, pour les événements de Charlie Hebdo, il s'est contenté de prendre un vieux truc de son Portfolio en ajoutant une bulle à la con : mieux vaut ne rien faire dans ce cas, la démagogie est flairée à plusieurs kilomètres ! 


"J'ai mis une bulle pour montrer que je fais comme les autres, et ça me donnera du crédit auprès des gens", voilà comment je le perçois !

Son style est figé, il ne cherche pas à se dépasser en tant qu'artiste : il n'y a rien, absolument RIEN à garder chez lui. Si bien qu'il a "réalisé" ceci.


Sauf qu'on ne peut que donner raison à Deviant Art : comme on le voit dans sa démarche de "déballage", et comme nous l'avons observé en prenant un minimum de recul, il participe à cette culture du porno. Par ailleurs, cette réaction signale tout à fait l'état d'esprit de cet homme : il ne se remet absolument pas en question. Il ne s'interroge pas, il reste dans ses carcans pourrissants. Bien entendu, s'affirmer fait partie des qualités d'artistes. Mais un réel artiste doit chercher à se dépasser et pour cela il doit y avoir une remise en question de soi. Si un créateur ne se remet jamais en question, il ne mérite pas ce statut : il se moque du monde et sert la même tambouille par confort.
Son travail est abject, aussi bien dans le message non-assumé, dans la démarche paradoxale et dans le processus créatif.

Pourtant, et pire encore, il trompe son public : certains le considèrent comme subversif, comme talentueux et inédit. Rien de tout cela : il fait le buzz à un moment, mais il ne restera rien de sa critique, rien de son message. Parce qu'il n'y a aucune esthétique, aucune recherche, aucune volonté sur le long-terme : c'est la quête du like, le pornographisme de la femme et la démagogie comme direction à prendre pour suivre le vent de l'opinion.

Lorsque le vent aura tourné, son naufrage sera imminent.

BONUS : encore plus de démagogie dans cet article concernant l'Homme et la nature.

samedi 7 mars 2015

BONUS Hypocrisie et démagogie ou "Foutez-nous la paix" : La subversion

Exemple de subversion (source, à vrai dire on s'en fiche du site, mais je respecte la propriété intellectuelle)

Bonjour à tous !

Je profite d'un moment pour établir un article bonus en lien avec ce qu'on a observé, et ce qu'on observera, dans le groupe de productions sur la question de l'hypocrisie et de la démagogie.

En somme, quand on se frotte à la question d'un message, aussi bien dans le fond que dans la forme (ce qu'il dit et comment il le dit), on interroge aussi le ton employé : le créateur ira-t-il dans un format traditionnel et convenu, ou démodé et oublié, ou bien original et novateur ?

Dans le premier cas, on reste dans la canonique : le message est transmis directement sans véritablement vouloir choquer. Ce choix s'explique dans la volonté d'être compris de tous et d'apporter une adhésion sans trop de risque (Nill Klemm et Cyprien, notamment).

Dans le cas de reprendre un format démodé, on entre dans un autre registre de partage d'une pensée : volontairement, le créateur va prendre une méthode d'argumentaire qui intriguera. Après, s'il confronte cette méthode avec du contemporain, il effectue un renversement
Reprendre du vieux pour poser des questions sur l'actualité, ce serait, par exemple, faire une affiche de propagande façon guerre froide pour signaler les travers de notre époque, avec ses problématiques particulières. Ou emprunter la forme d'une poésie de Ronsard afin d'évoquer d'autres réalités au sujet de l'amour, notamment la romance par Internet.
C'est aussi ce qu'a pu être fait à l'époque humaniste : ainsi, Érasme, en prenant le style du discours des philosophes antiques grecs, a interrogé des valeurs de son temps dans l'Éloge de la Folie. Il y a un renversement à la base du style emprunté, accompagné de celui de faire l'éloge d'un tabou autour de la folie, jugée comme une démence et un travers démoniaque.

Dans le cas d'être original ou novateur, très souvent, on en vient toujours à une idée de renversement. Parce que ce qui fait mouche, ce qui intrigue véritablement et fait penser que "c'est original", c'est qu'on a changé les codes, montré les brèches dans les règles en vigueur. Le créateur dit "original" a su effectuer une redéfinition d'un paradigme, d'un système. Lorsqu'on a perçu Dali comme original, c'est qu'il a su renverser, changer des règles dans l'art (notamment son Corpus Hypercubus qui tranche avec la représentation canonique du Christ par ces volumes et perspectives). 

Dali, Corpus Hypercubus, pour montrer un renversement qui a signalé son originalité. Pas de subversion ici.  (source)
Dans le cadre de diffuser une idée, ce reversement consiste à guider en trompant : désigner une direction alors qu'on en fait emprunter une autre. 

Ceci est la subversion.

Cette introduction permet d'être clair là-dessus : on confond souvent ce qui est subversif avec ce qui est direct et désinhibé, sans gêne
Quand un message choque, surprend, déstabilise, on n'est pas dans le subversif : montrer un enfant mort de faim en train de souffrir, et signaler qu'il ne va pas bien, ça fait mal à notre conscience, mais ce n'est pas subversif. Au contraire, on est dans le canonique pur : montrer un travers pour donner mauvaise conscience, mettre en avant un moyen de rétablir la conscience (souvent, un appel aux dons).

Dans "subversion", on entend "renversement" et "aller au-delà". Un subversif ne va pas forcément partager une idée novatrice, mais va réussir à la conduire d'une manière étrangère qui va marquer.
Pour présenter quelque chose que je trouve subversif, nous allons prendre l'exemple de PG Porn. Leur slogan est simple : "Pour ceux qui aiment le porno sans le sexe". Leur but : prendre des situations clichés du film porno de base, et les renverser.

Un acteur qui exprime le contenu des scènes de sexe dans un style de comédie musicale.


Un "Bus de l'entraide comme excuse sexuelle" qui est effectivement un bus pour aider les personnes.


Un garagiste qui fait des sous-entendus sexuels sans rien sous-entendre.


Dans tous les cas, si le but est clairement comique, on sent un sarcasme palpable. Certes, des acteurs porno jouent dedans, mais on perçoit toute la vacuité des situations et de la pornographie en général. Les codes sont utilisés pour finalement les tourner en ridicule : le sexuel devient comique. C'est d'autant plus fort dans le cas de l'acteur qui se met à chanter : au départ, quand on m'a montré cette vidéo, j'ai vraiment cru qu'on m'avait mis devant un film porno. Puis, avec ce twist, tout devient hilarant.
On est dans le subversif. Car, à mon sens, le subversif opère lorsque le créateur dirige les personnes dans leurs habitudes, puis les trompe en les amenant dans un autre direction. Ensuite, les personnes sont surprises avec un message auquel ils ne s'attendaient pas.
Encore une fois : s'il y a renversement, bousculement d'un paradigme et d'habitudes, c'est subversif.
Si on est dans le buzz, le choquant, le direct et le convenu, ce n'est que du buzz justement, il n'y a rien de neuf.

Et, vous le verrez, cette précision que je viens d'apporter ici aura une importance capitale !
A bientôt pour le dernier article de notre série.

mardi 3 mars 2015

Hypocrisie et démagogie, ou "Foutez-nous la paix" : Le vidéaste

(source) "Oh mon dieu, ils veulent tous nous contrôler et nous avoir par leur TECHNOLOGIE !" ... PARANOÏA !

Bonjour à tous !

Souvenez-vous : la semaine dernière, nous avions évoqué le cas du chanteur tournesol ou, autrement dit, de l'opportuniste, c'est à dire celui qui va faire varier son discours pour ratisser large et attirer un maximum de clients. Comme il est dans une bonne pensée commune et démagogique, il ne risque pas de s'attirer les foudres de la majorité. Seuls quelques-uns viendront critiquer sa démarche, justifiée certes, mais intéressée et en plein dans les amalgames.

De manière générale, emprunter un message démagogique, quitte à jouer l'hypocrisie fine, permet de ne pas prendre de risque. Dans le cas de Nill Klemm, il le fallait : n'être peu connu est une situation difficile pour qui veut devenir artiste professionnel.

On arrive donc à lier ces deux idées : d'un côté, nous avons cette démagogie utilisée dans un but pour le créateur et, de l'autre, la réception par le public.
Et pour aller plus loin, nous allons prendre l'exemple d'un vidéaste très connu : Cyprien.

Semi-menteur, archi-meneur

Cyprien est un podcaster sur Youtube qui est devenu célèbre par ses vidéos ainsi que des collaborations avec Norman, Bapt' et Gaël, ainsi que les Golden Moustache. Puisqu'il a découvert les feux des productions web avec ces derniers, il s'est lui-même lancé dans l'écriture et la réalisation d'un court-métrage. L'exercice est périlleux, mais non sans filet : Cyprien a une fan-base solide, notamment par sa présence dans les réseaux sociaux ainsi que sa régularité dans les vidéos.

Peut-être ne me voyez-vous pas venir, mais quand je vous donnerai le titre de ce court-métrage, mon discours vous sera évident.

Voici sa production.


Je ne vais pas me concentrer sur la technique : Cyprien a produit quelque chose de solide, le jeu d'acteur tient la route et même si c'est convenu et peu audacieux en terme de réalisation, il a su écrire et raconter une histoire. En tant que création pure et simple, c'est du solide.

En terme de message et de produit culturel, c'est entièrement raté.

Nous tombons dans les mêmes travers que Nill Klemm : Cyprien balance en touche toute la technologie. Par le personnage du technophobe, il amène son webspectateur à prendre du recul avec la technologie pour revenir aux "vrais valeurs" du partage "à l'ancienne". En soit, je suis pour le rappel à se défaire un minimum de la sur-connexion. Seulement, quand on est un vidéaste qui dépend ENTIÈREMENT du médium Internet, de la connexion et des technologies, il est de mauvais ton de faire la morale en disant : "La technologie pousse à s'enfermer, c'est vraiment mauvais, il faut revenir à du traditionnel."
D'autant que, vu ce message, on pourrait chipoter : s'il est allergique à la technologie, exit la voiture. Oublie le téléphone de mamie : si la technologie d'aujourd'hui est bannie, celle du passé aussi. Un téléphone reste un téléphone, et à l'époque de son émergence a été dénoncée la perte du courrier au profit de la communication téléphonique.

Dur d'être moderne avec un discours réac'.

Ce message est absolument incohérent : on ne peut décemment pas rentrer dans une critique fermée et franche de la technologie lorsque c'est celle-ci qui nous a rendu célèbre. Les phénomènes de buzz et de sur-connexion ont hissé Cyprien là où il est. 
Pourquoi faire un tel discours démagogique ? Pour éviter la prise de risque et limiter la casse, sans doute.
Sauf que Cyprien a une fan-base : il n'aurait pas été nécessaire de faire dans la démagogie. Bien sûr que son "Technophobe" a fait mouche, mais il passe, par la même occasion, pour un hypocrite, alors que son but n'était pas là. Il voulait partager un message, mais il l'a fait d'une façon plus que maladroite.

Scumbag Steve, ou celui qui se moque du monde. "Est devenu célèbre entièrement grâce à Internet et aux objets technologiques / Fait une vidéo contre la montée de la technologie"

Quoi qu'il en soit, cette inégalité entre propos et personne n'est pas ce qui me dérange le plus. Là où Nill Klemm permettait de présenter la démagogie ainsi que ses tenants et aboutissants, Cyprien permet de signaler la réception d'un tel discours réac'.

Elle tient en deux mots : bonne conscience.

Ce que je trouve remarquable (ou minable), c'est la faculté de la plupart des viewers à être allé dans la direction de Cyprien. Je veux bien qu'il y ait une part d'émotion - le court-métrage est bien réalisé - mais lorsque l'on affirme "Ah la la, c'est vrai que la technologie nous mange petit à petit. On doit revenir à des choses simples" à partir de son iPhone, il y a un problème.
La plupart des commentaires directs suite à la publication de la vidéo font état d'une forme de regret d'un temps passé. Vous savez, il y a cinquante ans, quand on vivait d'eau fraîche, de non-violence, de non-technologie, de lectures sous les arbres, de sourires aux lèvres et d'égalité fraternelle ?
Bien entendu vous ne savez pas, parce que ce temps-là n'a jamais existé. On est dans le fantasme d'une nostalgie démagogique.

Ce discours démago' provoque une crise de "c'était mieux avant", suivi d'un bon passage de pommade de bonne conscience. 
Un tel message s'accompagne des réactions qu'attend un bon Papy démago' : regrette le passé, aujourd'hui c'est la mort qui te guette, c'est la décadence en marche. Seulement, il est bien plus facile de se dire "Oh la la que le monde va mal" que de réagir en conséquence. Ces commentaires s'accompagnent de la plaie de la démagogie : avoir une belle pensée, et ne rien faire derrière. Ainsi, la démagogie du créateur se transforme en hypocrisie pour le spectateur.

"Le monde va mal, non de non. Heureusement, j'ai fait ma bonne action en commentant avec mon téléphone connecté à Internet, avec ma technologie, que tout irait à sa perte si on continue comme ça."

Bravo. Simplement, bravo pour une telle pirouette pour se donner bonne conscience.

Annoying Facebook Girl, ou celle qui gonfle sur les réseaux sociaux. "A vu une critique vidéo contre la technologie / Commente "La technologie, c'est pas bien" sur son iPhone"

Bien entendu, et comme j'ai prévenu dans le premier article de cette série, le ton que j'utilise est acerbe, presque acide. Cependant, je ne crache pas sans comprendre, je ne pose pas sans penser. 

Je comprends l'action louable de recevoir un message, et d'entretenir une ligne de conduite. Le "c'était mieux avant" que je déteste préserve tout de même une vérité que je tiens pour essentielle : n'oublions pas le passé, gardons trace du parcours effectué, sachons d'où nous venons.
Toutefois, penser à cela n'interdit pas de voir le bon dans le présent : au lieu de pester et de crier contre la mauvaise technologie, la chute des résultats en orthographe et le manque de politesse, il faut savoir s'interroger.

Que fais-je pour empêcher la sur-connexion : suis-je moi-même ouvert à l'autre au bon moment (et pas tout le temps) ?

Face à la perte des bonnes manières que je constate, est-ce que moi-même je les respecte ?

Quand je dénonce la pauvreté et l'inégalité, suis-je prompt à tendre la main quand je le peux (et non quand ma conscience ou autrui me l'ordonne) ?

Lorsque je m'avance sur l'utilisation excessive de la technologie par les enfants, est-ce que j'ai moi-même pris soin de poser les limites avec les miens, ou est-ce que moi-même je me pose des limites ?

Je n'ai rien contre les discours, même passés, pour peu qu'ils soient cohérents avec la personne. Et, ainsi, on peut toujours, dire, aujourd'hui : il est plus facile de voir les défauts du voisin, et plus pénible de s'observer dans le miroir.
Mais c'est trop moralisateur, ça. Je préfère cette citation, plus imagée, de quelqu'un dont j'ai oublié le nom.
"La poche avant pour les critiques des autres. La poche arrière pour les critiques de soi", sous-entendus, avec les vieux mouchoirs usés.

Mais, finalement, ce que l'on peut retenir de majeur, c'est qu'il faut cesser de voir le mal partout dans notre présent et de regretter une époque que l'on a pas connue. Nous avons des outils et, comme tout outil, il faut savoir s'en servir. Le monde porte les mêmes travers qu'auparavant, mais on peut s'organiser, on peut avoir du recul, on peut échanger, discuter.

Nous avons une chance à saisir, l'opportunité de faire des actions, au lieu de parler contre le vent.