samedi 29 août 2015

Tonton Death Metal et le jeu vidéo : Qui y joue ? Partie 1 : Le temps

On est bien d'accord : tous les joueurs sont comme ça ! Si vous vous êtes offusqués, alors vous savez percevoir l'ironie.
 
Bonjour à tous !

Dîtes-moi : on parle beaucoup de jeux vidéo ces derniers temps. Mais êtes-vous joueurs et, si oui, qui d’autres que vous jouent aux jeux vidéo ? Un rapide tour d’horizon vous fera voir que, globalement, les jeunes, disons les 12-25 ans, pratiquent cette activité. Mais à réfléchir un peu plus, on voit que les enfants manipulent des tablettes ou surfent sur des sites de jeux, que les personnes au-delà de 25 ans, hommes ou femmes, apprécient une partie de Candy Crush au détour d’un instant libre et que, sur Internet, de nombreux vidéastes d’âges différents produisent du contenu autour du jeu vidéo.
D’où cette question que l’on m’a posée : qui joue vraiment aux jeux vidéo ? Cette interrogation s’accompagnait d’un constat : personne de mon âge (60 ans et plus) ne s’y intéresse. Alors, qu’est-ce qui explique l’évolution des pratiques ? Quelles sont les différences de joueurs ? Et qu’est-ce qui, aujourd’hui, alors que l’offre semble fournie, bloque certains à se lancer dans le jeu vidéo ?
Nous allons commencer avec un rapide tour d’horizon du jeu vidéo sous le thème du temps.

Source

Si on cite Pong comme premier jeu vidéo, ce n’est pas correct : c’est le premier succès populaire du jeu vidéo. Avant, on avait des productions marginales, comme Tennis for Two qui se jouait sur un oscilloscope. Ce jeu, sorti en 1958, reste, comme je l’ai dit, très limité dans sa pratique : tout le monde n’a pas cette machine, et on se figure bien, en bon gros cliché, des scientifiques férus de technologies s’adonner à ce jeu grisant et origine de plusieurs fantasmes lors de leurs pauses.



Pong, bien au-delà du cercle scientifique, marque l’entrée du jeu électronique dans l’ère de l’arcade : des salles ont été faites pour être dédiées exclusivement au jeu vidéo. Dans la pratique, on plonge une pièce dans la machine, on joue un premier niveau assez facile à prendre en main, puis on perd face à un pic de difficulté : soit on remet une pièce, soit on s’en va, bredouille.

L’arcade pose trois problèmes : 
- la position debout
- l’environnement
- le modèle économique. 
Entre le fait de ne pas pouvoir être à son aise, de devoir transiger avec une salle bruyante, souvent assez renfermée, autour de plusieurs personnes et d’être obligé de perdre de l’argent à chaque partie, le cœur de cible ici n’est pas l’adulte. On a plutôt en vue des personnes qui ont du temps à passer entre amis, des personnes qui ne désirent pas forcément rester seules et pour qui le contact n’est pas un problème. On voit des jeunes !
Et le modèle économique de ces jeux ne s’y trompait pas : il veut que les joueurs soient attirés par les sons, les graphismes et un premier niveau sympa, pour qu'ils remettent des pièces malgré les échecs successifs et la logique du die ‘n retry, meurt et recommence. Il faut titiller l’abnégation du joueur, et lui donner envie de poursuivre. Globalement, par l’appât du score ou d’un temps à battre, ou d’une fin difficile à obtenir, un jeune sera plus enclin à poursuivre sa partie. Car un jeune a de l’énergie, il ne se laisse pas abattre et, face au regard des autres, il voudra briller, montrer que c’est lui le meilleur joueur ! 
Bien sûr, j’évoque ici des stéréotypes, mais le marketing autour de l’arcade, c’était bel et bien : « Montre-nous qui c’est qu’a la plus grosse ! » Et, chez les jeunes, surtout les mecs, ça fonctionne bien.



On comprend alors une chose : les premiers à s’être frottés aux jeux vidéo sont des jeunes hommes. Au fur et à mesure, ce profil s’est poursuivi car le marketing, ayant déjà réussi à attirer cette cible, s’est appuyé sur ses acquis. Cependant, les premiers jeunes à avoir joué à l’arcade ont eu deux voies : tout arrêter par dégoût, ou poursuivre. Mais ne vous y trompez pas : des femmes aussi jouaient aux jeux vidéo. Et on découvre ainsi, dans l’excellent documentaire King of Kong, qu’une femme, Doris Self, était championne du monde sur Q*Bert.
Dans tous les cas, un jeu vidéo d'arcade demandait du temps et de la patience afin d'avoir le high score.

Lisez la source : ça réfléchit sur la place des femmes dans le jeu vidéo, et c'est pas mal du tout !

Après avoir évoqué l'ère de l'arcade, il faut avancer dans le temps pour, justement, voir comment les pratiques ont évolué.
Pour se remettre de la crise de 1983 après l'échec de plusieurs jeux sur Atari 2600 et la lassitude des joueurs face à des productions limitées et peu intéressantes, il a fallu créer d'autres jeux plus divertissants, plus long et différents des hits de l'arcade. Pourquoi irai-je dépenser pièce après pièce alors que je peux jouer tranquillement chez moi ?
L'offensive ne s'est pas faite attendre, et deux mastodontes se sont opposés pour proposer des jeux vidéo : Nintendo, qui a apporté le renouveau du jeu vidéo, et Sega. Que ce soit sur Nintendo Entertainment System (NES) ou sur Master System, les deux constructeurs ont proposé la même offre : des jeux plus longs que sur arcade, à la difficulté adaptée au nouveau support qui se pratique à la maison. 
Du coup, la cible est la même que pour l'arcade, mine de rien : pour jouer à ces jeux sans sauvegarde, il faut du temps, de l'acharnement afin de connaître le jeu et d'en déjouer les difficultés. Cependant, même pour un jeu avec sauvegarde comme The Legend of Zelda ou Metroid, du temps est nécessaire, car ces jeux font la part belle à l'exploration dans le jeu pour trouver tous les bonus et secrets.
Autant le dire, le cœur du marketing se concentrait sur ceux qui avaient du temps et qui était attirés par les nouvelles technologies : les enfants et les jeunes. De fait, les personnages que l'on contrôle, même s'ils sont peu détaillés, s'adressent à des enfants par leur côté bonhomme (Mario), enfantin (Alex Kidd, Pit de Kid Icarus, Kirby) ou juvénile et héroïque (Link). 

Source

Voilà donc un premier paramètre qui permet de voir qui pouvait jouer aux jeux vidéo au début de l'entrée de Nintendo : des personnes qui ont du temps libre. Et, surtout, des personnes qui n'ont pas de réticences face à l'arrivée des nouveautés numériques. Mine de rien, les cercle plus « traditionnels » ont pointé du doigt ces divertissements sous des excuses toutes plus ringardes et ridicules les unes que les autres (ça enferme, ça rend violent etc). Du coup, cela excluait, sauf quelques exceptions, les personnes âgées et celles facilement influencées par les discours des média généralistes, souvent suivis par des adultes.
De plus, pour les adultes, il y a un certain tabou : un adulte, ça ne joue pas ! Ça fait des trucs d'adultes, c'est sérieux, un adulte : "Et le jeu vidéo, ce n'est pas sérieux. On doit juste tuer des trucs, sauver bidule..." Rien de constructif comme la politique, le cinéma d'auteur et le café noir.
Attention, toutefois, ces observations brassent large et ne reflètent pas certaines exceptions : c'est bien ma mère qui m'a initié aux jeux vidéo, car, même adulte, cela l'intéressait. Mais, souvenez-vous, cet article n'est qu'une première partie qui servait un peu d'introduction à ce qui viendra la semaine prochaine :l'évolution des caractères des jeux vidéo et son impact sur les joueurs !
D'ici là, passez une excellente semaine, et à bientôt !

En bonus, encore un 3615 Usul qui évoque pourquoi la cible était les enfants.


samedi 22 août 2015

Tonton Death Metal et la société : La liberté d'expression et d'opinion

La marche des pensées : de leurs pas résonnent les espoirs. (source)

Bonjour à tous !

Après les évènements de Charlie Hebdo, plusieurs réactions ont été suscitées : la crainte, l'incompréhension, la résistance ou, parfois, l'indifférence, comme si on s'y attendait. Certains ont été touchés, d'autres ont vu ici quelque chose d'évident.
Ca a été l'occasion à Internet de bouger dans tous les sens. Et si j'ai eu, moi-même, une réaction qui n'a pas été comprise, on m'a tout de même permis de l'exprimer. Certains, en revanche, scandent qu'on bride leur opinion, qu'on leur empêche de diffuser leurs croyances. Prenons pour exemple Giuseppe Torenzio, que je ne connais absolument pas en tant que vidéaste, et que j'ai découvert au hasard sur cette vidéo traitant, sur la base du "Je suis Charlie", des limites des termes "liberté d'opinion".

Déjà, je vais être clair : même si je vais traiter un peu philosophie, je ne me dis en aucun cas philosophe ou autre. Je me permets de commenter et de prendre du recul sur les messages les plus courants, comme pour la démagogie.
Aussi, je ne partage aucunement les propos de Giuseppe Torenzio : il me sert de matériau pour avancer dans l'article.

C'est parti.

Les limites du "je pense et dis c'que j'veux !"

Dans cette vidéo ci-dessus, Giuseppe explique que, si la liberté d'opinion existe, il a le droit de croire en Dieu et de penser que l'homosexualité - et donc le mariage pour tous - est contre-nature. Il évoque que les excuses des médias et des docteurs, tels que les molécules et le fait que le règne animal fasse de l'homosexualité, ne sont pas acceptables. A ce train-là, même la pédophilie et l'inceste peuvent être justifiés dans la mesure où le règne animal effectue ces pratiques.
Et voilà ce qui me fait réagir : le raccourci "pédé vers pédo".
Ceci est un argument de masse utilisé par les anti-mariage pour tous, et n'est pas valable. Mais, afin d'organiser le propos, je vais d'abord faire un tour auprès de la "liberté d'opinion" pour montrer ensuite pourquoi j'estime cet argument comme non-recevable.

"Qu'est-ce que la liberté ?" en résumé

Source
Quand on parle de liberté, vous avez tous cette idée en tête :

"La liberté des uns s'arrête où commence celle des autres."
Non, je ne pensais pas à cette phrase qui est assez égoïste car elle place l'accent sous le fait que les autres empêchent ma liberté...
Vous avez cette idée :

"Chaque homme peut jouir de ses libertés tant qu'il ne gêne pas la liberté d'autrui."

En d'autres termes, cette phrase, qui résume une idée de la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen que la liberté est ce que tout homme peut faire tant que ça ne nuit pas à autrui, signale que je suis libre, tant que je ne fais pas chier les autres, tant que je respecte la dignité de l'autre. Je ne peux pas faire ce dont j'ai envie si, justement, ce que je veux va déranger quelqu'un et compromettre son intégrité. Du coup, je ne peux pas me mettre à poil dans la rue, dans la mesure où la liberté d'opinion de certains implique la sacralisation du corps : me montrer nu serait une insulte à leurs croyances.
Dans cette vidéo ci-dessous, Giuseppe Torenzio évoque rapidement cette distinction : tuer pour sa croyance n'est pas acte de liberté, car on va à l'encontre de la dignité de l'autre. Il explique aussi ne pas accepter que l'on se moque de toute foi. Se moquer ouvertement d'un culte reviendrait à railler ceux qui y croient.



Le problème de la pratique que je viens de donner en exemple avec le fait de se mettre à poil dans la rue, est que je donne à voir et, de fait, que j'impose de manière indirecte. C'est comme cracher sa fumée à la tronche de quelqu'un qui dit ne pas supporter la fumée de cigarettes : c'est un manque total de respect envers l'individu que j'ai en face de moi.
Généraliser la pratique d'extrémistes à un ensemble, religieux ou non, revient à manquer de respect, à bafouiller la dignité de celui qui n'a rien demandé et qui est dans cet ensemble.

Retour vers le raccourci "pédé vers pédo"

"Agrou agrou ! Ma société change et je fais des amalgames sans même essayer de comprendre... Peut-être que je suis de droite ?!" (image issue de cet article)

Dans le cas du mariage pour tous, la liberté est que chacun peut vivre son amour tant que ça ne détruit pas la dignité de la personne, à savoir la sécurité physique, morale, psychique et affective d'autrui. Quand un homme aime un homme, ou une femme aime une femme, il n'y a pas destruction de l'individu : chacun respecte la dignité de l'autre. Au contraire, imposer à un homosexuel d'épouser un individu du sexe opposé est lui imposer un besoin physiologique qui n'est pas le sien, et ainsi aller contre sa sécurité affective.
Après, je ne parle pas, là, de l'éducation qui conduit à réprimer les caprices - on est, avec la gestion des caprices, dans un but de calmer des pulsions qui, souvent, nous dépassent. On parle, avec le mariage pour tous, de quelque chose de bien précis qui n'a rien à voir avec un caprice.
Maintenant, nous pouvons revenir auprès de l'argument du monsieur et de ce maire UMP : si on accepte la pédérastie, on peut aller vers l'acceptation de la pédophilie avec des excuses scientifiques.
Un des premiers cours de philosophie en terminale enseigne cet élément crucial : un groupe d'hommes devient civilisation par la prohibition de l'inceste et de la pédophilie. Ceci est le rempart primordial à toute culture, car elle s'inscrit, de ce fait, dans une posture de réflexion sur la dignité et l'intégrité d'autrui. Cette pensée a été construite par des anthropologues et ethnologues, notamment Claude Lévi-Strauss.
Ainsi, que penser de l'homosexualité ? En soi, on peut penser que, dans une époque passée où la mortalité infantile est courante et où les personnes ne vivent pas longtemps, il a été difficile d'assurer la lignée de l'espèce humaine. Dans cette situation, puisqu'il faut de la main d’œuvre pour cueillir, chasser, manufacturer etc, il fallait faire en sorte qu'hommes et femmes procréent. Interdire, bannir et traquer l'homosexualité, tout en mettant en avant l'importance d'une famille bien respectueuse des règles, est un bon moyen d'assurer au maximum la survie de l'espèce.
En gros, lorsque le monsieur parle de se méfier des médias, on pourrait très bien rétorquer : "Il faut aussi se méfier des piliers culturels. Les commandements religieux peuvent avoir des justifications pratiques selon les sociétés où ils ont émergé."
Cette posture de méfiance vis-à-vis de tout n'est pas viable, bien entendu. Mais si l'homosexualité, en soi, ne dérange pas l'intégrité d'autrui, la pédophilie, par contre, est entièrement anti-civilisationnelle. Car l'acte même de pédophilie va à l'encontre de la dignité de l'enfant : il y a une différence de connaissance et de formation entre un adulte et un enfant. Il ne peut, dans ce cas, y avoir de réel consentement.
Donc, non, accepter l'homosexualité ne conduira pas à accepter le viol etc.

 Interlude humoristique par rapport à ce que j'ai mis pour le maire UMP

Opinions VS libertés : une lutte légitime ?

Enfin, il faut revenir sur un point important : le mariage pour tous va-t-il contre la liberté d'opinion ? Et est-ce que se montrer en tant que couple homosexuel dérange autrui si quelqu'un est contre ça ?
Bien entendu, rien n'empêche tout un chacun d'avoir ses convictions. Seulement, si on a le droit à l'opinion libre, il est formellement interdit de faire du prosélytisme, de l'apologie : en d'autres termes, si on peut avancer ses arguments et débattre, il nous est impossible par la loi de forcer des gens à croire en quelque chose.
J'en veux pour preuve le terme de "laïcité", souvent galvaudé et mal employé ces derniers temps. Je peux témoigner en tant qu'enseignant : "laïque" ne signifie pas "sans religion".
Si, lors de la 3ème République, le  but avoué était d'opposer à l'enseignement religieux un pouvoir gouvernemental, une éducation républicaine, via une lutte de pouvoirs qui dépassait les individus, le mot "laïcité" était lié à cette opposition.
Aujourd'hui, "laïque" signifie bel et bien "accepter les croyances de tous sans prosélytisme". Il n'y a absolument aucun objectif d'annihiler les croyances, puisque chacun a le droit à la liberté d'opinion et de culte. En revanche, il est hors de question de faire la glorification de tel ou tel culte.
En tant qu'enseignant, je ne suis pas habilité à parler de religion. Toutefois, un enfant a le droit d'avoir des croyances, et doit respecter celles des autres. Ainsi, lorsque l'on étudie en histoire l'émergence du christianisme et de l'Islam, nous sommes dans une démarche historique d'interroger une société en mutation. Émergent alors des questions, inévitables : "Dois-je croire en Dieu ou en Allah ?"
La réponse laïque n'est pas "ne crois pas", mais : "Nous n'avons pas la réponse : tu as le droit de croire en Allah ou en Dieu, ça ne regarde que toi."


Exactement ce que j'ai expliqué : les choses ont changé. (source)

L'homosexualité, c'est pareil. Le mariage pour tous ne dérange pas en soi la liberté d'opinion : tu as le droit de trouver cela contre-nature. Par ailleurs, il ne faut pas faire d'amalgames rapides, comme vu avec le coup des "molécules" etc. Le mariage pour tous ne remet pas en cause la dignité humaine.
Cependant, avec cet exemple, on peut observer deux attitudes inadmissibles dans le cadre du respect de la liberté :
- côté anti-mariage pour tous : tu ne peux pas forcer quelqu'un à aller à l'encontre de son choix ou de ses préférences. Décider de l'inclination de l'un revient à lui imposer des croyances : c'est vouloir altérer, détruire sa liberté.
- côté pour-mariage pour tous : encore une fois, pas de prosélytisme ni de provocation. Ce n'est pas parce que l'opposant semble "arriéré" dans son système de pensées que l'on doit le lui signaler. Il ne partage pas le même point de vue : tant qu'il respecte l'intégrité et la dignité des homosexuels, il n'y a aucune raison de le provoquer et de l'empêcher de s'exprimer.

En effet, selon la logique qu'on ne peut en aucun cas aller à l'encontre de la dignité d'autrui, imposer une croyance, c'est refuser le droit de l'autre à penser : c'est détruire sa dignité affective.

Et ceci vaut à tous les niveaux. Dans tous les cas, et peu importe la situation, l'extrémisme, la radicalisation, l'enfermement, le cloisonnement, tout ceci n'est pas une solution viable. La violence appelle la violence. La haine conduit à la haine.
Tu te plains qu'on ne te permet pas d'exprimer librement ton opinion ? As-tu au moins pris le temps, même minime, pour voir si la façon dont tu t'exprimes respecte la dignité des autres ? Est-ce que ce que tu dénonces comme grave et inadmissible va réellement à l'encontre de l'intégrité de l'Homme ?


Finalement, ce que l'on peut voir, c'est que cet homme dit "partager ses vérités". Dans tous les cas, il n'y a pas de réponse gravée dans le marbre de façon immuable, il n'y a pas de vérité absolue. Comme l'affirment les maîtres bouddhistes, la vérité se trouve dans l'ensemble des discours, dans l'ensemble des croyances. La vérité n'a pas qu'un seul nom.
Bien entendu, on peut croire en ce qui nous semble le plus juste. Mais il ne faudrait pas confondre liberté d'opinion et intolérance. On a le droit de ne pas accepter le mariage pour tous, par exemple - on est libre de ça et de l'exprimer. Toutefois, on ne peut pas accepter que des actions répressives, et contre la dignité des personnes qui ne croient pas comme nous, soient effectuées.
Comme le disent les enfants : ne fais pas aux autres ce que tu ne veux pas qu'on te fasse.

Et, surtout, n'oubliez pas  : prenez du recul, faîtes attention aux amalgames. 

dimanche 16 août 2015

Tonton Death Metal et la société : La démagogie, le retour

"Les humains détruisent le monde ... - Et que fais-tu contre ça, crétin ?!"
Bonjour à tous !

Tout d'abord, je tiens à m'excuser : je connais votre réaction à l'avance... "Encore la démagogie ? Il en a fait une série d'articles, et voilà qu'il n'en a pas assez ?!"
Eh bien pas vraiment. Je me suis retrouvé face à une situation qui nécessitait un éclaircissement, car elle est assez récurrente et symptomatique.
Au même titre que pour le "C'était mieux avant !", il y a énormément de pensées effectuées en raccourcis car admises par une certaine majorité. Outre cette phrase donc, ou le "La technologie c'est mal" et autres "Rien ne vaut la tradition !", nous allons décortiquer une autre démagogie.

Les hommes, c'est le virus du monde.

Voici la situation : plusieurs années après la catastrophe de Fukushima, un reporter a pris des photo de fleurs ayant subies des mutations génétiques à cause des particules radioactives présentes en trop grande quantité dans cette région. Face à cet article partagé sur Facebook, la crème de la pensée philosophique de bas-étage se bouscule pour marquer d'une grande sagesse inédite la pensée collective.
Bravo, cher anonyme, tu as marqué mon attention avec ceci :

"Ça fait comme des jumelles collées par la têtes chez les êtres humains l'homme s'auto-détruit après devant les catastrophes qu'il a engendrées il remet la faute sur le tout puissant qu'alors à la base la terre et la nature étaient parfaites je crois le problème et le poison de l'univers c'est l'être humain?"

Et me vient cette réaction, résumée en un meme :


Soyons clairs tout de suite : je ne souhaite la mort de personne. Et même si mes réactions sont parfois vives sur mes articles, je prends soin de rester le plus distant possible.
Pourquoi ce "Please, kill yourself" ? Parce que la première réaction qui me vient en lisant ce genre d'inepties, c'est que, si l'homme est la plaie du monde, et que tu te dis vrai défenseur de la Terre, que fais-tu réellement ? J'y reviendrai plus tard mais, si tu te contentes de cracher ton venin sur Facebook pour te donner bonne conscience façon Papy Démago, du style "ah j'ai fait ma bonne action en partageant ce message !", alors tu fais partie de cette masse que tu critiques : celle qui voit les dégâts mais ne se bouge pas pour arranger les choses.
En gros, tu fais partie de cette plaie. Si vraiment tu veux arranger tout ça, commence tout de suite : achève-toi.
Bien entendu, je ne pense absolument pas cela, c'est de la provocation.

Cette provocation me permet de dire que cette pensée  du "l'homme est destructeur, on doit le détruire pour sauver le monde" est non-valable. Pourtant, je l'ai eue moi aussi, cette pensée ! Adolescent, j'estimais que rien n'était fait pour la sauvegarde, et je tentais au mieux de limiter mon impact négatif autour de moi. J'avais une haine du règne humain. Mais ça ne tient pas debout : la colère appelle la colère.
Par ailleurs, autre point important, j'idéalisais la nature comme seule source de bonté. Seulement, il faut cesser de voir la nature comme quelque chose de tout rose et de tout mignon, avec que de la gentillesse et de l'amour entre les animaux bien gentils dans leur coin avant que vienne la peste humaine. Oui, l'action de l'homme a des conséquences néfastes sur l'écosystème, parce que son action se fait à grande échelle. Mais savez-vous que le bouse de vache est hautement toxique ? Et, même si c'est un engrais, le fait même d'engraisser la terre avec des substances qui, à la base, ne sont pas là, modifient l'écosystème en ajoutant des éléments. Va-t-on condamner toute la race bovine, ou va-t-elle elle même se condamner, parce qu'elle chie la toxicité ?

Le règne animal n'est pas écologique et mignon. Ce système de pensée de "l'homme est mauvais, la nature est seule valeur de paix" provient de plusieurs facteurs :
- la condamnation de l'homme inhérente à la culture chrétienne occidentale, qui situe l'homme comme pêcheur, lequel s'est détourné de la loi de Dieu, donc d'une loi issue d'une force le dépassant (autrement dit, le temps et l'univers)

Salvador Dali, Corpus Hypercubus
- l'humanisme et la pensée notamment diffusée par Rousseau de "l'état de nature", à comprendre que l'homme revenu à cet état de libération des dogmes d'une société humaine qui a échoué serait à même d'être dans son essence d'être vivant : "Jamais la nature ne nous trompe ; c'est toujours nous qui nous trompons" a-t-il affirmé. Selon lui, l'homme doit s'affranchir des règles artificielles forgées au fil des siècles. L'état social en soi ne serait pas un mal, mais l'homme l'aurait corrompu.

Jean-Jacques Rousseau
- les gouvernements et leur tactique de repousser la poussière sous le tapis : ce sont eux qui décident si oui ou non on fait la transition énergétique, si on investit les capitaux dans tels ou tels projets ou bien si on donne un coup de pouce à des entreprises. De fait, s'il y a délocalisations de production, non-réglementation des émissions polluantes par les entreprises et tout le reste qui n'est pas écologique (comme les multiples scandales et mensonges autour du nucléaire), c'est parce qu'il y a l'aval des gouvernements. Cependant, ce sont ces mêmes gouvernements qui vont faire l'injonction aux citoyens : "La planète va mal : si vous ne faîtes rien, on va mourir." Oui, je veux bien. Mais je coupe le robinet d'eau le plus souvent possible, je régule ma consommation d'électricité en prévoyant l'arrêt de ma plaque-chauffante pour que la déperdition de chaleur serve à terminer de cuire mes plats, je marche très, très souvent (trajet de 4 km pour faire mes courses, eh ouais !), j'effectue le co-voiturage, je trie mes déchets etc. Et je m'entends toujours dire que la planète va mal et qu'à cause de moi on va tous crever. Alors que, derrière, les gens du gouvernement sont dans un bâtiment de luxe climatisé avec une nourriture qui nécessite bien plus d'électricité que j'en consomme pour écrire cet article (en comptant que je mange en rédigeant, donc je compte ma plaque-chauffante) tandis que tous leurs trajets se font en voiture elle-mêmes climatisées.
Et merde à la fin !


Vous comprenez qu'il y a un discours qui nous dépasse et qui se moque totalement de ce que nous sommes et de ce que nous faisons. Il faut éduquer les citoyens aux bons gestes, les conduire à respecter l'écologie, l'environnement etc : ça, je suis d'accord. Mais à force de rabâcher ce même discours de "l'homme est un pêcheur qui de toute façon ne fait rien pour son salut", on en vient à se dire : "Le poison du monde, c'est l'homme."
A cela, qu'un seul truc à dire : tue-toi !

Ce radicalisme signale qu'on ne peut décemment pas tenir le discours que l'homme seul est source des maux du monde. Le règne animal a lui aussi son lot d'éléments peu mignons et gentils.
Dirty Biology est une chaîne Youtube intéressante, puisque le but de son créateur est de montrer que la nature, justement, n'est pas mignonne et pleine de bon sentiment. La nature, c'est sale, sans aucun ménagement envers ta petite personne. Sa vidéo sur le pénis dans le règne animal signale bien cette idée. 



Donc, en effet, l'homme a une action sur la nature, comme toute espèce. C'est vrai, il a la possibilité de modifier son comportement, d'être dans une démarche écologique et citoyenne, bien qu'il fasse des erreurs monstrueuses. Mais il faut cesser de blâmer à tout bout de champ et d'aller dans des extrêmes, car des messages sont diffusés pour créer ce mal-être. 
Par ailleurs, la Terre ira bien : si jamais il y a un problème majeur, l'ordre peut-être rétabli. Une catastrophe naturelle, on repart de zéro, et ça se relance. Ça prendrait certes plusieurs milliers d'années mais, in fine, la planète s'en sortirait. Souvenez-vous : "Rien ne se perd, rien ne se crée : tout se transforme."
Là, du coup, on a peur pour nos fesses. Mais la conscience écologique n'est pas une peur liée à la planète, mais bien une crainte égoïste : si la nature "va mal", cela veut dire qu'elle ne sera pas habitable pour les hommes. C'est ce qu'un scientifique a affirmé. Lorsqu'on parle de "catastrophe pour la Terre", il n'en est rien : une catastrophe ne l'est que pour l'homme. La Terre, elle, se régulera.
Je fais exprès d'aller dans cette direction, car je sais que certains se battent pour défendre des espèces en voie d'extinction à cause d'erreurs et de cruautés humaines (qui se font aussi entre animaux, les cruautés etc). Seulement, au lieu de se plaindre, de dire que tout va mal, que la plaie c'est nous-même, ne faudrait-il pas quitter son clavier, cesser de dire, et enfin agir ?
Vous me direz : "Ouais, mais toi ? Tu dis, tu dis, mais tu es quand même sur ton PC à dire tout ça hein !" Sauf que, moi, je ne me reproche rien : à mon sens, je fais le maximum, je suis les consignes, j'essaie d'agir le mieux possible. Et c'est ceci, la démarche qui, je pense, est la plus appropriée. Bien plus en tout cas de répéter un milliard de fois par voix interposées : "Le monde va mourir à cause de l'homme !"
Et ainsi signaler les ravages sur l'écologie via un ordinateur (sans doute portable) qui a un impact énergétique assez mauvais sur le monde que tu dis "vouloir défendre" avec des idées dépassées et démesurées.


"Je ne me plains pas souvent de quelque chose, mais quand je le fais, je n'effectue rien pour arranger les choses."

Tu veux vraiment être dans une vie avec aucun impact, selon une vue de l'esprit et une idéalisation de la nature ? Alors donne t'en les moyens, et fonce. Commence par te défaire de ton ordinateur et de ton téléphone portable : ce sont des plaies à recycler, et, niveau environnement, leur construction et leur acheminement sont polluants.
Tu te dis que tu es retenu par des impératifs ou que, en fin de compte, ta vie te plaît bien comme elle est en ce moment ? N'aie pas honte. Mais ne joue pas les extrémistes du dimanche, avec une pseudo-lutte sur des commentaires Facebook. Vis convenablement, limite les comportements idiots. Ne laisse pas d'appareils en veille, éteins les lumières etc etc. En gros, suis des consignes, et cesse d'être hypocrite par une démagogie qui ne dépend pas de toi.
Vis et respecte. Mieux avoir une éthique que suivre la démagogie. 

Et retour sur un autre élément de société : "Je suis Charlie" et la liberté d'opinion.

dimanche 2 août 2015

Tonton Death Metal et le jeu vidéo : La politique 3/3

 Souvenez-vous : en politique, il faut savoir manier le langage en toute circonstance. Un grand discours, et on vous acclame, on vous mange dans la main. Une seule erreur d'apparence, et tout est fichu.

Le propos des jeux de gestion et de stratégie
 
D'abord intéressés par l'enfance du jeu vidéo, nous avons vu que le domaine politique s'est élargi. Cependant, même si les jeux ont mis un accent politique au fur et à mesure, on reste plus ou moins dans cette idée d'objectif : en face, il y a des ennemis. Et si on caricature les jeux cités auparavant, le changement au fil des années a été que les jeux vidéo peuvent moduler l'ennemi à vaincre selon la politique : tu croyais que ce pays était ton allié, mais pas du tout il a préparé des choses en douce.
En soi, il y a peu de pistes de réflexion sur la politique dans ces jeux qui ne prennent pas cet élément au cœur de leur dispositif ludique. Cependant, XCom utilise des éléments du jeu de gestion ou de stratégie, lequel place la politique comme un élément crucial pour réussir. C'est ce que font d'autres jeux tels que Civilisation ou le parodique Tropico.

Si le premier est un jeu de stratégie très sérieux et richement documenté, et le second un jeu de gestion qui vous propose d'incarner un dictateur d'une île qui ressemble à Cuba, en somme si le propos et la forme changent pour ces jeux, il y a au sein du dispositif un même but : parvenir à créer une nation, un peuple ou une région stable et prospère capable de réagir ou d'anticiper divers dangers. 

 
Une action politique rondement menée, ou la diplomatie dans ta gueule ! (source)


Dans le cas de Civilisation, la politique se réalise par les contacts avec les autres peuples : à vous de voir si vous voulez vous faire des alliés ou des ennemis, échanger cordialement des savoirs ou les obtenir par la force. Malgré ce système poussé de dialogue et d'échange avec des dirigeants, l'aspect politique semble se limiter, une nouvelle fois, à cette notion de résultat : mon choix est fait dans un cas de résolution. En d'autres termes : je veux ça, donc j'agirai comme cela.

 
Je veux que mon peuple file droit : totalitarisme ou république ? Inspirer la terreur ou être sympa pour qu'ils me suivent ? Des questions dont la réponse est : tout dépend si le jeu le veut bien ! (source)


Pour Tropico, en dehors du jeu, il y a un message sous-jacent : sous fond de musique cubaine, avec des messages au second degré, le ton permet de prendre du recul avec un régime dictatorial, et d'en montrer les ficelles caricaturées. La limite de ce ton est évidente : l'étude et la ridiculisation du totalitarisme sont des choses déjà vues. Certes, cela est assez inédit dans le jeu vidéo, mais pas dans la conscience collective. Et lorsque le système ludique, le divertissement de la série, n'évolue pas, on en vient avec Tropico 5 à ne pas être surpris par cette formule que l'on connaît déjà.


Voilà un dirigeant qui inspire la confiance avec son uniforme ! Un cliché digne de Fidel Castro. (source)
 
On semble remarquer que la politique dans le jeu vidéo se heurte à un problème, et pas des moindre : est-ce que l'idée même de "jeu", cette dimension de divertissement, empêche de prendre la politique autrement que comme un lot de manipulations en vue d'un objectif ? N'y a-t-il pas un autre message différent du sempiternel : "La politique, c'est des gens qui font les honnêtes alors qu'ils ont un but en vue" ? 
Une forme de changement aurait pu être envisagée avec le jeu Democracy 3. Ici, il est question de véritablement diriger un chef de gouvernement, de prendre des décisions politiques. Il n'y a pas de nation à amener au sommet, ni de ville à faire grandir ou se développer. On a ôté tout côté "but-récompense" propre à une compétition contre un adversaire physique ou géré par l'intelligence artificielle. Le seul objectif est de diriger, de présider.

 
Des éléments liés comme un réseau de chaînes composés de plusieurs maillons : le tout est d'équilibrer, de modifier sans que tout s'écroule. (source)


Encore une fois, la réflexion se heurte à un obstacle de taille : comment rendre dans un système clos les multiples possibilités qui se font en politique ? Le jeu, en tant que tel, peut poser un problème, lequel doit avoir une solution : si un jeu qui impose une difficulté n'a pas de solution possible, il n'y a pas de jeu, pas de dépassement, de franchissement. Pas de fun.
Comme Democracy 3 reste un jeu, il doit conduire la joueur à ressentir du plaisir. Ici, ce n'est pas taillader les méchants du vilain empire ou déverser la liberté sous un bain de sang. C'est le plaisir du jeu de gestion, celui de voir les obstacles, de les franchir, pas à pas, et de mener une conduite stable. C'est donc une forme de grande énigme à surmonter.
L'aspect visuel du jeu montre bien cet aspect : nous avons un grand puzzle, et la moindre action sur chacune des pièces aura des conséquences sur les autres. Le sel est d'équilibrer ces forces.
Serait-ce donc là l'axe d'interrogation, à savoir comprendre la politique comme un gigantesque compromis, entre manipulation, jeux d'apparence et tensions entre intérêts personnels et bien commun ? 
Si le jeu vidéo a amorcé des choses très intéressantes, il apparaît qu'en terme de politique, il pourrait y avoir d'autres voies à emprunter. 


  

Finalement, si la politique dans le jeu vidéo s'est un temps limité à des archétypes, tout comme la bande-dessinée, c'était en but de créer un objectif motivant pour le joueur : tu es au sein d'un système qu'il faut renverser. L'ennemi n'est pas arbitrairement présenté et n'est pas à combattre pour un but strictement personnel : il est objectivement mauvais car son objectif va à l'encontre de la paix ou de la dignité humaine.
Seulement, puisque les jeux ont gagné en profondeur, ils ont aussi gagné en moyens de donner envie au joueur de poursuivre son aventure. Il est donc possible d'approfondir la politique et de dépasser ce qui a été fait auparavant. Toutefois, il semble qu'il n'y ait pas encore eu vraiment de réflexion amorcée car la politique sert toujours à un dispositif de stratégie et de gestion, comme un gigantesque puzzle interactif. Le dispositif ludique semble empêcher une réflexion approfondie autre que "ils nous ont trahis" ou "il faut se méfier de ses alliés comme de ses ennemis" qui sont des lieux communs. Peut-être parce que le sujet a longtemps été analysé et étudié par la critique historique, la philosophie et la littérature, et que nous sommes dans cette logique de méfiance, ces pistes abordées ne surprennent pas, ou très peu.


J'espère que cet article sur la politique vous a plu : il a été délicat à envisager, et plusieurs choses ont été assez riches, je ne pouvais pas, vous vous en doutez, le faire en une seule fois.
Comme vous pouvez voir ce que je compte proposer sous cette chronique blog Tonton Death Metal et le jeu vidéo, j'ai envie de vous mettre à contribution : quel sujet à traiter voudriez vous voir ? Qu'est-ce que vous souhaiterez avoir comme thématique analysée en lien avec le jeu vidéo ? Comme vous avez pu le constater, les possibilités sont multiples !Faîtes part de vos propositions en commentaire, ou bien par mail via le formulaire de contact disponible à droite.
Je vous souhaite à tous une très bonne semaine : on se donne rendez-vous prochainement pour un nouvel article !