La littérature


C'est très intéressant !
Quand on arrive au lycée général, on nous pose souvent cette question en cours de français : peut-on être écrivain sans être lecteur ? Cette première réflexion amène très souvent à la conclusion que tous les grands écrivains étaient aussi de grands lecteurs. En même temps, pour se situer au sein de ceux qui nous ont précédés dans l'écriture, il est préférable d'avoir quelques connaissances à leur propos.
De manière générale, rien ne se crée à partir de rien. Nous sommes forcément issus d'un réseau. Et si ce n'est pas le livre qui nous amène à l'écriture, peut-être est-ce un autre art. Puis, à un moment ou un autre de son expérience, l'écrivain sera amené à lire, par exemple pour se comparer auprès de ceux qui se font publier.

En tant qu'écrivain amateur, je n'échappe pas à la règle : les lectures nourrissent mes compositions au même titre que la musique et les jeux vidéo. Il faut savoir cependant que la littérature et moi, c'est une histoire compliquée. Dans mon enfance, il y avait un véritable conflit : je ne supportais pas lire. Je trouvais ça lourd, ennuyeux. Et comme je lisais lentement, ça me lassait rapidement. Seulement, j'étais enfant lorsqu'est arrivée la vague Harry Potter... J'ai ressenti à cette époque quelque de chose particulier. C'est la même chose que de voir tout le monde dévorer du chocolat alors que tu as horreur de ça. Il y a un mélange de fascination et d'incompréhension.

C'était simplement que je n'avais pas trouvé le type de livres qui pourrait me plaire.


Le problème des années 90, c'est que les jeux vidéo n'étaient pas aussi acceptés qu'aujourd'hui. Il se déroulait une lutte entre la sauvegarde du classicisme littéraire et l'innovation technique. On comparait des média qui n'avaient rien à voir, en disant que le jeu vidéo abrutissait et n'apportait strictement rien au joueur... Cette lutte, je me la prenais en pleine figure. Certains enseignants de l'ancienne école m'ont écarté à cause de cela et m'ont bien fait comprendre que, moi, j'étais différent, imbécile, déviant. Parce que je n'étais pas dans le moule.
Heureusement, les temps ont changé, que ce soient concernant le rapport au jeu ou la formation des enseignants. Et face à ce combat qui n'a pas lieu d'être car livre et jeu vidéo sont complémentaires, je pense à ce que disait Érasme dans l’Éloge de la Folie : il dénonçait ceux qui lisaient trop, à tel point qu'ils en oubliaient de vivre. Et la littérature regorge de déviance qu'elle a créée, ainsi Don Quichote et Madame Bovary ont une vision erronée du monde.
Comme pour tout, il faut trouver sa littérature. De plus, ce que j'ai dit sur les autres pages est valable aussi ici : il faut se l'approprier, le mettre au regard d'autres choses.


Pour que je me réconcilie avec la lecture, il a fallu qu'un auteur audacieux se décide à proposer quelque chose qui puisse toucher l'enfant que j'étais, nourri d'imaginaire heroic fantasy et de virtualité. Cet auteur, c'est Christian Lehmann, avec son livre No Pasaran, le jeu. Ce roman gravite autour de trois amis qui découvrent un jeu qui les piègent dans un univers se déroulant durant la 2de Guerre Mondiale. Par cette thématique, j'ai lu et j'ai appris à apprécier des éléments purement littéraires tels que l'évolution des personnages et des péripéties ainsi que la conduite de l'écriture. Comme quoi, même si on me disait foutu pour foutu à propos de la "bonne" culture, j'ai réussi à me rattraper, même si c'était en 3ème.
L'année suivante, en 2de générale, j'ai eu la chance d'avoir une professeure qui avait mis en place un programme judicieux. Comme elle l'avait dit, il fallait commencer en douceur et elle nous avait soumis Balzac et la petite tailleuse chinoise de Dai Sijie. Bien que cela se passe dans la Chine de Mao Tsé-Tung, je me suis senti proche des personnages : comme eux, je découvrais le plaisir de la lecture. C'est assez particulier de se retrouver dans cette situation où l'on ressent en même temps ce qui est écrit : l'auteur nous partage les sentiments liés à la découverte de la lecture alors que, moi-même durant cet instant, je sentais précisément cela. Alors que, dans ce moment de ma vie, je commençais à ébaucher des poèmes, cette expérience m'a lancé de plus belle dans l'écriture.

De nombreux livres m'ont inspiré. Eragon, par le plaisir puis le dégoût que j'en ai eu, m'a guidé vers un projet fantastique qui renverse les codes de l'heroic fantasy et qui prend la poussière depuis des années. C'est surtout en 1ère que tout s'est joué. Suite à quelques déboires qui m'ont conduit à écrire en prose, j'ai basculé en section littéraire. Un autre parallèle s'est joué : alors que je voulais écrire d'avantage, on me donnait l'occasion de lire et de découvrir toujours plus. Et le programme de cette année me motivait d'avantage. C'est là que j'ai rencontré Supervielle et sa "Sphère", ou un corpus de textes autour de la figure de l'Arlequin. Ces textes étudiés m'ont donné envie de produire quelque chose de vaste, de faire des créations à plusieurs dimensions. L'envie, c'est bien, encore faut-il faire attention à ne pas mimer et à ne pas se perdre.
Car, si la littérature inspire l'écrivain, si quelques phrases le marquent, il ne faut pas cependant tomber dans le travers de singer ce qui a été fait. Il faut se l'approprier, mais ne pas le recracher. C'est un de mes travers, et sans doute celui d'autres personnes, que de vouloir bien faire en s'appuyant sur ce qui a déjà fait ses preuves. Vous le verrez, les textes des Contes urbains ont presque tous un lien avec une lecture, avec un thème, un style, une époque.


La littérature, ainsi que les jeux vidéo, la musique et tout autre art, apportent quelque chose qui dépasse leur propre domaine. Ils confient à tous l'occasion de regarder l'instant vécu avec du relief. L'émotion ressentie à ce moment précis enseigne notre part d'humanité diffuse. Alors, les lectures imprègnent le recueil bien plus par ce rapport particulier que par le référencement d’œuvres. Et je pense que ceci est d'autant plus intéressant que je n'ai pas été un habitué de cette culture artistique : je n'aimais pas lire, la peinture et la musique ne me touchaient pas, j'étais dans un univers différent. Cependant, c'est en saisissant, même inconsciemment, le lien entre les productions et ce que cela crée en nous que j'ai appris à apprécier d'autres choses, et à m'ouvrir. De fait, j'ai pu être prompt à accueillir le message contenu. Je suis convaincu qu'il est préférable d'entrer comme cela dans l'art, et dans toute culture de manière générale : d'abord voir ce qui se joue entre le destinataire et les personnes, observer la beauté de ce dialogue. Laisser les personnes trouver quelque chose "qui leur parle", un message qui pourrait les toucher. Ouvrir la porte, en somme, plutôt que de l'enfoncer avec le bélier des grands noms. Car pour saisir le plaisir du vent sur son corps, il vaut mieux ouvrir la fenêtre que la briser.
Ce livre, c'est aussi donner envie de voir d'autres horizons.

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