samedi 24 octobre 2015

Critique d'album : "Attaque" de H-Bomb

Party time !

Bonjour à tous !

Mettons de côté la société et les jeux vidéo un moment, et revenons aux classiques. Peut-être, pour moi, un classique aussi important dans mes goûts musicaux que l'ont été Death, Krimh, Royal Blood, Dark Hall, Dream Theater, Chopin ou André Rieu.
Plus que ça, on s'attaque ici à de la musique française ! Sortez les coqs vêtus de pantalons treillis et de débardeurs noirs, affublés de la plus belle moumoute bouclée à faire valdinguer dans tous les sens, on entre dans l'univers fantastique du Thrash Metal des années 80 avec "Attaque" de H-Bomb.

Source

L’œuvre :

Avant tout, il faut replacer l'album dans son contexte. Le Metal dans les années 80, en France, ça ne court pas les rues. Déjà parce qu'il y a une méfiance de ce qui est américain : vous avez tous entendu, encore dans les années 90 et 2000, ce discours disant : "Ah mais c'est amerloque ça, c'est pas français !" Ce discours traditionaliste a posé problème à l'émergence du Metal en France : c'était pas de chez nous, alors certains n'en voulaient pas, comme le Hip-Hop.
Mais ce genre en France a connu une difficulté bien à elle : l'amalgame avec le satanisme et les problèmes religieux. Il faut savoir que le Metal, mine de rien, c'est une musique qui conteste et ça ne plaît pas forcément non plus. A l'origine, le Heavy Metal est apparu fin des années 60, et les jeunes commençaient à se laisser pousser les cheveux pour refuser une forme de répression culturelle par l'éducation : un homme peut avoir les cheveux longs et sortir des sentiers battus.

Led Zeppelin, un des groupes à l'origine du Heavy Metal (source)
C'était aussi un moyen de montrer qu'on était contre la guerre du Vietnam etc. Les soldats, ça a le crâne rasé. Un chevelu, ça prouve bien qu'entre l'armée et lui, il y a un gouffre.
La musique, elle, a progressé du Rock au Hard Rock, puis au Heavy Metal avec un Blues qui s'est fait plus puissant, plus profond, plus "lourd". Il y a émergence d'une musique qui envoie, qui balance, joue sur les rythmes pour que ça soit carré et vif.
Le Metal est allé entre deux écoles : les "Black Sabbathists", dont la lenteur a créé le Doom Metal (parce que c'est lent et ravage tout par son côté massif) et les "Post-Deep Purple", où l'on puise plutôt dans la fougue.

Musique Rock des années 60 et armée, ça ne fait pas bon ménage. Aussi, à l'heure des années 80 et d'un dégoût naissant pour la culture militariste américaine et l'émergence du nucléaire (qui effraie toujours), le Metal s'est fait plus revendicatif, plus grognant, plus violent - disons-le, même si je déteste ce mot. Il fallait que ça cogne, que ça tabasse. A émergé, peu à peu, le Thrash Metal - Metal coup de poing dans ta face.
H-Bomb est la tentative française pour proposer un Metal aux accents Speed (qui évoque la transition du Heavy vers le Thrash, comme avec Raven) avec une efficacité qui n'a rien à envier à des classiques qui ont nourri le Thrash comme le "Kill The King" de Rainbow, "Set me Free" des Sweet (oui, un groupe de Glam Rock a fait du Thrash avant l'heure) et "Stone Cold Crazy" de Queen (oui, Queen a fait du Thrash avant l'heure !).

Les Queen vifs et puissants !
Aux côtés de Trust, Sortilège ou Satan Jokers, H-Bomb va évoluer petit à petit, et se faire une place auprès des amateurs de Metal de cette époque. Il faut dire que du Metal français, il y en a peu, alors on les chérissait comme il se devait !

L’œuvre de H-Bomb, "Attaque", est dans la droite lignée de productions Thrash de l'époque : thématiques militaires pour évoquer des conflits et pour que ça balance, inspirations parfois médiévales quand on évoque une Gwendoline remarquable de puissance et d'indépendance. Tout l'album est nourri de l'imaginaire Metal. De la force, de la vitesse, un côté guerrier, le tout sous une bonne odeur de bière et de cuir.
Qu'on se le dise tout de suite, cet album n'est pas original en soi. Mais nous allons voir que, dans son genre, il est une véritable pépite qui, dans sa technique, renferme quelque chose qui ne s'est fait nulle-part ailleurs.

Source

La technique :

Tout d'abord, le groupe a choisi de chanter en français. Rien de particulier, qu'on me dira. Drôle d'idée, peut-on rétorquer. Pas du tout ! Déjà, chanter en français dans un style qui a évolué la langue anglo-saxonne, c'est difficile. Cela requiert de revoir la langue française, d'utiliser des termes issus de l'imaginaire Metal différents, car n'ayant pas la même sonorité. Je veux pour exemple le refrain de "Exterminateurs".

"Une marche forcée, un coup de fouet à terre
Une marche forcée, à coups de poings de fer !"
On a tout : le côté "march to die" évoquant le Thrash américain qui dénonce l'armée, le "coup de fouet" qui, évidemment, exprime l'idée du "Whiplash", de cette douleur cervicale due au coup de fouet de la nuque pour le headbang (secouer sa tignasse) ainsi que le coup de poing, le fameux "Thrash" !
Seulement, transcrire ça en français, ça ne se fait pas de façon littérale. Si on prend le refrain du "Whiplash" de Metallica en français traduit vite-fait, ça donne ça :


L'adrénaline commence à pulser (Adrenaline starts to flow)
Tu dégommes tout ce qu'il y a (You're thrashing all around)
T'agis comme un fou furieux (Acting like a maniac)
Coup de fouet ! (Whiplash !)
Ce n'est franchement pas une réussite.
Donc, pour H-Bomb, parvenir à tenir tout un album cohérent, avec des paroles qui collent à la rythmique hachée, taillées sur mesure, ce n'est pas chose aisée !
D'autant que, du coup, cela donne un charme fou à l'album : les élans en français ont quelque chose de délicieux qui peuvent frôler le kitsch. Mais ce serait passer à côté d'un "Crache et crève" absolument remarquable ! Rien que le titre est puissant !

En dehors de la voix et des paroles, l'album, sans surprendre, reste d'une solidité à toute épreuve : entre le premier "Exterminateurs", "Double Bang" ou "Substance Mort", on reste sur une rythmique Heavy Metal. Les guitares balancent des mélodies carrées, ainsi que des solos bien sentis. La basse n'est pas en reste et donne, comme on attend dans ce genre, un relief Blues. Mais, dans ce cas, qu'est-ce qui fait que cet album me semble unique ?
Le traitement du son, la manière dont on nous donne à écouter ces musiques, est tout à fait particulier. Il y a un certain grain, une touche que l'on ressent dans la voix du chanteur conjuguée à l'ensemble du groupe. C'est bête à dire, mais je n'ai pas entendu d'album enregistré comme ça qui soit aussi intéressant, aussi singulier.
Cet album exprime un savoir-faire de l'époque, mêlé à une énergie de vouloir faire une tentative Heavy Metal en France. On est donc à la fois dans un travail solide, qui prouve l'effort de tout un ensemble de personnes voulant faire du Metal en France une institution, et, d'un autre côté, dans un manque de moyen qui insuffle un aspect plus amateur, mais plus intime.

Pour ces raisons d'efficacité Metal avec une personnalité unique, H-Bomb m'a marqué par son album "Attaque". Les paroles sont bien écrites, non parce que le texte est fort, mais parce qu'il colle totalement à un style musical étranger. Les mots s'accordent à la rythmique, et créent un ensemble cohérent. Ceci est d'autant plus remarquable que l'esthétique Metal de l'époque, à base de guerriers, de cuir, de demoiselles et d'acier, est typiquement anglo-saxonne, avec des expressions parfois intraduisibles. Toutefois, H-Bomb s'en sort avec les honneurs : leur musique, si elle n'est pas originale en terme d'écriture, ne ressemble cependant à rien d'autre dans ses sonorités.
C'est sur la base de cet album que j'ai d'ailleurs conçu et articulé le roman Berserker. J'avais depuis longtemps l'idée de faire une écriture moderne du "berserker", guerrier nordique bestial. Seulement, je n'avais pas réussi à trouver un lien entre toutes mes idées. "Attaque" m'a permis de consolider ce que j'avais : "Crache et crève", "Exterminateurs", "Dressé à tuer" et "Fou sanguinaire" sans les musiques qui m'ont conduit à écrire certaines phrases, et à percevoir mes personnages sous un certain angle.
Berserker est un roman qui doit beaucoup à cet album : je l'ai voulu vif, rythmé, puissant mais par moment sensible. Je me devais, dans ce cas, de consacrer un article à ce qui m'a permis de sortir d'une impasse en écriture.

Bonus : comment ça le Thrash Metal peut avoir une patte Blues Rock ? Eh bien écoute ce titre de Venom !

 

samedi 10 octobre 2015

Tonton Death Metal et la société : Les raccourcis et les détours de pensées


"Pas de panique Jean-Pierre, réfléchir plutôt !" (source)

Bonjour à tous !

Vous le voyez, depuis que, sur mon blog, j'ai terminé de présenter mon boulot et depuis que j'ai dépassé une année un peu compliquée, on évoque des sujets et on interroge des éléments de société. En quoi le Metal n'est pas une musique de merde ? Qu'est-ce qui fait que le jeu vidéo n'est pas un loisir d'attardés asociaux ? Où se situe l'hypocrisie ?

En gros, on parcourt des sujets pour lesquels les clichés sont légions, et pour lesquels on peut faire dire tout et son contraire, notamment par la magie des raccourcis et des détours !
Ça peut être pratique, ces raccourcis ou détours : ça permet d'arriver plus vite quelque part, ou bien d'emprunter un itinéraire différent pour profiter d'une autre vue, d'une autre chemin parfois plus agréable, même si plus long...

Mais on va voir que ce qui vaut pour un trajet physique colle tout à fait à une réflexion.
Je le dis souvent, et je vous y invite dès que possible : méfiez-vous des discours généralistes. J'ai cette tendance à vouloir à tout prix prendre du recul avec les média et leurs raccourcis unilatéraux qui semblent affirmer: "C'est comme ça et pas autrement".
Mais quelqu'un de bien observateur pourrait me rétorquer : "Tu dis qu'il faut préserver son esprit critique, mais toi aussi tu donnes des chemins à suivre !" Sauf que je n'impose pas.

Un problème majeur des médias généralistes est que, justement, ils généralisent. Cela signifie qu'on ignore au maximum les particularités, et on sélectionne des cas précis pour répondre à une attente ou à une question, dans tous les cas pour faire vendre.
Lorsqu'un journal, télévisé ou traditionnel, signale en premier lieu : "Accident mortel en "cite-un-pays-au-pif", ce n'est pas pour éveiller la conscience collective et proposer aux personnes un moyen d'être informé sur les incidents du monde. L'annonce a pour but d'attirer, comme une belle vitrine. Quand on scande en une, on veut attirer la curiosité : "Comment, qu'est-ce qu'il s'est passé ?!"
Plus c'est dans le scandale, plus ça attire, plus ça fait de l'audience ou des ventes.
Si les médias ont pour but lointain d'informer, l'essentiel est de vendre. Ce que je critique là-dedans, c'est que, pour tenir les personnes en haleine, des procédés narratifs sont usés, comme pour un roman : annonce choc, attente, sensibilisation exagérée pour créer de la pitié, de la colère ou toute autre émotion qui fera que le spectateur va rester.

Seulement, on se retrouve à ingurgiter des informations erronées ou amputées pour que ça rentre dans un format imposé. Et on se retrouve avec le cas qui sert d'introduction à cette vidéo de Dirty Biology.

"Sur Youtube, il n'y a que des gens incultes... Vraiment ?"

Lors d'une émission à la radio, le média Internet, notamment Youtube, est critiqué en affirmant que cela rabaisse globalement le niveau culturel. Autrement dit, Internet c'est con et ça rend con, car les idées qui sont partagées ainsi ne le sont pas par une élite, mais par n'importe qui - et n'importe qui est con, par définition.
Pour illustrer leur propos, non seulement ils ont pris un Youtubeur en cible (le pauvre n'avait rien demandé), mais en plus ils ont sélectionné un seul cas pour en faire une généralité. Vous voyez où je veux en venir ?
Pour que l'idée qui va faire tenir le spectateur puisse rentrer dans le format, pas de temps à perdre à être exhaustif. On a ce vidéaste, et on va dire que TOUS les vidéastes abaissent le niveau de conscience. Exit ce qui est Crossed, Dirty Biology, Estheth'Geek, qui sont d'autres émissions Internet au contenu intéressant.
Mais est-ce que la radio ou la télé sont les endroits pour être exhaustifs, précis et, surtout, justes ? Pas forcément.

"De l'art expliqué par une personne qui n'est pas de l'élite ? Impossible !"

Ces médias sont fermés, avec un planning serré : il y a beaucoup de choses à caser sans avoir un maximum de temps. Il faut donc des raccourcis et des détours pour pouvoir parler d'un sujet, quitte à tordre la réalité. Autre problème, c'est que ce sont des médias qui imposent : tu suis leur ligne éditoriale, leurs argumentaires. Internet, à côté, permet un accès à tout, tout le temps, dans des formats libres : à chacun de sélectionner et de faire sa propre programmation.

Et ce n'est pas plus mal ! C'est en partie à cause de tels raccourcis de pensées qu'on se retrouve avec des inepties incroyables : prenez le cas d'un groupe de Black Metal underground (c'est à dire mal enregistré) et sataniste, et dîtes que tout le Metal est sataniste, violent, laid à entendre, sans aucune recherche musicale car basée sur des clichés de la culture satanique.
Alors, déjà, au sein du Black Metal, on ignore ainsi tout ce qui est Folk Black Metal, qui utilise des instruments assez inattendus, tel Finsterforst et la place prépondérante de l'accordéon sur leur premier album, ou des instruments à vent et des rythmes exotiques avec Equilibrium. C'est aussi ignorer des pans entiers d'une culture dont on n'a même pas cherché à approfondir quoi que ce soit pour préserver son argumentaire fermé.


On va ignorer les Opéra Metal d'Ayreon, les envolées mélodiques de Symphony X, le travail hallucinant de composition de Chuck Schuldiner sur Death et Control Denied. On va préjuger pour donner à préjuger. Prémâcher le plus possible pour que le spectateur n'ait plus qu'à avaler, et à vomir aussitôt.

La démagobox ! (source)
L'autre problème des médias traditionnels, comme montré par Dirty Biology, c'est qu'ils sont dirigés par une élite. Une élite défend des idées qui ne sont pas celles de tous. Et si l'élite a des avantages avec la culture traditionnelle, le message qu'ils transmettront, lui, sera traditionaliste. C'est-à-dire que si longtemps le jeu vidéo et la musique populaire émergente (Rap, Techno ou Metal) étaient mal-jugés et dépréciés de la plupart des personnes, c'était à cause de cette élite, en partie. Pourquoi ?
Imaginez que, dans votre part d'audimat, vous avez une forte part qui vient de personnes qui votent pour un certain parti politique, qui ont une certaine tranche d'âge, avec un certain type de famille. Toutes ces informations sociales et sociétales vont permettre de dresser une liste d'attentes et d'éléments culturels communs sur lesquels se baser pour fidéliser la clientèle. Laquelle se dira : "C'est tout à fait ce que je pense !"
Si votre part d'audimat refuse l'immigration, les rassemblements de jeunes, la culture émergente et populaire, les programmes et les reportages seront commandés pour aller dans le sens du vent. Les nouvelles seront choisies et tordues légèrement que qu'elles disent qu'Internet, c'est mal, que la culture qui vient peu à peu est néfaste, et que les étrangers nous volent notre travail et nous vident les caisses.
Ce sont ces mêmes médias qui nourriront des argumentaires fermés, basés sur des cas particuliers pour faire des généralités.
On peut le voir facilement : prenez une même nouvelle, comme ce cas de cette femme qui a combattu des hommes du Daech. Rien ne dit d'elle qu'elle est une Jeanne d'Arc ou quoi que ce soit. Mais des médias orientés l'ont fait, pour partager une culture commune avec leur cible, leur clientèle. Quitte à dire qu'elle est morte, seule face à 50 hommes, alors que Le Monde affirme qu'elle a été tuée par un sniper, sans préciser quoi que ce soit si ce n'est qu'elle prêtait main forte à des combattants. Ce journal, d'ailleurs, dresse une image qui, comme ils le disent, à quelque chose à voir avec le fait "d'invoquer". Ils parlent de la construction d'un symbole, d'un combat, tandis que ripostelaïque en fait déjà un symbole tout prêt à être ingurgité.
Ce n'est pas nouveau, et vous le savez sans doute : dans l'information, un même fait peut être interprété de multiples façons. Et c'est bien ça le problème. L'information est interprétation, il faut donc savoir réinterpréter, prendre du recul pour bien percevoir.

La prochaine fois qu'un message est diffusé en masse sur les réseaux sociaux, ou lorsqu'un reportage semble bien orienté, demandez-vous quel est l'objectif derrière. Lorsque le monde semble pourri jusqu'à la moelle, que l'insécurité est mise en avant, que l'imbécilité apparaît comme omniprésente, essayez de voir quel est le message. Faire un état des lieux déplorable du gouvernement actuel en vue de prochaine élections ? Mettre à mal la conscience du spectateur pour lui donner, en guise de "nouvelle positive", la dernière sortie d'un artiste soutenu par le groupe qui détient la chaîne du JT ? Ou simplement saborder la concurrence, comme avec le cas observé par Dirty Biology, afin d'assurer la suprématie d'un média en difficulté ?
Les raisons sont nombreuses, mais l'effet est le même : l'information joue d'effets, et n'est rarement gratuite. Qu'elle soit spectaculaire et contre-productive sur BFMTV, ou une vitrine déguisée sous un même schéma de "catastrophe - fait divers - publicité" sur le 19.45, il faut garder à l'esprit qu'Internet est disponible, et permet en quelques instants de faire l'inventaire rapide des interprétations.
Et de voir que la vérité n'est pas aussi simple que ce qu'envoient la télé ou la radio.

"Cherchez sur Internet tous les éléments argumentaires avant de vous faire votre propre idée." (source)