dimanche 7 juin 2015

Tonton Death Metal et le jeu vidéo : Heavy Metal in the night !


 
Bonjour à tous !

Dans notre parcours des jeux vidéo et de leurs esthétiques, après un tour auprès de deux jeux qui m'ont marqué, on va rentrer dans un thème global. Ceci va permettre d'évoquer plusieurs jeux et, surtout, nous amener à comprendre comment un même fond culturel peut conduire à une richesse dans la production.
Et quoi de mieux que le Metal comme fond culturel ! On va ainsi, encore une fois, lier mes deux passions.

Aujourd'hui c'est dimanche, comme chaque dimanche...

Et, vous le savez, le week-end, c'est l'occasion de jouir de son temps libre, et de s'adonner à ses plaisirs favoris. Et, pourquoi pas, s'y donner à fond, jusqu'à s'en faire péter la cervelle...
En effet, il y a deux sortes de jeux vidéo. Ceux dans lesquels il y a du Metal, et ceux dans lesquels il n'y a pas de Metal : les premiers sont les jeux couillus, testostéronés, puissants, virils, gonflés à bloc. Les autres sont juste là nous pour faire passer le temps.
C'était comme ça que j'aurais voulu commencer cet article, en empruntant à Usul son style particulier. C'est que cette intro montre une chose : mettre du Metal dans un jeu, ça fait tout de suite "bonhomme" - ou "badass" si on ne veut pas être sexué.
Si je dis "Metal" et "jeu vidéo", tout de suite vous allez imaginer un jeu qui bouge et qui envoie, quelque chose qui ne va pas laisser le joueur indifférent, qui va le prendre, le saisir, l'emporter sans vergogne. Parce que le Metal, c'est le paroxysme, la vitesse, le côté lourd, "Heavy" et sans concession.
Mais le Metal dans le jeu vidéo n'est pas un lien aussi évident ou aussi simple qu'il n'y paraît. Il semble facile de dire que, l'un comme l'autre, jouit d'une mauvaise réputation auprès des "gens de bien", tels Papy Démago ou Grande Tante Famille de France. Et c'est justifié : le Metal est vu à tort comme une musique démoniaque et sanglante, écoutée par des abrutis, tandis que le jeu vidéo est perçu comme un loisir chronophage et lobotomisant.
Metal et jeu vidéo, le cocktail pour un raté.
Aujourd'hui, on a dépassé ce statut : jeu vidéo et Metal ont acquis leurs titres de noblesse. On a du jeu vidéo artistique et du Metal ambitieux.

Mais comment ces deux cultures se sont-elles rencontrées ? Qu'entretiennent-elles comme liens ? Nous allons voir comment le Metal s'est immiscé dans les jeux, et comment le jeu vidéo a inspiré le Metal.

Put some Metal in my game !

On va tout de suite différencier les inspirations : en premier, l'esthétique qui sert au dispositif ludique (gameplay) puis, l'esthétique qui donne une plus-value au jeu, un véritable cachet et, enfin, la culture Metal qui va inspirer un univers.

Pour une esthétique Rock et Metal qui va servir le gameplay, on va penser immanquablement à Guitar Hero et Rock Band : ces jeux musicaux ont pour but de vous faire entrer dans la peau d'un musicien Rock.
On emprunte ainsi à l'iconographie Rock : Rock Band sera plus dans un côté sobre et professionnel, tandis que Guitar Hero a proposé quelque chose de plus arcade, de plus déluré et déjanté, à coups de présence du Diable (GH 3 avec le superbe duel sur "The Devil Went Down To Georgia" qui reprend à coup sûr le "Pick of Destiny"), d'Ozzy Osbourne, Slash, le tout sous du Metallica, Slayer, Mountain, In Flames, Kiss, Van Halen, Dream Theater, Children of Bodom, Megadeth etc.


Pour Guitar Hero, le but est clairement d'amuser la galerie et, surtout, de donner envie de se dépasser. Vous me direz : "Mais c'est ridicule, au lieu de jouer sur une gratte en plastoc, va jouer d'un instrument !" Sauf que le plaisir éprouvé dans un Guitar Hero est celui du scoring, qu'on a expliqué avec le Speedrun et le Power Play. Le but est de parvenir à maîtriser un dispositif clos, un jeu avec ses règles. Avoir le score maximal s'accompagne d'un sentiment d'avoir achevé quelque chose, d'avoir parfait sa partie.
De fait, l'esthétique permet de revenir avec plaisir au jeu : c'est coloré et ça envoie, et on joue les morceaux qu'on aime bien. Pour le spectateur, cet habillage rend le tout plus agréable et sympathique à suivre.
Le côté second degré de Guitar Hero en fait sa force, autrement il aurait été plus fade, moins orienté "performance arcade". Ce côté-ci se comprend si vous avez vécu ce moment où, face à une borne, vous avez vu quelqu'un maîtriser un jeu à fond : tout semble fluide, la musique et les bruitages donnent une certaine mélodie, et on se met à trembler lorsque le joueur expert prend des risques.

Mais cette musique ne sert pas seulement à apporter un dispositif. On l'a vu, le Metal donne un côté plus vif, plus sautillant et énergique.
C'est dans cette dynamique, toujours très arcade, que l'on peut catégoriser un jeu comme F-Zero X.




Sorti sur Nintendo 64, ce jeu de course futuriste ne m'avait pas marqué par sa bande-son à l'époque. Quand je l'ai redécouvert, j'ai lâché le jeu qui est dur et exigent pour ne garder que l'OST : une bombe de Heavy Metal !
Ici, on veut du paroxysme, du "toujours plus" : la "Formule Zero", c'est plus speed que la F-1, on va à 1000 km/h, il y a 30 personnes sur la piste, autant dire que ça balance ! Comme le jeu était assez pauvre en textures et décors car limité par la console, il se devait d'avoir une ambiance sonore impeccable. Ce Metal de qualité ajoute cette touche d'action qui ressort lorsqu'on voit des courses folles. Sachez qu'il y a eu un album de reprises avec de vrais instruments.


A titre d'exemple dans une autre esthétique, le concurrent Playstation de F-Zero X, WipeOut, a plutôt opté pour une ambiance Electro extrêmement léchée. J'ai apprécié Wip3Out pour sa bande-son, avec notamment la présence du duo Orbital.


Autre jeu que l'on retient pour sa musique : Formula 1 sur Playstation, sorti en 1997. Ce jeu n'est pas excellent, mais a marqué par sa bande-son aux petits oignons, avec un Metal très puissant et carré. C'est une leçon de bande-son originale pour un jeu qui emprunte au Metal son côté énergique. On retiendra d'ailleurs les titres des morceaux qui évoquent la vélocité et la force : Heat Haze (Vapeur de chaleur), Motion Blur (Flou à cause de la vitesse), Adrenaline Rush (Poussée d'adrénaline), Pulling G's (Dépassement de G, en gros c'est une vitesse folle) ou Epic.


La musique a un rôle essentiel dans un jeu, surtout dans les RPG, on l'a vu avec Nier. Nous pouvons ainsi mettre ensemble deux jeux qui utilisent le Rock et le Metal non pour son côté culturel, mais toujours pour cette énergie : Megaman et Mystic Quest Legends.
Dans les deux cas, nous avons deux fers de lance d'un type de jeu : le premier est un jeu de plate-forme avec des parties d'action tantôt nerveux, tantôt piégeux, toujours exigeant. La musique a ainsi pour rôle de ne pas lasser le joueur tant il est dans la logique de "Die 'n retry", autrement dit l'apprentissage par la mort et le fait de recommencer. Pari réussi : les musiques sont cultes, surtout dans Megaman 2.


Pour Mystic Quest Legends, qui est un spin-off de Final Fantasy, l'objectif était de proposer un RPG japonais pour débutants. Il fallait donc attirer et séduire le public américain et européen vers un genre peu courant, réservé à l'archipel nippon (avant la sortie de FFVII qui a fait exploser les barrières de ce genre de jeu).
Pour attirer ce public, il fallait guider ce nouveau joueur : actions simples, dispositif de jeu compréhensible, trame narrative dirigiste. Mais il fallait surtout frapper fort : design des monstres stylisé et, surtout, une bande-son Metal exemplaire. Gros riffs, rythmes pêchus, lignes de basse lourdes et palette diversifiée : on a tous les ingrédients. Outre un Lava Dome puissant, on a droit à un Boss Theme envolé, un Doom Castle Theme épique et, finalement, un Dark King's Theme mémorable.



Finalement, comme dernière catégorie, nous pouvons voir les jeux qui ont puisé dans la culture Heavy Metal pour proposer un univers parallèle. Ces jeux peuvent être Rock'n Roll Racing, Brütal Legend, Duke Nukem 3D ou encore Doom.
Entre le jeu de course sur Super NES, le melting pot sur PS3-Xbox 360 et les FPS des années 90, le seul lien que l'on peut trouver est le souhait de proposer un ensemble différent et, surtout, de mettre en avant le Metal.

Rock'n Roll Racing est résolument fun : on reprend du bon Blues Rock ou du Heavy Metal, comme Born to be Wild de Steppenwolf ou le Paranoid des Black Sabbath. Comme Guitar Hero, c'est pour que ce soit amusant, pour qu'il y ait une bonne dose de plaisir.



Brütal Legend, avec sa bande-son monstrueuse, est un jeu à la gloire du Metal : avec Ozzy Osbourne ou Jack Black au doublage et une liste de groupes qui n'oublie pas les grands classiques et met en avant quelques oubliés, ce jeu s'adresse aux amoureux de cette musique. L'univers est volontairement kitsch, et s'amuse des codes de tous les genres du Metal, du Black à clous au Power grandiloquent et épique.



Enfin, nous avons Doom et Duke Nukem 3D. Doom est une pierre angulaire du jeu de shoot, si bien qu'on a longtemps parlé de "Doom-like" pour évoquer ce type de jeux. Mais Doom a aussi marqué par sa bande-son et son premier niveau.



Le riff évoque à certains Master of Puppets de Metallica, pour ma part j'entends plus Hooked de Dirty Rotten Imbeciles (ci-dessous) et une pointe de Heavy Load sur Run With The Devil (moins évidente toutefois).



Quoi qu'il en soit, les développeurs derrière ce jeu étaient fans de Heavy et Thrash Metal. Ils ont voulu faire un jeu à l'image de cette musique en vogue aux Etats-Unis dans les années 80 : punchy, vive, qui charcute et emporte tout sur son passage. Un torrent d'acier implacable. Et c'était réussi.
Duke Nukem 3D  reprend cet héritage, mais le parodie avec un personnage bourré aux stéroïdes. Le Duke est le cliché du balèze, et son thème, résolument Heavy Metal et repris ensuite par Megadeth, signale cet emprunt à une culture de la démesure, de la gradation dans la "badass attitude".


And then, put some game in my Metal !

Duke Nukem 3D, Megaman ainsi que Castlevania (dont je n'ai pas encore parlé) ont ainsi un point commun évident... Pas dans le gameplay mais dans la musique !
Tous trois se sont inspirés de Rock et ont, en retour, inspirés les musiciens amateurs ou professionnels dans l'art de la reprise, du "cover".
On l'a dit, mais Megadeth a repris le thème du Duke. De même, Megaman et Castlevania ont été repris par plusieurs personnes. On notera le Dr Wily Theme, monument musical de la NES, qui apparaît comme un "passage obligé" dans la reprise tant il a été joué. Je retiens surtout la version d'Armory, groupe de Power Progressive Metal.



Concernant Castlevania, il représente ces nombreuses vidéos de covers que l'on peut trouver sur youtube. Il y a du Metal, mais aussi des reprises différentes, dans d'autres styles.


Ces covers sont notamment l'oeuvre de Daniel Tidwell, qui a fait de ce style de musique sa principale activité avant de rentrer dans d'autres groupes de Metal.
On retiendra aussi Powerglove, spécialisé dans la reprise de thèmes de jeux vidéo ou de dessins animés. Leur but est de rendre hommage à la pop culture des années 90 !



Toujours dans les covers, on va revenir dans le professionnel avec un exemple que je trouve intéressant : celui de The Black Mages.
En effet, ce groupe est dirigé par Nobuo Uematsu (dont on a parlé dans l'article sur Final Fantasy). Son but était de donner à ses compositions quelque chose en plus, un autre grille de lecture. Pour cet objectif, et pour restituer la puissance de ses compositions inspirées du Rock, il a monté un groupe de Power Metal.
Ce choix est intéressant car ce style, surtout dans l'école mélodique européenne, prend source dans une culture musicale classique et baroque qui est la même que pour Uematsu, Koji Kondo etc. Quoi de mieux donc lorsque Uematsu a puisé dans ce registre pour ses compositions ?
Cet auto-hommage revient à compléter le circuit : tout se croise et se rejoint. Du coup, le passage entre musique de jeu vidéo et Metal ne semble pas si étonnant que cela : le Metal insiste sur les mélodies et les rythmiques fortes, et c'est sur cela que nombre de compositeurs de musiques de jeu vidéo de l'époque ont parié (comme pour Contra).



Nous allons passer à un autre cas dans l'inspiration que donne le jeu vidéo dans le Metal. Au-delà de la reprise, tout comme un jeu vidéo peut puiser directement dans la culture Metal, les musiciens ont intégré la culture du jeu vidéo dans leur processus pour proposer autre chose. L'hommage n'est plus direct, avec des clins d'oeil évidents, mais se trouve dans les thèmes abordés ou les sonorités.

Groupe allemand souhaitant renoué avec le Speed Metal des années 80, Iron Kobra n'y va pas par quatre chemins : son premier album s'intitule "Dungeon Masters", rappel évident au jeu de rôle "Dungeon Master". Les paroles sont autour de héros guerriers invincibles, sous une esthétique de la puissance et de l'acier : parfait pour le Metal qui se veut plus solide que tout ! Ils s'inscrivent ainsi dans la lignée de Manowar, Raven ou Dream Evil sur Dragonslayer (groupe sur la vidéo d'ouverture de l'article) : leur musique célèbre la testostérone et la force (même les demoiselles en écoutent, parce que tout le monde peut être balèze).



Mais, comme on a pu le voir sur le guide du Metal, ce genre ne se limite pas à l'apologie du cuir et des alliages en tout genre. La rythmique Metal a quelque chose de vif et qui transporte facilement grâce à la palette d'émotions issue du Blues, et complétée par ses propres codes, sur laquelle on peut jouer.
Jake Kaufman, plus connu sous le pseudo Virt, est un compositeur de musique de jeu vidéo. Et s'il produit des titres de tous les genres (comme Rescue Girl ci-dessous, mélange de Village People et Pet Shop Boys sous du gros Funk) il a effectué un album solo qui m'a beaucoup marqué.


 Cet album dont je parlais est FX3. C'est la rencontre parfaite entre la musique chiptune (issue du chipset de consoles retro) et le Metal. Virt a souhaité raconter une histoire rien que par la musique. Il n'y a aucune parole dans tout l'album. Pourtant, rien que par le son, on parvient à ressentir l'évolution dans la narration.


Bien entendu, la musique qui peut évoquer des choses, ce n'est pas nouveau : la musique romantique de Chopin joue avec plusieurs émotions, tantôt joyeuses et légères, tantôt solennelles et sombres. Cependant, le Metal contient aussi cette variété que Virt maîtrise. Il use de la grammaire de ce genre - l'exemple le plus évident étant le titre "Thrash" qui, en plus d'évoquer le genre du "Thrash Metal", contient une progression vers un rythme déchaîné.
Aussi, l'ensemble des titres sont chapeautés par un motif musical bien pensé, lequel pourra être lent, avec un côté mélancolique ou reposé, ou bien rapide, sous un élan épique et énergique. On ressent cette écriture Metal sous des accents 8 bit reprenant la basse, la batterie et les guitares à ce style.
En résulte un album unique, une expérience musicale des plus agréables.

Le mot de la fin

Lorsque Doom a joué sur la violence avec un premier niveau sous du Metal, c'est que les développeurs, amateurs de cette musique, sentaient sans doute qu'il y avait à parler à d'autres qui se sentaient laissés de côté. C'était une autre époque où c'était à celui qui gueulerait le plus fort : les bons démagos anti tout-tant-que-ça-n'est-pas-traditionnel ou ceux qui ne cherchaient pas seulement à se démarquer, mais à trouver quelque chose "qui leur parlait".
Longtemps dénigrés de la "vraie" culture, Metal et jeu vidéo ont réussi à se faire une place aujourd'hui, à tel point que l'on a plus à avoir honte ou à revendiquer à outrance ce qui nous transporte. Ainsi, le dialogue entre ces deux malaimés est intéressant : il y a comme un soutien, une volonté d'enrichir l'un et l'autre, une forme d'entraide.
La culture s'est ouverte, et c'est une chance que nous avons. Si, à l'heure actuelle, nous pouvons toujours profiter de la culture traditionnelle, nous avons aussi la possibilité d'intégrer des éléments différents, nouveaux. Mon message final sonnera un peu "démago", justement. Pourtant, comme signalé par l'idée de "nouvel humanisme", nous sommes dans un moment où les échanges peuvent donner une plus grande richesse et une diversité incroyable.

Nous ne sommes pas dans l'uniformisation, ne croyez pas cela. Si vous cherchez sur Internet, vous pouvez trouver tous ces dialogues discrets, dont le bruit est étouffé par les grands média. Eux font l'uniformisation.