samedi 21 novembre 2015

Comment faire pour... Être un bon enseignant ?


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Grande question que l'on se pose si on débute dans le milieu : comment bien se faire voir de ses semblables tout en ayant l'approbation du commun des mortels ? En gros, par quels moyens se faire aimer et respecter de tous en tant qu'enseignant ? Il suffit d'observer ces quelques éléments cruciaux.


Être toujours en train de travailler, même pendant la pause méridienne. 
On le verra plus tard, mais un enseignant se doit de travailler, toujours, sans s'arrêter. Si, durant la pause de midi, tu n'es pas en train de préparer une affiche, de revoir ta programmation, de placer les tables pour l'après-midi, de compter les affaires pour l'EPS, de rectifier ton affichage... Bref, si tu manges à midi ou que tu poses tes fesses, c'est que tu n'as pas encore entièrement endossé ton rôle de professeur. Tu as toujours quelque chose à faire et, si tu n'as rien à faire, c'est que tu n'as pas tout anticipé ni tout réfléchi : bosse dur !

Dress code de rigueur !
L'habit ne fait pas le moine, mais l'école est laïque, et l'habit fait le professeur. Attention, si tu ne respectes pas ce dress code, tu ne seras pas un véritable enseignant, tout juste un rigolo ! Chemise-pantalon façon Celio pour les hommes, robes bariolées style Desigual et bijoux fantaisies pour les femmes. Parce qu'un homme se doit d'être très sérieux avec style, et une femme aussi proche, maternelle, douce et cool qu'une mère (dont le sérieux n'est pas à prouver car elle a l'enseignement dans le sang, c'est bien connu).


Concept inspiré de la page "Pack débutant"

Se plaindre du système en place.
Peu importe le gouvernement, l'Education Nationale est à la rue. Aussi, comme l'employé qui se plaint du patronat, et jaloux qu'est l'enseignant de bosser dans la fonction publique (du coup, il peut pas se plaindre du patron), le prof braille contre le gouvernement : réformes contre-productives, mesures qui pensent au pognon avant de penser à l'avenir des enfants, mairies qui se moquent de la pédagogie... Ils sont tous là à vous empêcher de faire votre travail !
D'ailleurs, l'enseignant est le premier à faire grève, pire encore que les chemineaux.

Corriger, corriger, TOUJOURS PLUS DE CORRECTIONS !
Regardez Fabien dans Scènes de ménage : voilà un professeur qui a tout compris de son métier ! Stylo rouge à la main, piles de copies pas loin de lui. C'est simple, un prof sans stylo rouge, c'est Mickey sans ses oreilles ! Et si tu rentres chez toi sans des caisses de copies, c'est que tu n'as rien fait de la journée, cela va de soi. La qualité d'un enseignant se mesure au kilogramme de feuilles à griffonner chaque soir - quand bien même le temps de midi a été employé à des choses éducatives.
Bref, si t'es prof et que tu ne corriges pas sur ton temps libre, c'est que t'es un imposteur !
"Bonjour, je suis un prof, sacrémengh blindé de corrections !"

Être toujours en vacances.
C'est connu, le prof est toujours en vacances. Son métier est pépère, il bosse avec des enfants. Puisque c'est une passion, la pénibilité n'existe pas. Être en classe, c'est la poursuite des vacances, une deuxième maison !

Boire du café.
Alors là, on est d'accord : la récréation, si on n'est pas de service de surveillance (un grand mot pour dire "je bois mon café dans la cour pour faire acte de présence), c'est pour aller en salle des maîtres autour d'un café et pour se plaindre du système en place ou parler pédagogie, voire d'autres choses !

Ne jamais se plaindre de sa santé, ni se dire fatigué. 
Si l'enseignant peut singer l'employé qui se plaint de son supérieur, il ne peut en aucun cas s’accaparer ce mal du siècle propre aux salariés qu'est le burn out. Un enseignant n'a pas le droit à la dépression : après tout, il travaille avec des enfants, volette la bouche en coeur dans un milieu tout choupinou mignon, chante des comptines, enseigne des savoirs de base, fait des goûters... Puis, merde, c'est une passion, c'est pas vraiment un travail quand on aime ça de tout son coeur ! On le disait déjà avant : entre midi et deux, il ne fait pas de "repos", il fait des choses pédagogiques, puisque c'est sa passion. Pause et temps libres = pour l'enseignement, c'est ton moment de ressource... On y reviendra encore une fois.

"C'est bête comme chou l'école primaire : regardez comme c'est tranquille ! Sages comme une image..." C'est une image, justement. (source)

Trouver ne pas être assez payé.
Eh oui : on ne compte pas nos heures, et même si c'est notre passion, eh bien on aime être rémunéré à notre juste valeur. Un prof, malgré la sécurité de l'emploi et le fait qu'il bosse dans le monde merveilleux des enfants, estime ne pas avoir assez. Cet ingrat veut tout et, surtout, plus d'argent.

Faire des réunions, TOUJOURS PLUS DE REUNIONS !

Si tu es enseignant et que tu as fait des heures de formation en plus de ta présence en classe, ne cherche pas à faire valoir lesdites heures pour louper une réunion. TOUTES les réunions sont cruciales, et tu dois apprécier au maximum ce temps qui t'est permis pour approfondir entre collègues ton goût de l'enseignement et ta pratique de professeur. S'esquiver, c'est comme faire quelque chose qui n'a rien à avoir avec l'enseignement sur ton temps libre : ça montre que tu n'es pas un vrai prof.

Se plaindre des enfants et de l'éducation des parents.
Pour peu qu'il soit français, le professeur a deux fois plus que les autres le tempérament de se plaindre. Du coup, en plus du système en place, il s'insurge contre les parents et tout ce qui est dans la modernité - car elle ne va pas dans le sens d'une école plus traditionnelle. Un prof impose, et sait mieux que tous la direction que doit prendre la "juste éducation". Restons dans le monde des comptines, et plaignons-nous de ceux qui n'ont rien compris à notre monde : ce sont des hérétiques, et ils s'en mordront les doigts.
Faut pas faire chier le gang des enseignants !

N'écouter que des comptines pour enfants, et rien d'autre.
Ah ben oui, la culture qu'apprécie le prof, c'est la culture de l'école ! Henri Dès est son messie, les contes populaires ses livres de chevets. Un véritable enseignant se doit de faire perdurer cette culture ancestrale, et de l'imposer contre l'infâme culture populaire - tous les profs détestent les Pokémon, on sait tous ça.

Ne jamais, jamais se tromper !

Un enseignant sait tout sur tout, et l'erreur est sont pire ennemi. Il l'est à tel point qu'il l'a tué, enterré, pulvérisé et dispersé aux quatre vents. Ainsi, l'erreur ne l'approche plus, l'enseignant a toujours raison et ne se trompe jamais. Si d'aventure un élève ou un membre de la plèbe lui pointe une approximation, il se fendra de l'argument choc et ancestral qu'est : "C'était pour voir si vous suiviez, bien entendu !"
Si tu te trompes et que tu n'avais pas prévu d'être dans l'erreur, c'est que tu ne prévois pas assez les choses, que tu manques de clairvoyance. Être parfait, c'est difficile : eh bien être professeur, ce n'est pas donné à tout le monde, penses-tu !
Distribuer des bons points et des images ou vignettes.
A propos de la perfection de l'enseignant, tout comme elle se jauge aux tonnes de copies et de classeurs de préparations qu'il trimballe derrière lui, elle se mesure aussi au nombre de bons points, d'images ou de vignettes qu'il distribue. Plus il en donne, plus ça montre que ses élèves réussissent, puisque ces récompenses se méritent. Si tu ne fais pas ça dans ta classe, tu n'es pas un bon professeur, car tu ne fais pas "comme il faut faire" selon la culture ancestrale de l'école du bon temps jadis !

Rêver, respirer, vivre enseignement 24/24, puisque c'est une passion totale et absolue. Celui qui ne ressent pas à fond cette mission n'est rien d'autre qu'un fumiste !
Cela centralise tout ce qu'on a dit : tout dans ta vie doit graviter autour de ton métier. Tu n'as pas le droit de repousser des corrections pour d'autres projets, car tes seuls projets sont liés à l'école. Tout ton temps est optimisé pour cela. Et si tu es pris en flagrant délit de non-investissement permanent dans ta mission d'enseignant, alors c'est fini pour toi, sale imposteur !

Et, surtout !
Ne jamais faire ses courses soi-même : un enseignant ne sort jamais de sa classe, c'est bien connu !


Vous l'aurez compris : je débute une série d'articles autour des clichés, des lieux communs que l'on peut entendre et nous faire douter en tant que personne. J'ai vu beaucoup d'enseignants plonger dans le piège d'endosser un costume, une façade d'image idéalisée qui ne correspond pas à ce qu'ils sont, et en souffrir par la peur de ne pas correspondre aux attentes et celle de ne plus complètement "être soi-même".
Par la même occasion, on en profite pour plaisanter autour des stéréotypes et de leur diffusion. C'est aussi un moyen de se rassurer. Par exemple : oui, tu es enseignant, mais l'erreur est humaine. Il faut simplement avancer à son rythme, et donner le maximum.

Aussi, si jamais vous avez des idées, n'hésitez pas à les partager, soit en commentaire, soit en m'envoyant un message par le formulaire disponible !
A bientôt pour un nouvel article !

samedi 7 novembre 2015

Tonton Death Metal et la société : Identité, culture et fausses routes

Suivre les autres ne conduit pas forcément au chic. (source)
 
Bonjour à tous !

Dans la vie, il y a plusieurs étapes. Parmi elle se trouve la confusion de l'adolescence, que certains oublient vite. Pourquoi ? Car on peut très souvent entendre de la bouche d'adulte que c'est "l'âge bête", "l'ingratitude généralisée" ou bien "le manque de respect à tous les étages".
Seulement, ces adultes ont peut-être perdu à l'esprit que, eux aussi, ont été adolescents. Et si je démarre cet article par cette idée, c'est que l'adolescence est, comme l'enfance, un moment crucial dans la constitution de l'identité : après avoir baigné dans une culture restreinte, le champ d'ouverture s'élargit, d'autres possibilités s'offre à la personne. A celle-ci de faire son choix, de sélectionner, de devenir lui ou elle.
La constitution de son identité relève de l'aventure. Elle est semée d'embûches, de pièges, parfois dont on ne sort pas. Et c'est de cela que nous allons traiter aujourd'hui : par quels moyens le grand bain de la culture peut conduire celui qui conçoit son identité vers des fausses routes ?

"Tous les ados sont en crise !" (source)

Arrivé à l'adolescence, encore plus avec Internet, l'enfant se trouve confronté à énormément de modèles et de voies à suivre. Il est donc idiot de tout balayer en affirmant que c'est un "âge bête". Il faut saisir l'importance d'une recherche de place et d'identité là où le bruit est très présent : bruit de plusieurs succès alors qu'on cherche son orientation professionnelle, braillements médiatiques et effets spectaculaires vomis à tout bout de champ alors qu'on tend à vouloir espérer le meilleur. Quand on voit que le meilleur, certains l'ont on ne sait comment, il y a de quoi conduire à tout. "Je veux m'affirmer, être moi." Tout ceci brouille et fait rentrer dans une confusion.
Je ne vous enseigne rien : cette quête d'identité devient une quête de singularité. Face à tout ce qui se fait, certains cherchent à se démarquer, à être original à tout prix, à montrer qui il est à coups de poing sur la table.
"Prouve que tu existes !"
Cela peut être un adepte du numérique, un aficionado de sport, un fan d'un musicien, un grand amateur d'un genre musical, un bouffeur de films etc : tous ont en commun cette recherche d'être unique, singulier, d'affirmer son identité et ses goûts.
La culture devient alors un élément crucial. Pour se lancer au mieux dans sa recherche, on tend, à cet âge, à aller vers des cercles précis, à s'intégrer auprès de ceux qui peuvent partager nos mêmes centres d'intérêt. Comme dit, l'enfant évolue en premier lieu dans le cercle fermé de la famille et de l'école, et s'ouvre peu à peu. De la même sorte, il quitte une forme de culture populaire et tend à découvrir des cultures émergentes ou alternatives, lesquelles sont plus ou moins bien perçues.
C'est bien cet accès à une culture particulière qui pose de multiples problèmes :
- comment montrer que la culture que j'aime n'a rien à envier à la culture populaire ?
- comment être moi-même et singulier au sein d'un groupe ?
- comment avoir sa place dans une culture qui a de multiples facettes ?


Le culturisme, c'est important ! (source)

Quand on s'inscrit dans un groupe, s'impose une barrière : en premier, je quitte un cocon et me lance dans mon affirmation.
L'identité enclenche souvent une recherche par rapport à une exclusion de la culture populaire : on rejette cette "pop" pour se diriger vers de "l'anticonformiste". Je mets cette expression entre guillemets, car je parlerais plutôt d'alterconformisme, une autre conformité. En soi, toute culture a un certain conformisme, un ensemble de règles à suivre
Accéder à une nouvelle culture qui nous était jusqu'alors inconnue, ce n'est pas refuser la culture populaire, mais refuser l'exclusion que j'ai pu ressentir face à une culture de masse dans laquelle je ne me reconnais pas. Si je n'apprécie pas la culture populaire et si je m'en suis détourné, c'est pour trouver autre chose ailleurs, trouver ma place.
S'en suit une sur-affirmation de son côté rebelle et déviant différent des autres : "Je suis metalleux parce que ..." ou "Je suis geek parce que" et je t'aligne des tas de clichés et lieux communs. Le but étant de chercher l'approbation de la culture visée plus qu'autre chose.
"Je rejette ça tout comme toi".
On se retrouve alors avec deux figures : le "kikoo", le "newbie", le nouveau venu qui prend texto des éléments clichés et convenus de la culture visée (pour le Metal : s'afficher avec du Slipknot, Metallica, avec des bracelets cloutés juste parce que c'est cool, et changer après quelques années) et l'élite, le "vrai", celui qui toise le nouveau en lui disant "t'es à côté". Preuve que chaque culture a ses règles, que chacune a une certaine conformité.

 Définition de la culture geek, des ses particularités, de son lien avec la culture populaire, observation par rapport à d'autres cultures... Tout est dit !!

Il y a donc une tension : pour me situer, je me détourne d'une culture tout en cherchant à m'en approcher d'une autre pour me sentir intégré et singulier. Rien n'est simple ! De ce fait, être geek ne signifie pas collectionner des peluches et des figurines, comme amateur de Metal n'a rien à voir avec la violence et la volonté d'en mettre plein la gueule. Une culture, si on peut l'emprunter au départ, doit être intégrée ou comprise, sinon on passe pour un blaireau, pour quelqu'un qui ne fait que mimer, et on n'est pas pris au sérieux.
Toutefois, comme dit plus tôt et présenté dans d'autres articles, ce sont ceux qui hurlent le plus fort qui sont entendus. Un pan majoritaire de n'importe quelle culture va imposer sa vision des choses, remplie de lieux communs et de clichés.

Face à ces clichés diffusés par la majorité se joue alors une lutte entre des cultures : "La mienne est mieux que la tienne, toi tu restes enfermé, perdu dans ton monde". Cette critique est souvent lancée envers les joueurs ou lecteurs, sauf que quelqu'un qui se dit "Beyoncé" et tout autant dans la virtualité qu'un dévoreur de jeux vidéo ou de livres.


Tu es Beyoncé, mais tu restes toi-même... Bien ton trip ?

On se retrouve ainsi dans les fausses routes. Si je veux intégrer une culture mais que je reste au degré zéro, à l'étage de simplement "m'intégrer sans intérioriser", je participe à l'expansion de stéréotypes. Parce que ceux-ci sont confortables, conformistes, je m'y tiens. Et c'est bien là toute la difficulté en tant qu'être, comme dit "être différent, comme tout le monde". Ce paradoxe signale bien que, si je suis intégré dans un tout, chaque culture a quelque chose à apporter, et rien n'est entièrement clos.
Le risque est de se piéger, de s'enfermer : la culture populaire n'est pas mauvaise en soi, ceux qui ne jurent que par ça, comme ceux qui ne jurent que par le discours majoritaire, s'emprisonnent dans des carcans pré-conçus. Rien n'empêche un fana de sport d'apprécier Les Reines du Shopping. Ce n'est pas parce que les autres infligent une pression qu'il faut rougir. Il faut au contraire saisir cette occasion de s'affirmer, quitte à se détourner à nouveau de la culture que l'on pensait correcte.

Finalement, ce thème de la recherche d'identité au sein de toutes les cultures que nous avons à portée conduit à considérer cette même idée cruciale : rien n'est aussi simple qu'on nous le présente, et rien n'est immuable. Il ne faut pas avoir peur si un adolescent plonge le corps entier dans une culture dite "anticonformiste" tant qu'il conserve son esprit critique. L'important, le point absolument critique est celui-ci. Si on trouve sa place, il faut préserver une pensée libre. Je n'ai pas à suivre ou à subir simplement parce que "tout le monde fait ça". Je n'ai pas à cautionner certains actes que je refuse.
Encore une fois, et j'ai l'impression que tout conduit à ça, le point semble être dans la prise de recul.